Un médicament contre la douleur pouvant causer des difficultés à avaler

Un médicament courant contre la douleur pourrait-il causer des difficultés soudaines à avaler ?

Imaginez une femme de 89 ans qui ne parvient soudainement plus à avaler son thé du matin. Sa mâchoire se contracte de manière incontrôlable. Elle est emmenée d’urgence à l’hôpital, mais les examens ne révèlent ni AVC, ni infection, ni lésion cérébrale. Quelle est la cause de ce problème effrayant ? La réponse pourrait vous surprendre : un médicament que des millions de personnes prennent pour soulager les douleurs nerveuses.

Le mystère de la mâchoire qui tremble

Trois jours avant son admission à l’hôpital, cette patiente a développé des symptômes alarmants. Sa mâchoire inférieure se mettait à trembler comme une marionnette. Elle ne pouvait plus avaler, pas même une gorgée d’eau sans risquer de s’étouffer. Les médecins ont effectué des tests, mais rien n’indiquait un problème au niveau du cerveau, des nerfs ou des analyses sanguines. L’histoire a pris un tournant lorsqu’ils ont examiné ses médicaments.

Depuis trois mois, elle prenait de la gabapentine, un médicament contre la douleur nerveuse, pour soulager les douleurs liées au zona. Deux mois plus tôt, sa dose avait été augmentée à 300 mg trois fois par jour. Bien que ses reins ne fonctionnaient pas correctement (insuffisance rénale de stade 3), les médecins avaient ajusté la dose en conséquence. Personne ne s’attendait à cet effet secondaire rare : une myoclonie de la mâchoire induite par le médicament (contractions musculaires soudaines et brusques).

Qu’est-ce que la myoclonie ?

La myoclonie se manifeste par une sensation de décharge électrique dans les muscles. Elle peut toucher n’importe quelle partie du corps—bras, jambes, voire le visage. Les causes courantes incluent un manque d’oxygène, une insuffisance hépatique ou des lésions cérébrales. Mais certains médicaments, comme la gabapentine, peuvent également la déclencher. Dans ce cas, les muscles de la mâchoire se contractaient de manière continue, empêchant la déglutition.

Pourquoi cela s’est-il produit ? La gabapentine est éliminée par les reins. Avec une fonction rénale réduite, le médicament s’accumule dans l’organisme. Chez une personne en bonne santé, la gabapentine est éliminée en 5 à 8 heures. Pour cette patiente, cela prenait plus de 20 heures. Même à une dose considérée comme « sûre », ses reins ne parvenaient pas à suivre.

La solution était simple—mais urgente

Les médecins ont immédiatement arrêté la gabapentine. En deux jours, les tremblements de la mâchoire ont disparu. Elle a été mise sous un autre médicament contre la douleur (la prégabaline) et a pris du valium (un relaxant musculaire) pendant une courte période. Au troisième jour, elle pouvait à nouveau manger du pain et boire du thé normalement. Lors de son contrôle un mois plus tard, elle était toujours sans symptômes.

Ce cas enseigne une leçon importante : les difficultés à avaler chez les personnes âgées ne sont pas toujours dues à un AVC ou à une infection. Parfois, la cause est un effet secondaire d’un médicament—un effet qui peut être rapidement inversé s’il est détecté à temps.

Pourquoi n’entend-on pas plus parler de ce problème ?

La myoclonie induite par la gabapentine est rare, touchant entre 0,1 % et 12,5 % des utilisateurs. La plupart des cas impliquent des tremblements des membres, et non de la mâchoire. Seuls deux cas rapportés associent des doses de gabapentine ajustées pour une insuffisance rénale à la myoclonie. Mais il est probable que ce problème soit sous-déclaré. Les personnes âgées prennent souvent plusieurs médicaments, ce qui peut masquer la véritable cause.

L’insuffisance rénale joue un rôle clé. Les reins filtrent les déchets et les médicaments. Lorsque la fonction rénale décline (ce qui est fréquent avec l’âge), des médicaments comme la gabapentine restent plus longtemps dans l’organisme. Des tests sanguins pour évaluer la fonction rénale—comme le taux de filtration glomérulaire (TFG)—aident à ajuster les doses. Cependant, même des doses « correctes » peuvent submerger des reins affaiblis.

D’autres médicaments pouvant causer des tremblements de la mâchoire

La gabapentine n’est pas la seule en cause. Des antibiotiques comme la cefepime (utilisée pour les infections graves) peuvent également déclencher une myoclonie de la mâchoire, surtout chez les patients atteints d’insuffisance rénale. La bonne nouvelle ? Arrêter le médicament résout généralement le problème. Dans les cas graves, des relaxants musculaires à court terme ou une dialyse (un traitement de filtration du sang) pourraient être nécessaires.

Signes d’alerte pour les patients et leurs proches

Comment repérer ce problème ? Soyez attentif à :

  • Des tremblements soudains de la mâchoire au repos
  • Des difficultés à avaler les liquides (plus que les solides)
  • Des symptômes apparaissant des semaines ou des mois après la prise d’un nouveau médicament
  • Des problèmes rénaux existants ou la prise de plusieurs médicaments

N’arrêtez jamais un médicament sans consulter un médecin. Mais si ces signes apparaissent, consultez en urgence. Une revue des médicaments pourrait éviter une hospitalisation.

Pourquoi les personnes âgées sont plus à risque

Avec l’âge, le corps métabolise les médicaments plus lentement. La fonction rénale diminue naturellement après 50 ans. À 80 ans, près de 30 % des personnes souffrent d’une insuffisance rénale de stade 3. Ajoutez à cela des médicaments courants comme la gabapentine, et les effets secondaires se multiplient. Les personnes âgées sont également confrontées à :

  • La déshydratation (aggravant la fonction rénale)
  • Des problèmes de mémoire (risque de surdosage accidentel)
  • De multiples problèmes de santé (plus de médicaments, plus d’interactions)

Le rôle des aidants

Dans ce cas, les membres de la famille géraient les médicaments de la patiente, excluant un surdosage. Les aidants sont en première ligne pour prévenir les erreurs médicamenteuses. Voici quelques conseils pour une utilisation plus sûre des médicaments :

  1. Suivez les tests rénaux : Demandez les résultats du TFG aux médecins.
  2. Signalez rapidement les nouveaux symptômes : Tremblements, confusion ou changements dans la déglutition sont importants.
  3. Utilisez une seule pharmacie : Les pharmaciens peuvent signaler les interactions médicamenteuses dangereuses.
  4. Revoyez les médicaments chaque année : Éliminez les médicaments inutiles ou risqués.

Une urgence rare mais réversible

La dysphagie aiguë (difficulté à avaler) signale souvent une crise. Alors que les AVC nécessitent une action immédiate, des causes réversibles comme la myoclonie méritent la même attention. Une reconnaissance tardive peut entraîner une déshydratation, une pneumonie ou la nécessité d’une sonde d’alimentation. Pour cette patiente, arrêter la gabapentine a été un changement—et un sauvetage—majeur.

Ce que cela signifie pour les médecins

Ce cas a obtenu un score de 6/10 sur l’échelle de Naranjo (un outil pour relier les médicaments aux effets secondaires), faisant de la gabapentine la cause « probable ». Les points clés à retenir sont :

  • Vérifiez d’abord la fonction rénale : Ajustez les doses, mais restez vigilant.
  • Pensez au-delà des AVC : Une revue des médicaments ne prend que quelques minutes mais peut prévenir des dommages.
  • Sensibilisez les familles : Apprenez-leur à repérer les symptômes inhabituels rapidement.

Le message à retenir

Les médicaments modernes guérissent, mais ils peuvent aussi nuire—surtout chez les populations vulnérables. La myoclonie de la mâchoire induite par la gabapentine est rare, mais traitable. Pour les personnes âgées, des contrôles rénaux et une collaboration avec les aidants sont des boucliers contre de telles surprises. Comme l’a noté un médecin, « Ce n’était pas un cas complexe. Nous devions simplement écouter l’histoire de la patiente et penser simplement. »

À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000271

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