Un composé naturel de la pétasite peut-il aider à lutter contre le cancer du côlon ?
Le cancer du côlon reste l’un des cancers les plus mortels dans le monde. Malgré des progrès en matière de dépistage et de traitements, le taux de survie des cas avancés n’a guère évolué depuis des décennies. Et si une plante commune offrait une nouvelle piste pour ralentir la croissance des cellules cancéreuses ? Les scientifiques étudient la pétasine, un composé naturel extrait de la pétasite (Petasites), pour déterminer si elle peut perturber les mécanismes de survie des cellules cancéreuses. Voici ce que l’on sait pour l’instant.
Comment la pétasine affecte-t-elle la croissance des cellules cancéreuses ?
Des chercheurs ont testé la pétasine sur quatre types de cellules de cancer du côlon cultivées en laboratoire. Après avoir exposé ces cellules à des doses croissantes de pétasine pendant deux jours, ils ont mesuré le nombre de cellules survivantes. Les résultats montrent que la pétasine a ralenti la croissance des cellules dans les quatre types testés, mais un type en particulier—les cellules SW-620—s’est révélé particulièrement sensible. À une concentration de 25 µM, la pétasine a bloqué environ 38 % de la croissance des cellules SW-620 après deux jours. Au troisième jour, près de la moitié des cellules avaient cessé de se multiplier.
Cela suggère que la pétasine pourrait interférer avec la capacité des cellules cancéreuses à se multiplier, bien que son effet varie selon les types de cellules.
La pétasine déclenche-t-elle la mort des cellules cancéreuses ?
Les cellules cancéreuses évitent souvent le processus naturel d’autodestruction de l’organisme, appelé apoptose (mort cellulaire programmée). Pour vérifier si la pétasine peut « réactiver » ce processus, les scientifiques ont traité des cellules SW-620 et utilisé des colorants pour identifier les cellules en train de mourir. Après 48 heures, les cellules traitées à la pétasine ont montré plus de cinq fois plus d’apoptose que les cellules non traitées. Au microscope, les cellules traitées présentaient des noyaux rétrécis et fragmentés—un signe classique de l’apoptose.
Ces résultats indiquent que la pétasine ne se contente pas de ralentir la croissance des cellules cancéreuses, mais les pousse activement à s’autodétruire.
La pétasine peut-elle empêcher la propagation du cancer ?
La métastase—la propagation du cancer à de nouveaux organes—est une cause majeure de décès. Deux tests en laboratoire ont évalué l’impact de la pétasine sur ce processus. Dans une expérience de « cicatrisation », les cellules SW-620 remplissent normalement rapidement une lacune créée dans leur boîte de culture. Mais en présence de pétasine, leur mouvement a diminué des deux tiers. Un deuxième test, utilisant une chambre recouverte d’un matériau gélatineux pour imiter les barrières tissulaires, a montré que la pétasine réduisait le nombre de cellules envahissantes de 77 %.
Cela implique que la pétasine pourrait entraver la capacité des cellules cancéreuses à migrer et à envahir les tissus sains.
Comment la pétasine agit-elle à l’intérieur des cellules ?
Pour comprendre le mécanisme d’action de la pétasine, les scientifiques se sont concentrés sur la voie Akt/mTOR—un réseau clé de signalisation cellulaire impliqué dans la croissance et la survie. Dans de nombreux cancers, cette voie est hyperactive, agissant comme un accélérateur bloqué. Après avoir traité les cellules SW-620 avec de la pétasine, les niveaux des protéines Akt, mTOR et P70S6K phosphorylées (activées) ont significativement diminué.
Imaginez ces protéines comme des messagers transmettant un signal de « croissance et survie ». La pétasine semble bloquer leur communication, forçant les cellules à s’arrêter.
La pétasine a également modifié des protéines liées à l’apoptose. Elle a augmenté les niveaux de caspase-3 et caspase-9 (des enzymes qui démantèlent les cellules lors de l’apoptose) et réduit la Bcl-2, une protéine qui empêche la mort cellulaire. De plus, elle a diminué les niveaux de MMP-3 et MMP-9—des enzymes qui aident les tumeurs à franchir les barrières tissulaires.
La pétasine fonctionne-t-elle chez les animaux vivants ?
Les résultats en laboratoire ne se traduisent pas toujours chez les organismes vivants. Pour évaluer le potentiel réel de la pétasine, les chercheurs ont injecté des cellules SW-620 sous la peau de souris pour former des tumeurs. Les souris traitées avec de la pétasine (10 mg/kg deux fois par jour) avaient des tumeurs plus petites au jour 21 (289 mm³ contre 489 mm³ chez les souris non traitées). Au jour 28, la différence était encore plus marquée (578 mm³ contre 924 mm³). L’analyse des tissus a confirmé une augmentation des cellules apoptotiques dans les tumeurs traitées.
Bien que prometteurs, les études sur les souris ne sont qu’une étape préliminaire. La biologie humaine est bien plus complexe.
Pourquoi se concentrer sur la voie Akt/mTOR ?
La voie Akt/mTOR est une cible majeure dans la recherche sur le cancer. Des médicaments bloquant cette voie sont déjà en essais cliniques pour les cancers du poumon, du sein et d’autres types. Dans le cancer du côlon, une signalisation Akt/mTOR hyperactive est associée à des tumeurs agressives et à un faible taux de survie. La capacité de la pétasine à inhiber cette voie s’aligne sur les stratégies utilisées en oncologie moderne.
Cependant, les composés naturels comme la pétasine agissent souvent sur plusieurs cibles, ce qui pourrait signifier moins d’effets secondaires—ou des interactions imprévues. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour cartographier ses effets complets.
Quelles sont les prochaines étapes pour la recherche sur la pétasine ?
Bien que ces résultats soient encourageants, des questions cruciales subsistent :
- Quelle dose de pétasine est sûre pour les humains ?
- Fonctionne-t-elle contre d’autres types de cancer ?
- Peut-elle renforcer les thérapies existantes comme la chimiothérapie ?
Les chercheurs doivent également déterminer précisément comment la pétasine bloque la signalisation Akt/mTOR. Se lie-t-elle directement à ces protéines, ou interfère-t-elle avec des régulateurs en amont ? Comprendre cela pourrait aider à concevoir de meilleurs médicaments.
Conclusion
La pétasine, un composé naturel de la pétasite, montre des premiers résultats prometteurs pour ralentir la croissance du cancer du côlon, déclencher la mort cellulaire et bloquer l’invasion dans des études en laboratoire et sur des animaux. Ses effets semblent liés à l’inhibition de la voie Akt/mTOR, un mécanisme central pour la survie des cellules cancéreuses. Bien que loin d’être un remède, cette recherche ouvre une voie vers l’exploration des composés d’origine végétale comme futurs traitements anticancéreux.
Pour l’instant, la pétasine reste une curiosité de laboratoire—et non un traitement. Mais chaque étude nous rapproche un peu plus du décryptage de la pharmacie naturelle.
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000199