Une blessure du foie causée par des comprimés de lévothyroxine chez une patiente atteinte d’hypothyroïdie
Comment un traitement courant peut-il endommager votre foie ?
Imaginez : vous prenez un médicament prescrit par votre médecin pour réguler votre thyroïde, et soudain, votre foie commence à montrer des signes de détresse. C’est exactement ce qui est arrivé à une jeune femme de 31 ans après avoir commencé un traitement à base de lévothyroxine. Cette histoire met en lumière un risque peu connu mais important : les additifs présents dans les médicaments peuvent parfois provoquer des réactions graves.
Le contexte médical
Cette patiente avait subi une ablation de la thyroïde gauche en février 2018 en raison d’un cancer de la thyroïde. Avant l’opération, ses analyses sanguines montraient un foie en parfaite santé : bilirubine totale (T-BIL) 21,5 mmol/L, bilirubine directe (D-BIL) 6,3 mmol/L, et des enzymes hépatiques (ALT, AST, ALP) dans les normes. Ses tests thyroïdiens indiquaient une légère hypothyroïdie, c’est pourquoi elle a reçu une prescription de lévothyroxine (LTA, Merck KGaA) à 100 µg par jour, ainsi que du carbonate de calcium et de la vitamine D3 (CC-D3) pour soutenir son organisme.
L’apparition des problèmes hépatiques
Vingt-six jours après le début du traitement, lors d’un contrôle de routine, les médecins ont constaté une élévation alarmante des enzymes hépatiques : l’ALT avait grimpé à 325,2 U/L (soit 10 fois la normale) et l’AST à 144,9 U/L (4 fois la normale). La bilirubine, quant à elle, restait dans les limites normales. Les tests de la fonction thyroïdienne montraient que le traitement était efficace, mais les résultats hépatiques suggéraient une blessure du foie.
Les médecins ont écarté les causes habituelles comme les hépatites virales ou les maladies auto-immunes. En utilisant une méthode d’évaluation appelée RUCAM, ils ont conclu que la blessure hépatique était probablement liée au médicament, avec un score de 6 points.
Les mesures prises pour protéger le foie
Face à cette situation, la dose de lévothyroxine a été réduite à 75 µg par jour. En parallèle, la patiente a reçu des traitements pour protéger son foie, notamment du magnésium isoglycyrrhizinate par voie intraveineuse et du glutathion réduit. Ces mesures ont permis une amélioration rapide des enzymes hépatiques, mais celles-ci restaient encore élevées lors de sa sortie de l’hôpital.
Le passage à une autre marque de lévothyroxine
Le 25 mars, les médecins ont décidé de changer de marque de lévothyroxine. Ils ont remplacé le LTA par un autre produit (LTB, Berlin Chemie AG) à la même dose de 75 µg par jour. Cette décision a marqué un tournant : les enzymes hépatiques ont commencé à se normaliser progressivement. En quelques semaines, l’ALT et l’AST sont revenus à des niveaux acceptables, et la bilirubine est restée stable.
Pourquoi ce changement a-t-il fonctionné ?
La clé de cette histoire réside dans les additifs présents dans les comprimés. Bien que les deux marques contiennent la même substance active (lévothyroxine sodium), leurs ingrédients non actifs diffèrent. Le LTA contient de l’amidon de maïs, de la gélatine, du lactose et du stéarate de magnésium, tandis que le LTB utilise du bicarbonate de calcium, de la dextrine et de la cellulose microcristalline.
Les médecins pensent que certains additifs du LTA, comme le lactose et le stéarate de magnésium, ont pu agir comme des haptènes. Ces molécules se lient aux protéines du corps et forment des complexes qui déclenchent une réaction immunitaire, endommageant ainsi le foie. Ce mécanisme a déjà été observé dans d’autres cas de blessures hépatiques liées à des médicaments.
Ce que cela signifie pour les patients et les médecins
Les blessures hépatiques causées par la lévothyroxine sont rares, mais elles existent. Depuis 1986, moins de cinq cas ont été documentés. Ce cas rappelle que les additifs présents dans les médicaments peuvent parfois provoquer des réactions imprévues.
Pour les patients sous lévothyroxine, il est important de surveiller régulièrement les enzymes hépatiques, surtout en cas de changement de dose ou de marque. Si des anomalies apparaissent, il est crucial d’en parler rapidement à son médecin.
Pour les médecins, ce cas souligne l’importance de considérer les ingrédients non actifs lors de l’évaluation des effets secondaires d’un médicament. Dans certains cas, changer de marque peut résoudre le problème sans interrompre le traitement.
En conclusion
Cette histoire montre que même des médicaments courants et bien tolérés peuvent parfois provoquer des réactions graves. Les additifs présents dans les comprimés jouent un rôle clé dans ces cas rares mais importants. En restant vigilants, les patients et les médecins peuvent travailler ensemble pour trouver des solutions sûres et efficaces.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000340
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