Un médicament contre le paludisme pourrait-il réduire les cicatrices douloureuses ? Les scientifiques explorent un nouvel espoir pour le traitement des chéloïdes
Imaginez une cicatrice qui ne cesse de grandir. Au lieu de s’estomper avec le temps, elle devient épaisse, surélevée et souvent douloureuse. C’est la réalité pour les personnes atteintes de chéloïdes—un type de tissu cicatriciel agressif qui se forme après des blessures, des chirurgies ou même des dommages mineurs à la peau. Les traitements actuels, comme la chirurgie et la radiothérapie, échouent souvent à prévenir la repousse, laissant les patients frustrés et désespérés de trouver de meilleures options. Un médicament contre le paludisme, utilisé depuis des décennies, pourrait-il être la clé pour stopper ces cicatrices tenaces ?
Le problème des chéloïdes : quand la guérison déraille
Les chéloïdes ne sont pas seulement un problème esthétique. Elles se forment lorsque les cellules de la peau, appelées fibroblastes, s’emballent, produisant trop de collagène (une protéine structurelle) et refusant de mourir quand elles le devraient. Cela crée des excroissances dures et caoutchouteuses qui peuvent démanger, faire mal et limiter les mouvements. Pire encore, les retirer chirurgicalement les fait souvent revenir plus grosses. Les chercheurs cherchent depuis longtemps des moyens de calmer ce processus de guérison hyperactif sans endommager les tissus sains.
C’est là qu’intervient la dihydroartémisinine (DHA), un médicament dérivé de l’armoise annuelle—une plante utilisée en médecine traditionnelle chinoise. Connue principalement pour lutter contre le paludisme, la DHA a récemment montré des résultats prometteurs dans le traitement de la fibrose (accumulation de tissu cicatriciel) dans des organes comme les poumons et les reins. Mais pourrait-elle agir sur les chéloïdes cutanées ? Une étude de 2023 de l’hôpital de Chine de l’Ouest apporte des indices intrigants.
Du paludisme à la science des cicatrices : comment fonctionne la DHA
Pour tester les effets de la DHA, les scientifiques ont cultivé des fibroblastes de chéloïdes—les cellules problématiques de ces cicatrices—en laboratoire. La moitié a reçu un liquide neutre (un témoin), tandis que les autres ont reçu une dose de DHA équivalente à des niveaux sûrs pour l’homme. Après quatre heures, ils ont analysé quels gènes s’activaient ou se désactivaient.
Les résultats étaient frappants : 1 606 gènes sont devenus plus actifs, tandis que 642 se sont calmés dans les cellules traitées à la DHA. Ces gènes étaient liés à 50 voies biologiques, notamment :
- La voie PI3K/Akt : Un « signal de survie » cellulaire que la DHA a bloqué (un effet déjà observé dans la fibrose pulmonaire et rénale).
- La voie MAPK : Impliquée dans les réponses au stress et la croissance cellulaire.
- Les voies TNF et IL-17 : Acteurs clés de l’inflammation.
Imaginez ces voies comme des feux de circulation contrôlant le comportement des cellules. En modifiant leurs signaux, la DHA semble rediriger les cellules cicatricielles loin d’une croissance destructrice.
Un effondrement mitochondrial : une découverte surprenante
Le plus grand choc est survenu lorsque les chercheurs ont examiné les mitochondries des cellules—de petites centrales énergétiques qui produisent de l’énergie. Les fibroblastes traités à la DHA ont montré des dommages sévères à l’ARNm mitochondrial (instructions génétiques pour construire des protéines productrices d’énergie). Les 15 types d’ARNm mitochondrial ont chuté de manière significative, notamment :
- ND1-6, ND4L : Parties de la machinerie générant de l’énergie.
- CO1-3 : Essentiels pour l’utilisation de l’oxygène.
- ATP6/8 : Impliqués dans le stockage d’énergie cellulaire.
Sans ces instructions, les mitochondries ne peuvent pas fonctionner correctement. Cet effondrement a probablement privé les cellules cicatricielles d’énergie et déclenché l’apoptose (suicide cellulaire programmé)—un processus confirmé par des tests en laboratoire montrant moins de cellules vivantes et plus de cellules en autodestruction après le traitement à la DHA.
Pourquoi ces découvertes sont importantes pour les futurs traitements
Bien que loin d’être un remède, ces résultats révèlent deux mécanismes clés :
- Reprogrammation génétique : La DHA modifie le « manuel génétique » des cellules cicatricielles, perturbant les signaux de croissance et d’inflammation.
- Sabotage mitochondrial : En détruisant les plans du système énergétique, la DHA pousse les cellules vers une mort naturelle.
Cependant, les cellules cutanées normales n’ont pas été testées ici, donc on ne sait pas si la DHA épargne les tissus sains. Mais l’auteur principal de l’étude note : « La DHA a un solide bilan de sécurité chez les patients atteints de paludisme. Si elle cible sélectivement les cellules de chéloïdes, elle pourrait devenir une thérapie à faible effet secondaire. »
Et maintenant ?
Les chercheurs doivent maintenant répondre à de grandes questions :
- La DHA fonctionne-t-elle sur des animaux vivants (pas seulement en laboratoire) ?
- Quelle est la dose idéale ? (40 mmol/L a été utilisé ici—une concentration nécessitant des vérifications de sécurité humaine.)
- Peut-elle être appliquée sous forme de crème, ou nécessite-t-elle des injections ?
Bien que des obstacles subsistent, cette étude ouvre une voie pleine d’espoir. Comme le remarque un dermatologue non impliqué dans ces travaux : « Réutiliser d’anciens médicaments pour de nouveaux usages est une science intelligente. L’action duale de la DHA—modification génétique et sabotage énergétique—en fait un candidat fascinant pour la recherche sur les chéloïdes. »
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001860