Vos bactéries intestinales peuvent-elles aider à lutter contre le cancer colorectal ?

Vos bactéries intestinales peuvent-elles aider à lutter contre le cancer colorectal ?

Le cancer colorectal (CCR) est l’un des cancers les plus courants et les plus mortels au monde. Aux États-Unis, il est la deuxième cause de décès liés au cancer. En 2018, le CCR représentait 10,9 % des nouveaux cas de cancer chez les hommes et 9,5 % chez les femmes. Les chiffres sont en hausse, en particulier dans les pays en pleine croissance économique. En Chine, par exemple, les cas et les décès dus au CCR ont augmenté de manière significative entre 2015 et 2020. Qu’est-ce qui explique cette augmentation ? Un mélange de facteurs génétiques et de mode de vie, tels que l’obésité, une mauvaise alimentation, le tabagisme et la consommation excessive d’alcool. Mais il y a un autre acteur dans ce scénario : vos bactéries intestinales.

Votre intestin abrite des milliards de micro-organismes, collectivement appelés le microbiote intestinal. Ces microbes font bien plus que simplement aider à la digestion. Ils interagissent avec votre système immunitaire et peuvent soit vous protéger, soit contribuer à des maladies comme le CCR. Lorsque l’équilibre de ces microbes est perturbé—une condition appelée dysbiose—cela peut entraîner une inflammation chronique, des dommages à l’ADN et la production de sous-produits nocifs, tous liés au cancer. Certaines bactéries, comme Fusobacterium nucleatum et Streptococcus gallolyticus, sont connues pour favoriser le CCR. D’autres, comme Akkermansia muciniphila et les bactéries productrices de butyrate, peuvent aider à le prévenir. Les scientifiques explorent maintenant comment utiliser ces microbes pour prévenir et traiter le CCR.

Comment les bactéries provoquent-elles le cancer colorectal ?

Certaines bactéries peuvent favoriser le cancer par l’inflammation, les dommages à l’ADN et les changements métaboliques. L’inflammation chronique est un facteur majeur dans le développement du cancer. Par exemple, Bacteroides fragilis entérotoxigène (ETBF) produit une toxine qui endommage la paroi intestinale, déclenche une inflammation et favorise la croissance tumorale. Une autre bactérie, Fusobacterium nucleatum, est souvent trouvée dans les tissus du CCR. Elle active les cellules immunitaires et les voies de signalisation qui conduisent à l’inflammation et à la progression du cancer.

Certaines bactéries peuvent directement endommager l’ADN. Certaines souches d’Escherichia coli produisent une toxine appelée colibactine, qui provoque des cassures de l’ADN et favorise les tumeurs. Une autre bactérie, Peptostreptococcus anaerobius, génère des molécules nocives qui stimulent la production de cholestérol et la croissance tumorale. De plus, un déséquilibre des bactéries intestinales peut entraîner l’accumulation de substances nocives comme les acides biliaires secondaires, qui sont liés au CCR.

Les bonnes bactéries peuvent-elles lutter contre le cancer colorectal ?

Alors que certaines bactéries favorisent le cancer, d’autres peuvent aider à le prévenir. Akkermansia muciniphila, par exemple, possède des propriétés anti-inflammatoires et peut ralentir la croissance tumorale. Elle améliore également l’efficacité de certains traitements anticancéreux ciblant le système immunitaire. Une autre bactérie bénéfique, Clostridium butyricum, produit du butyrate, une substance qui inhibe la croissance tumorale en régulant les voies de signalisation cellulaire.

Les probiotiques, qui sont des micro-organismes vivants bénéfiques pour la santé, sont également étudiés pour leur potentiel dans la prévention et le traitement du CCR. Par exemple, Lactobacillus rhamnosus GG réduit l’inflammation et augmente le nombre de cellules immunitaires qui combattent les tumeurs. Un autre probiotique, Streptococcus thermophilus, présent dans le yaourt, a montré une réduction des tumeurs du côlon chez les souris.

Comment utiliser les bactéries pour gérer le cancer colorectal ?

Les probiotiques

Les probiotiques sont largement utilisés pour traiter diverses conditions, y compris le CCR. Ils aident à rétablir l’équilibre des bactéries intestinales, renforcent la barrière intestinale et régulent le système immunitaire. Les probiotiques peuvent ralentir la croissance des cellules cancéreuses, réduire l’inflammation et bloquer les enzymes bactériennes nocives. Par exemple, Clostridium butyricum et Bacillus subtilis ont montré qu’ils arrêtaient la croissance des cellules de CCR et favorisaient la mort cellulaire chez les souris.

Les prébiotiques et les postbiotiques

Les prébiotiques sont des substances qui nourrissent les bactéries intestinales bénéfiques. Les aliments comme les fruits, les légumes et les céréales complètes sont riches en prébiotiques, qui encouragent la croissance de bactéries produisant du butyrate. Les saponines de Gynostemma pentaphyllum (GpS), un supplément à base de plantes, ont des effets prébiotiques et ont montré une réduction des polypes du côlon chez les souris.

Les postbiotiques sont les sous-produits de l’activité bactérienne. Ils incluent des substances comme les acides gras à chaîne courte (AGCC), qui ont de fortes propriétés anticancéreuses. Le butyrate, l’AGCC le plus étudié, peut déclencher la mort des cellules cancéreuses, empêcher la propagation des bactéries nocives et réduire l’inflammation.

La transplantation de microbiote fécal (TMF)

La TMF consiste à transférer des bactéries intestinales d’un donneur sain à un patient pour rétablir l’équilibre microbien. Elle a montré des résultats prometteurs dans le traitement du CCR en remodelant le microbiote intestinal. Par exemple, la TMF provenant de patients atteints de CCR peut favoriser la croissance tumorale chez les souris, tandis que la TMF provenant de survivants du CCR qui consomment quotidiennement du son de riz peut la réduire. La TMF peut également améliorer l’efficacité de la chimiothérapie et de l’immunothérapie.

Les changements alimentaires

Ce que vous mangez joue un rôle important dans la formation de vos bactéries intestinales et influence le risque de CCR. Les régimes riches en fibres, qui favorisent la croissance de bactéries bénéfiques, sont liés à un risque plus faible de CCR. En revanche, les régimes riches en graisses et pauvres en fibres, comme le régime occidental, augmentent le risque de CCR et les chances de récidive du cancer après une chirurgie. Certains aliments, comme le curcuma et la berbérine, ont également montré qu’ils influencent les bactéries intestinales et peuvent aider à prévenir le CCR.

Conclusion

Vos bactéries intestinales jouent un rôle clé dans le développement et la progression du CCR. Les bactéries nocives comme ETBF, Fusobacterium nucleatum et Escherichia coli peuvent favoriser le cancer par l’inflammation, les dommages à l’ADN et les changements métaboliques. À l’inverse, les bactéries bénéfiques comme Akkermansia muciniphila et Clostridium butyricum peuvent aider à protéger contre le cancer en régulant le système immunitaire et en produisant des substances anticancéreuses. Des stratégies comme les probiotiques, les prébiotiques, les postbiotiques, la TMF et les changements alimentaires offrent des possibilités excitantes pour la prévention et le traitement du CCR. Cependant, davantage de recherches sont nécessaires pour transformer ces découvertes en traitements concrets et explorer comment ils peuvent être combinés avec les thérapies existantes.

À des fins éducatives uniquement.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001887

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