Pourquoi le cancer du foie progresse-t-il aux États-Unis alors qu’il recule en Chine ?
Le cancer primitif du foie (CPF) reste un défi majeur pour la santé mondiale, avec des différences frappantes entre les pays. En 2020, la Chine et les États-Unis occupaient respectivement la première et la troisième place en nombre de nouveaux cas. Mais pourquoi ces deux pays suivent-ils des trajectoires opposées ? Une analyse des données de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2019 révèle des tendances épidémiologiques complexes entre 1990 et 2019, influencées par des facteurs comme les virus de l’hépatite, la consommation d’alcool et les maladies métaboliques.
Le poids épidémiologique du cancer du foie
En 2019, la Chine a enregistré 211 000 nouveaux cas de CPF, soit 39,4 % des cas mondiaux. Les États-Unis en ont compté 28 000, représentant 5,2 %. Les hommes sont les plus touchés : 75,8 % des cas en Chine et 71,9 % aux États-Unis. Le taux d’incidence standardisé selon l’âge (TISA) a diminué en Chine avant 2005, puis s’est stabilisé. Aux États-Unis, il a augmenté régulièrement. Ces tendances divergentes s’expliquent par des facteurs de risque différents et des politiques de prévention variées.
Les causes et leurs évolutions
Les virus de l’hépatite et l’impact de la vaccination
En Chine, le cancer du foie lié au virus de l’hépatite B (VHB) a longtemps dominé. Cependant, grâce aux programmes de vaccination lancés à la fin des années 1980, sa contribution a diminué. Chez les femmes chinoises, l’incidence du cancer lié au VHB a chuté de 6,16 % par an. Aux États-Unis, le cancer lié au virus de l’hépatite C (VHC) a augmenté de 165 % entre 1990 et 2019, en raison de diagnostics tardifs et d’un accès limité aux médicaments antiviraux directs (MAD). Malgré les progrès en Chine, seulement 19 % des cas chroniques de VHB étaient diagnostiqués en 2019, montrant la nécessité d’un meilleur dépistage.
Les facteurs liés au mode de vie
Le cancer du foie lié à la stéatohépatite non alcoolique (NASH) est la cause qui progresse le plus rapidement dans les deux pays. Aux États-Unis, les cas de NASH chez les hommes ont augmenté de 168 % en 30 ans, en raison de l’obésité et des troubles métaboliques. Le cancer lié à l’alcool a aussi augmenté, avec une hausse de 158 % chez les hommes américains. En Chine, la consommation d’alcool et les modes de vie sédentaires ont contribué à l’augmentation des cas liés à l’alcool et à la NASH, surtout chez les hommes.
Analyse des tendances par âge, période et génération
Les tendances globales et locales
Le « net drift » (tendance annuelle globale) montre une baisse en Chine (−4,52 % pour les hommes, −5,95 % pour les femmes) contre une hausse aux États-Unis (+2,44 % pour les hommes, +2,13 % pour les femmes). Les tendances locales révèlent des risques spécifiques selon l’âge :
- Chine : Les baisses les plus marquées concernent les hommes de 53 ans (−5,2 %/an) et les femmes de 33 ans (−6,6 %/an), reflétant les bénéfices de la vaccination contre le VHB.
- États-Unis : Les pics à 58 ans concernent les baby-boomers exposés au VHC et aux risques liés au mode de vie, avec une hausse de 4,5 %/an chez les hommes.
Les effets de période et de génération
Les effets de période (influences environnementales ou politiques affectant tous les âges) divergent après 2012. En Chine, les progrès contre le VHB ont stagné, tandis que les cas liés à l’alcool et à la NASH ont augmenté, probablement à cause des changements de mode de vie et de la gestion tardive du VHC. Aux États-Unis, la progression du VHC a ralenti après 2012 grâce aux MAD, mais leur coût élevé a limité leur impact.
Les effets de génération (risques spécifiques à une année de naissance) montrent des contrastes :
- Chine : Les générations nées après 1915 ont vu leur risque diminuer grâce à la vaccination contre le VHB et à l’amélioration de l’alimentation.
- États-Unis : Les générations nées après 1975 ont un risque accru à cause du VHC, de l’alcool et des syndromes métaboliques.
Les implications pour la santé publique
Le double défi de la Chine
La Chine fait face à une transition : le contrôle du VHB a réduit les infections, mais les maladies liées au mode de vie augmentent. Plus de 20 % des adultes ont des problèmes hépatiques, et la prévalence de la NASH progresse avec le développement économique. Les lacunes dans le dépistage du VHB et du VHC, surtout dans les zones rurales, menacent les progrès. Renforcer le dépistage prénatal, élargir l’accès aux MAD et limiter la publicité pour l’alcool sont des étapes cruciales.
L’expérience des États-Unis
Les États-Unis doivent faire face à des inégalités persistantes : les minorités ethniques et les populations défavorisées supportent une plus grande part du fardeau du CPF. Si les MAD ont réduit la mortalité liée au VHC, leur coût (66 000 à 154 000 dollars par traitement) limite leur accessibilité. Le dépistage universel du VHC (recommandé en 2020) et du VHB (initié pour les femmes enceintes en 2009) doit être étendu aux groupes à risque. Parallèlement, lutter contre l’obésité et l’abus d’alcool nécessite des politiques multisectorielles, comme des taxes sur le sucre et une régulation plus stricte de la publicité.
Les leçons mondiales et les orientations futures
Les deux pays illustrent le double défi de combattre le CPF lié aux virus et au mode de vie. Le succès de la Chine avec la vaccination contre le VHB offre un modèle pour les pays à ressources limitées, tandis que les États-Unis montrent la nécessité d’un accès équitable aux traitements. Les menaces émergentes comme la NASH exigent de l’innovation : aucun médicament n’est encore approuvé pour traiter les dommages hépatiques liés à la NASH, soulignant l’urgence d’investir dans la recherche.
Conclusion
L’analyse par âge, période et génération montre comment les changements démographiques, les interventions politiques et les tendances comportementales façonnent les trajectoires du CPF. Pour la Chine, maintenir la baisse des hépatites virales tout en s’attaquant aux modes de vie occidentalisés est essentiel. Aux États-Unis, réduire les inégalités de santé et les risques métaboliques est crucial pour inverser la tendance à la hausse. Les deux pays doivent prioriser des stratégies intégrées visant à éliminer le VHB et le VHC tout en modifiant les modes de vie pour réduire le fardeau croissant du CPF lié à l’alcool et à la NASH.
doi:10.1097/CM9.0000000000001980
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