Un seul test peut-il dépister dix personnes pour la COVID-19 ? La percée qui a rendu les tests de masse abordables
Imaginez vivre dans une ville de millions d’habitants où les cas de COVID-19 sont rares, mais où la menace d’une épidémie plane. Les autorités sanitaires doivent tester tout le monde rapidement, mais les méthodes standard épuisent les ressources et prennent du temps. Et si un seul test pouvait vérifier dix personnes à la fois—sans perdre en précision ? Découvrez le « test 10-en-1 », une innovation majeure pour le dépistage de masse dans les zones à faible risque.
Le problème : Tester des millions sans ruiner les finances
Mi-2020, la COVID-19 avait infecté plus de 19 millions de personnes dans le monde. Pour stopper le virus, des villes comme Wuhan et Pékin ont eu recours à des tests génétiques de masse (tests PCR) pour identifier les individus infectés. Mais tester des millions de personnes a mis à rude épreuve les ressources. Chaque test nécessitait des tubes, des produits chimiques et du temps en laboratoire. Dans les zones à faible risque—où les cas sont rares—l’utilisation de tests individuels semblait gaspillée. Les laboratoires ont atteint leurs limites de capacité, les délais se sont allongés et les coûts ont explosé.
Les scientifiques ont été confrontés à un dilemme : Comment tester de larges populations sans sombrer dans les coûts ou les faux négatifs ?
L’idée : Mélanger les échantillons, économiser les ressources
Les premières solutions ont tenté le « pooling ». Au lieu de tester l’échantillon d’une seule personne, les laboratoires ont mélangé plusieurs échantillons. Par exemple, en combinant dix écouvillons dans un seul tube. Si le test groupé était négatif, les dix personnes étaient déclarées saines. Si positif, chaque échantillon était retesté individuellement. Cela a réduit les coûts, mais présentait des défauts. Le mélange des échantillons diluait le virus, rendant les infections faibles plus difficiles à détecter. Certaines études ont montré que les tests groupés manquaient jusqu’à 10 % des cas.
Le défi était clair : Créer une méthode de pooling qui soit économique, rapide et précise.
Le test 10-en-1 : Conçu pour la vitesse et l’échelle
Des chercheurs en Chine ont conçu un « test 10-en-1 » adapté aux dépistages de masse. Voici comment il fonctionne :
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Des tubes spéciaux pour dix écouvillons
Un tube sur mesure (tube de collecte de virus) contient dix écouvillons de gorge. Les tubes normaux ne contiennent qu’un écouvillon, mais celui-ci est plus grand—14,8 mm de large et 100,5 mm de haut—avec 6 mL de liquide de conservation (le double de la quantité habituelle). Le liquide contient des produits chimiques (sels de guanidinium) pour protéger le matériel génétique du virus (ARN). -
Des écouvillons faciles à utiliser
Les écouvillons ont un point de rupture à 3 cm de l’extrémité. Après la collecte, la pointe se casse dans le tube, évitant les fuites ou la contamination. -
Test en laboratoire
Au laboratoire, les techniciens extraient l’ARN de l’échantillon mélangé. Ils utilisent des machines PCR pour détecter deux parties du virus : le gène ORF1ab et le gène NP. Si l’un des gènes est trouvé, le pool est marqué comme positif, et les dix personnes sont retestées.
Est-ce que ça marche ? Validation de la méthode
Pour valider le test 10-en-1, les scientifiques ont mené deux expériences :
1. Pools simulés
Ils ont mélangé des échantillons de 19 patients COVID-19 avec des échantillons négatifs. Résultats :
- Les tests individuels ont détecté les 19 cas.
- La méthode 10-en-1 a détecté 18 cas (94,7 % de précision). Un cas a montré un signal faible (un seul gène détecté).
2. Essais sur le terrain
À Dalian, en Chine, 2,15 millions de personnes ont été dépistées. Chaque personne a fourni deux écouvillons : un pour un test individuel et un pour le pooling. Les résultats ont parfaitement correspondu dans 450 échantillons. La méthode 10-en-1 a montré une précision quasi identique à celle des tests individuels.
Pourquoi c’est une victoire pour les zones à faible risque
Dans des villes comme Dalian, Qingdao et Shenyang—où les cas de COVID-19 étaient rares—le test 10-en-1 a brillé :
- Les coûts ont chuté de 80 %. Tester dix personnes pour le prix d’une seule a permis d’économiser des millions.
- Les laboratoires ont tenu le rythme. Traiter dix échantillons comme un seul a libéré les machines et le personnel.
- Aucune épidémie n’a été manquée. Les dépistages de plus de 20 millions de personnes n’ont trouvé qu’un seul cas asymptomatique.
Même avec des échantillons dilués, la sensibilité du test est restée élevée. Le matériel génétique du virus (ARN) est resté stable dans le liquide de conservation, et les machines PCR ont pu le détecter.
Et ensuite ? Des pools plus grands, des dépistages plus rapides
Le test 10-en-1 résout trois problèmes clés :
- Conception : Les tubes et écouvillons ont été redessinés pour la sécurité et la facilité d’utilisation.
- Dilution : Doubler le volume de liquide de conservation a maintenu les échantillons utilisables malgré le mélange.
- Vitesse : Les laboratoires ont dépisté des millions de personnes en quelques jours, pas en semaines.
Les recherches futures pourraient tester des pools encore plus grands (par exemple, 20-en-1). Pour l’instant, la méthode est idéale pour les zones à faible nombre de cas. Dans les zones à forte propagation, les tests individuels restent préférables pour détecter les infections faibles.
Un outil pour la prochaine pandémie ?
Le test 10-en-1 ne se limite pas à la COVID-19. Sa conception pourrait s’adapter à d’autres virus, aidant les villes à dépister rapidement lors d’épidémies. En réduisant les coûts et en gagnant du temps, il rend les efforts de santé publique durables—même dans les régions aux ressources limitées.
À des fins éducatives uniquement
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001627