Changer de traitement contre le VIH pour réduire les symptômes neurologiques : une solution efficace ?

Changer de traitement contre le VIH pour réduire les symptômes neurologiques : une solution efficace ?

Vivre avec le VIH est déjà un défi en soi. Mais que faire lorsque le traitement lui-même provoque des effets secondaires qui affectent votre qualité de vie ? C’est une question que se posent de nombreuses personnes sous traitement antirétroviral (ART). En particulier, l’efavirenz (EFV), un médicament couramment utilisé, est connu pour causer des problèmes neurologiques et psychiatriques chez 40 à 60 % des patients. Alors, existe-t-il une alternative ? Une étude récente suggère que le passage à un autre traitement, l’elvitegravir/cobicistat/emtricitabine/tenofovir alafenamide (E/C/F/TAF), pourrait être une solution prometteuse.

L’efavirenz : un traitement efficace mais problématique

L’efavirenz (EFV) est un médicament largement utilisé dans le traitement du VIH, notamment dans les pays aux ressources limitées. Il fait partie des traitements recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et est souvent prescrit en raison de son efficacité et de son coût abordable. Cependant, ce médicament n’est pas sans inconvénients. En effet, de nombreuses personnes sous EFV rapportent des effets secondaires liés au système nerveux central (SNC). Ces effets incluent des symptômes psychiatriques comme la dépression, l’anxiété, et même des pensées suicidaires, ainsi que des troubles neurologiques tels que des vertiges, des insomnies, des difficultés de concentration, des rêves inhabituels et une somnolence diurne.

Ces symptômes peuvent être si graves qu’ils poussent certains patients à changer de traitement. Par exemple, avant l’arrivée des inhibiteurs d’intégrase, une classe de médicaments plus récente, les patients qui ne toléraient pas l’EFV étaient souvent passés à un autre traitement appelé lopinavir/ritonavir (LPV/r). Cependant, ce médicament a également ses propres effets secondaires, notamment des problèmes de cholestérol et de triglycérides, qui augmentent le risque de maladies cardiovasculaires.

Une nouvelle alternative : l’elvitegravir/cobicistat/emtricitabine/tenofovir alafenamide (E/C/F/TAF)

En 2015, un nouveau traitement combiné a été approuvé aux États-Unis : l’elvitegravir/cobicistat/emtricitabine/tenofovir alafenamide (E/C/F/TAF). Ce traitement, disponible en Chine depuis 2018, est une pilule unique prise une fois par jour. Il est considéré comme sûr et efficace, et il est maintenant recommandé comme traitement de première ligne pour les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) en Chine. Depuis janvier 2020, il est également le seul traitement antirétroviral en une seule pilule remboursé par le gouvernement chinois.

L’étude : un espoir pour les patients souffrant d’effets secondaires neurologiques

Une étude récente menée en Chine a examiné les effets du passage de l’EFV à l’E/C/F/TAF chez des patients souffrant d’effets secondaires neurologiques graves. L’étude a inclus 196 patients âgés de 18 à 65 ans, tous sous traitement EFV depuis au moins un an et ayant une charge virale indétectable depuis au moins six mois. Ces patients présentaient des symptômes neurologiques de grade deux ou plus, selon les critères de la Division of AIDS (DAIDS).

Les participants ont été suivis pendant 48 semaines après le changement de traitement. À chaque visite de suivi (12, 24 et 48 semaines), les chercheurs ont évalué les symptômes neurologiques, la qualité du sommeil, l’anxiété et la dépression, ainsi que les paramètres biologiques comme le taux de CD4 (un type de cellule immunitaire) et la charge virale.

Les résultats : une amélioration significative des symptômes neurologiques

Les résultats de l’étude sont encourageants. Après le passage à l’E/C/F/TAF, les patients ont rapporté une réduction significative des symptômes neurologiques. Les symptômes les plus améliorés étaient les rêves anormaux, les insomnies, l’anxiété, les vertiges et les maux de tête. Par exemple, le score global des effets secondaires neurologiques est passé de 13 à 10 après 12 semaines, et cette amélioration s’est maintenue jusqu’à la fin de l’étude.

De plus, la qualité du sommeil et les symptômes d’anxiété se sont également améliorés. Cependant, les scores de dépression n’ont pas changé de manière significative, ce qui suggère que le changement de traitement ne résout pas tous les problèmes psychiatriques.

Maintien de l’efficacité du traitement et impact sur les lipides

Un autre point important est que tous les participants ont maintenu une charge virale indétectable (moins de 50 copies/mL) pendant toute la durée de l’étude. Cela montre que l’E/C/F/TAF est tout aussi efficace que l’EFV pour contrôler le VIH. Cependant, les chercheurs ont également observé une augmentation des taux de cholestérol et de triglycérides après le changement de traitement. Bien que cette augmentation soit modérée, elle souligne l’importance de surveiller les paramètres métaboliques chez les patients sous traitement antirétroviral.

Limites de l’étude et perspectives futures

Cette étude a ses limites. Par exemple, elle n’a pas évalué la fonction cognitive des participants, ce qui pourrait être important pour comprendre les effets à long terme de l’EFV sur le cerveau. De plus, l’étude était ouverte (les patients et les médecins savaient quel traitement était administré), ce qui peut introduire des biais. Enfin, la plupart des participants étaient des hommes, ce qui limite la généralisation des résultats.

Malgré ces limites, les résultats de cette étude sont prometteurs. Ils suggèrent que le passage de l’EFV à l’E/C/F/TAF peut réduire les effets secondaires neurologiques tout en maintenant l’efficacité du traitement. Cela pourrait être une option intéressante pour les patients qui souffrent de ces effets secondaires mais qui ont besoin d’un traitement efficace contre le VIH.

Conclusion

Vivre avec le VIH est déjà assez difficile sans avoir à gérer les effets secondaires du traitement. Cette étude montre que le passage de l’efavirenz (EFV) à l’elvitegravir/cobicistat/emtricitabine/tenofovir alafenamide (E/C/F/TAF) peut améliorer les symptômes neurologiques tout en maintenant une charge virale indétectable. Cependant, il est important de surveiller les paramètres métaboliques, car ce traitement peut augmenter les taux de cholestérol et de triglycérides. Des études à plus long terme seront nécessaires pour confirmer ces résultats et explorer d’autres aspects, comme l’impact sur la fonction cognitive.

For educational purposes only.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001824

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