Une mutation génétique rare pourrait expliquer les fausses couches à répétition : l’histoire d’un couple chinois
Pourquoi certaines femmes vivent-elles des fausses couches à répétition sans explication apparente ? C’est une question qui touche de nombreux couples et qui reste souvent sans réponse. Dans certains cas, des anomalies génétiques pourraient être en cause. C’est ce que suggère l’histoire d’un couple chinois qui a subi quatre fausses couches consécutives. Grâce à une technologie de pointe, les chercheurs ont identifié une mutation génétique rare dans un gène appelé EFTUD2 (Elongation Factor Tu GTP-Binding Domain Containing 2). Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour comprendre les causes des fausses couches récurrentes.
Les fausses couches à répétition : un problème complexe
Les fausses couches à répétition (FCR) sont définies comme la perte de deux ou plusieurs grossesses cliniquement reconnues. Elles peuvent être causées par divers facteurs, tels que des anomalies chromosomiques, des troubles hormonaux, des problèmes utérins ou des maladies auto-immunes. Cependant, dans près de 50 % des cas, la cause reste inconnue. Pour le couple chinois de cette étude, les tests médicaux standards n’ont pas permis d’identifier la raison de leurs quatre fausses couches successives.
Une investigation génétique approfondie
Le couple, une femme de 33 ans et un homme de 36 ans, a subi des tests approfondis pour exclure les causes courantes de FCR. Les analyses chromosomiques des deux partenaires étaient normales. La femme a été testée pour le syndrome des antiphospholipides (une maladie auto-immune pouvant causer des fausses couches), mais les résultats étaient négatifs. Les anomalies anatomiques de l’utérus et les troubles endocriniens ont également été exclus. De même, la qualité du sperme et la fragmentation de l’ADN du partenaire masculin étaient normales.
Face à ces résultats, les chercheurs ont décidé d’approfondir l’investigation en utilisant une technique appelée séquençage de l’exome entier (WES, Whole Exome Sequencing). Cette méthode permet d’analyser les parties du génome qui codent pour les protéines, où se trouvent la plupart des mutations responsables de maladies génétiques. Des échantillons de sang, de sperme et de tissus embryonnaires provenant des trois dernières fausses couches ont été analysés.
Une mutation rare dans le gène EFTUD2
Les résultats ont révélé une mutation hétérozygote (présente sur une seule copie du gène) dans le gène EFTUD2. Cette mutation, appelée c.1012G>T, provoque un arrêt prématuré de la production de la protéine EFTUD2, entraînant une version tronquée de celle-ci. La protéine normale est composée de 972 acides aminés et joue un rôle crucial dans le processus de maturation des ARN messagers, essentiel au développement embryonnaire. La version tronquée, quant à elle, manque d’une grande partie de sa structure, ce qui pourrait compromettre sa fonction.
Fait intéressant, cette mutation n’a pas été détectée dans le sang des parents, mais elle était présente dans 13,5 % des spermatozoïdes du père. Cela suggère une mosaïque gonadique, c’est-à-dire que la mutation est présente uniquement dans certaines cellules reproductives. Cette découverte explique pourquoi les embryons issus de ces spermatozoïdes portaient la mutation, même si les parents ne la présentaient pas dans leurs cellules somatiques.
Les conséquences de la mutation sur le développement embryonnaire
Pour comprendre l’impact de cette mutation, les chercheurs ont utilisé un modèle de poisson zèbre. Ils ont injecté des ARN messagers codant pour la protéine normale et la protéine mutée dans des embryons de poisson zèbre. Les résultats ont montré que la protéine mutée causait moins de malformations et de décès embryonnaires que la protéine normale. Cela suggère que la mutation entraîne une perte de fonction du gène EFTUD2, ce qui pourrait expliquer les fausses couches répétées chez le couple.
De plus, des marqueurs spécifiques ont été utilisés pour étudier le développement du cerveau et du cœur chez les embryons de poisson zèbre. Les embryons injectés avec la protéine normale présentaient des anomalies significatives, tandis que ceux injectés avec la protéine mutée montraient peu de changements. Ces résultats confirment que la mutation affecte gravement le développement embryonnaire.
Une solution pour le couple : la fécondation in vitro avec diagnostic préimplantatoire
Grâce à ces découvertes, le couple a pu bénéficier d’une fécondation in vitro (FIV) avec diagnostic préimplantatoire (DPI). Cette technique permet de sélectionner un embryon ne portant pas la mutation avant de l’implanter dans l’utérus. Un embryon sans la mutation EFTUD2 c.1012G>T a été choisi, et la grossesse a été confirmée par des tests hormonaux et une échographie. À 18 semaines de grossesse, une amniocentèse a été réalisée pour vérifier l’absence de la mutation et d’autres anomalies chromosomiques. À ce jour, le fœtus est à 24 semaines et aucun problème n’a été détecté.
Une découverte prometteuse pour l’avenir
Cette étude met en lumière une mutation rare dans le gène EFTUD2 qui pourrait être liée aux fausses couches à répétition. Bien que les données proviennent d’un seul couple, elles ouvrent de nouvelles perspectives pour la recherche sur les causes génétiques des FCR. Le séquençage de l’exome entier s’avère être un outil précieux pour identifier les mutations responsables de ces cas inexpliqués.
Cependant, des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer le rôle du gène EFTUD2 dans le développement embryonnaire et comprendre comment cette mutation affecte spécifiquement la grossesse. En attendant, cette découverte offre un espoir aux couples confrontés à des fausses couches répétées en leur permettant de bénéficier de conseils génétiques et de techniques de reproduction assistée adaptées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001667
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