L’artémisinine et ses dérivés : une arme contre les virus ?

L’artémisinine et ses dérivés : une arme contre les virus ?

Et si une plante pouvait nous aider à lutter contre les virus ? L’artémisinine, une molécule naturelle extraite de la plante Artemisia annua, suscite un intérêt croissant dans le domaine de la recherche antivirale. Connue pour son efficacité contre le paludisme, cette substance pourrait aussi jouer un rôle contre divers virus, comme ceux responsables du Covid-19, de l’herpès ou de l’hépatite C. Mais comment fonctionne-t-elle ? Et quelles sont les preuves de son efficacité ? Explorons les découvertes récentes.

L’artémisinine : une molécule aux multiples talents

L’artémisinine est une molécule complexe qui possède une structure unique, avec un pont peroxyde (un type de liaison chimique). Cette particularité lui confère des propriétés intéressantes, notamment la capacité d’interagir avec les cellules infectées par des virus. Depuis sa découverte, les chercheurs ont exploré ses effets potentiels, non seulement contre le paludisme, mais aussi contre les tumeurs, les bactéries et les virus.

L’artémisinine face aux coronavirus

Les coronavirus, comme celui du Covid-19 (SARS-CoV-2), sont des virus enveloppés dont le matériel génétique est composé d’ARN. Pour infecter les cellules, le virus utilise une protéine appelée « spicule » (spike) qui se lie à un récepteur humain, l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2). L’artémisinine et ses dérivés pourraient empêcher cette liaison en interagissant avec des zones clés de la protéine virale. Des études montrent que ces molécules obtiennent de meilleurs scores que l’hydroxychloroquine, un médicament testé contre le Covid-19.

Dans un essai clinique, une combinaison d’artémisinine et de pipéraquine (ART-PQP) a réduit la quantité de virus chez des patients infectés par le SARS-CoV-2. Cependant, il est difficile de conclure à une efficacité directe, car les patients ont également reçu d’autres traitements antiviraux.

L’artémisinine contre les virus de l’herpès

La famille des Herpesviridae regroupe des virus bien connus, comme le virus d’Epstein-Barr (EBV), le cytomégalovirus humain (HCMV) et les virus de l’herpès simplex. L’artémisinine a montré des effets prometteurs contre ces virus.

Le virus d’Epstein-Barr (EBV)

L’EBV est un virus très répandu qui peut causer des infections chroniques. L’artésunate, un dérivé de l’artémisinine, empêche la synthèse des premières protéines virales, ce qui bloque la réplication du virus. Cette action est plus ciblée que celle de nombreux médicaments classiques, ce qui en fait une option intéressante.

Le cytomégalovirus humain (HCMV)

L’HCMV est un virus courant qui peut causer des problèmes graves chez les personnes immunodéprimées. L’artémisone, un autre dérivé de l’artémisinine, est plus efficace que l’artésunate contre ce virus. Elle agit en réduisant l’accumulation d’ARN viral et en perturbant la réplication du virus. De plus, elle cible des protéines cellulaires essentielles à l’infection, comme la vimentine.

Le virus de l’herpès humain 6 (HHV-6)

L’HHV-6 est un virus qui peut causer des infections graves, comme une myocardite (inflammation du muscle cardiaque). Dans un cas rapporté, l’artésunate a permis de réduire la charge virale et d’améliorer l’état clinique d’un enfant atteint. Comparé à d’autres antiviraux, l’artésunate a montré une efficacité supérieure.

L’artémisinine contre les virus de la famille Flaviviridae

Cette famille comprend des virus comme le virus de l’hépatite C (HCV), le virus de la dengue et le virus de l’encéphalite japonaise (JEV).

Le virus de l’hépatite C (HCV)

L’HCV est un virus à ARN qui infecte le foie. L’artésunate inhibe la réplication du virus en activant des voies cellulaires impliquées dans la défense antivirale. Combinée à de faibles doses d’interféron, elle montre une efficacité similaire à celle de doses plus élevées d’interféron seul.

Le virus de l’encéphalite japonaise (JEV)

Le JEV est un virus qui affecte le système nerveux central. Dans des études sur des souris, l’artémisinine et l’artésunate ont réduit la mortalité et les dommages cérébraux. Ces molécules augmentent la production d’interféron-β, une protéine essentielle à la réponse antivirale.

L’artémisinine et le virus de l’immunodéficience humaine (VIH)

Le VIH est un virus qui attaque le système immunitaire. Des extraits d’Artemisia annua ont montré une activité inhibitrice contre le VIH in vitro. Certains dérivés de l’artémisinine, comme ceux contenant des structures trioxane, ont également montré une activité modérée contre le VIH-1.

Conclusion

L’artémisinine et ses dérivés ont démontré des effets antiviraux contre plusieurs virus, en perturbant leur réplication et en activant les défenses cellulaires. Cependant, les preuves cliniques restent limitées, et des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer leur efficacité. Ces molécules pourraient offrir de nouvelles options pour lutter contre des infections virales émergentes ou résistantes aux traitements actuels.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002934

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