Une injection de sérum physiologique pour éviter des chirurgies inutiles du côlon

Une simple injection de sérum physiologique peut-elle éviter des chirurgies inutiles du côlon ?

Imaginez subir une coloscopie pour vérifier la présence de polypes — des excroissances pouvant devenir cancéreuses — et que votre médecin confonde une poche inoffensive du côlon avec une tumeur dangereuse. Ce scénario n’est pas de la science-fiction. Pour les personnes atteintes de diverticules coliques inversés (DCI), une affection rare mais trompeuse, un diagnostic erroné peut entraîner des biopsies, des chirurgies, voire une perforation intestinale. Un essai clinique récent explore si l’injection de sérum physiologique sous la surface du côlon pourrait résoudre ce problème.


Les diverticules coliques inversés : qu’est-ce que c’est ?

La diverticulose colique désigne des petites poches (diverticules) qui se forment à travers les zones fragilisées de la paroi du côlon. Bien que fréquentes chez les personnes âgées, ces poches sont généralement asymptomatiques. Cependant, dans de rares cas — environ 0,7 % des coloscopies —, ces poches se replient vers l’intérieur au lieu de l’extérieur. Ces replis, appelés diverticules coliques inversés (DCI), ressemblent presque parfaitement à des polypes lors d’une coloscopie.

Le danger réside dans leur structure. Contrairement aux polypes, qui sont des excroissances solides, les DCI sont creux et dépourvus de couches musculaires. Les ponctionner ou les couper risque de déchirer le côlon. Pourtant, les distinguer visuellement est quasi impossible. Les méthodes traditionnelles, comme les radiographies avec produit de contraste (lavement baryté), ne sont pas pratiques lors d’examens de routine. Même les outils d’imagerie avancés, comme l’imagerie à bande étroite, échouent parfois.


Pourquoi le diagnostic erroné est problématique

Les DCI sont des « imitateurs ». Ils partagent des caractéristiques avec les polypes :

  • Une forme arrondie.
  • Une surface lisse.
  • Des saignements occasionnels.

Face à une lésion suspecte, les médecins prélèvent souvent des biopsies ou retirent la masse. Mais percer un DCI peut provoquer une fuite d’air ou de liquide dans l’abdomen, entraînant une infection ou une perforation — une urgence vitale. Une étude a révélé que 15 % des DCI étaient incorrectement traités comme des polypes, augmentant le risque de complications.


Techniques existantes, défis persistants

Les endoscopistes ont testé plusieurs astuces pour identifier les DCI :

  1. Le signe de l’oreiller radiant : Piquer la lésion à plusieurs reprises pour créer des plis autour d’elle.
  2. Jets d’air et d’eau : Souffler de l’air ou pulvériser de l’eau pour observer un changement de forme.
  3. Rétraction par pince : Utiliser des outils pour retourner la lésion vers l’extérieur.

Ces méthodes fonctionnent… parfois. Les gros DCI résistent au remodelage, et une préparation intestinale insuffisante (nettoyage du côlon avant l’examen) peut masquer des détails. Même les « anneaux d’Aurora » — cercles pâles autour de la lésion visibles sous certains colorants — ne sont pas fiables à 100 %.


La solution saline : comment ça marche ?

Un essai clinique récent a testé une idée simple : injecter du sérum physiologique sous la couche superficielle du côlon (sous-muqueuse). Pourquoi ? Les DCI n’ont pas de couche musculaire. Lorsque le sérum soulève la sous-muqueuse, le DCI creux s’aplatit ou forme une dépression. Les vrais polypes, dotés de toutes les couches tissulaires, restent bombés.

Dans l’essai, une femme de 69 ans souffrant de douleurs abdominales à droite a subi une coloscopie. Les images ont révélé des diverticules dans son cæcum (première partie du côlon) et un « polype » de 8 mm. La lésion présentait un tissu de couleur normale et des anneaux d’Aurora peu nets. Après injection de sérum, elle s’est aplatie en une dépression, confirmant un DCI. Aucune biopsie n’a été nécessaire.


Avantages et limites de la méthode

Avantages :

  • Efficace sur les petits et grands DCI.
  • Aucun équipement spécial requis — juste une coloscopie standard.
  • Quelques minutes suffisent.
  • Combiner le sérum avec un colorant améliore la visibilité des anneaux d’Aurora.

Limites :

  • Un résultat négatif (pas de dépression) n’exclut pas un DCI. La taille ou la localisation de la lésion peut bloquer l’effet.
  • Risques minimes : saignements ou, rarement, perforation en cas d’injection trop puissante.

Les auteurs de l’étude qualifient cette technique de « révolution » pour éviter les interventions inutiles.


Enjeux pour les patients

Les coloscopies sauvent des vies en détectant les polypes précoces. Mais les traitements superflus comportent des risques. Pour les DCI, inoffensifs s’ils ne sont pas manipulés, l’objectif est de ne pas y toucher. L’injection sous-muqueuse de sérum offre un moyen rapide et peu coûteux de confirmer les DCI sans biopsies. Cela réduirait les complications et les coûts de santé.

Les patients avec des diverticules à droite (fréquents en Asie) ou des lésions ambiguës en bénéficieraient le plus. Les médecins sont encouragés à utiliser cette méthode lorsque les signes traditionnels (anneaux d’Aurora, signe de l’oreiller) restent incertains.


Perspectives mondiales

Les maladies coliques varient selon les régions. En Occident, les diverticules sont souvent à gauche, tandis qu’en Asie, ils prédominent à droite. Les DCI sont rares mais universels. Avec l’augmentation des coloscopies dans le monde, améliorer la précision diagnostique devient crucial.

À l’avenir, des recherches pourraient explorer l’association du sérum à l’IA pour analyser les formes des lésions. Pour l’instant, le test au sérum comble un manque — une méthode simple et sûre pour éviter le surtraitement des imitateurs.


À des fins éducatives uniquement.
Consulté sur doi.org/10.1097/CM9.0000000000001485

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