Un duo d’herbes anciennes pourrait-il secrètement endommager vos organes ?

Un duo d’herbes anciennes pourrait-il secrètement endommager vos organes ?

Depuis des siècles, les guérisseurs traditionnels mettent en garde contre le mélange de réglisse et de sargasse (une algue marine). Pourtant, un remède classique contenant ces deux ingrédients, le Hai-Zao-Yu-Hu-Tang, est encore utilisé aujourd’hui. Pourquoi cette contradiction ? De nouvelles recherches plongent dans ce mystère, révélant des risques surprenants liés à cette combinaison d’herbes.


Le conflit entre sagesse traditionnelle et usage moderne

En médecine traditionnelle chinoise, la réglisse et la sargasse font partie des « dix-huit médicaments antagonistes » — des ingrédients censés entrer en conflit lorsqu’ils sont combinés. Malgré cela, certaines formules comme le Hai-Zao-Yu-Hu-Tang incluent les deux. Les scientifiques se sont demandé : une utilisation à long terme de ce mélange pourrait-elle endommager les organes ?

Pour le découvrir, ils ont testé un extrait de réglisse et de sargasse sur des rats pendant quatre semaines. L’objectif ? Repérer des dommages cachés au cœur, au foie et aux reins — des organes souvent affectés par les toxines.


L’expérience : Suivi de la toxicité dans le temps

Les chercheurs ont divisé les rats en sept groupes :

  • Groupe témoin : A reçu de l’eau salée.
  • Groupes réglisse seule : Faibles ou fortes doses.
  • Groupes sargasse seule : Faibles ou fortes doses.
  • Groupes combinés : Faibles ou fortes doses des deux herbes.

Pendant quatre semaines, les rats ont consommé les extraits deux fois par jour. Des analyses sanguines, des examens d’organes et des tests de laboratoire avancés (comme la UPLC-TQ/MS, une méthode pour détecter de minuscules quantités de produits chimiques) ont suivi les changements.


Que s’est-il passé chez les rats ?

1. Les organes ont grossi — un signal d’alarme

Les rats ayant reçu une forte dose du mélange réglisse-sargasse avaient des cœurs, des foies et des reins plus gros. Même les faibles doses ont provoqué un gonflement du foie. Des organes plus lourds signalent souvent une inflammation ou des dommages.

2. Les analyses sanguines ont révélé le chaos

  • Stress cardiaque : Les enzymes liées aux dommages cardiaques (comme la créatine kinase et la lactate déshydrogénase) ont explosé.
  • Problèmes hépatiques : Les marqueurs de lésions hépatiques (alanine transaminase, AST) ont augmenté.
  • Surcharge rénale : Les déchets (urée sanguine, créatinine) ont augmenté, suggérant une surcharge des reins.
  • Dérèglement métabolique : Les triglycérides et la glycémie ont grimpé, indiquant un traitement perturbé des graisses et des sucres.

3. Dommages tissulaires sous le microscope

  • Cœur : Les rats ayant reçu une forte dose du mélange ont montré une inflammation sévère, avec des cellules immunitaires (macrophages CD68+) envahissant les tissus cardiaques endommagés.
  • Foie : La réglisse seule a provoqué un léger gonflement, mais l’ajout de sargasse a entraîné une inflammation des canaux biliaires et la mort des cellules.
  • Reins : Les groupes combinés ont montré une inflammation des tubules rénaux et un épaississement des parois tissulaires.

Le coupable ? Un effet domino chimique

La réglisse contient de l’acide glycyrrhizique (GL), qui se décompose en acide glycyrrhétinique (GA) dans le corps. Le GA est connu pour provoquer des effets secondaires comme l’hypertension artérielle et la rétention d’eau. Voici le problème :

  • La sargasse a augmenté les niveaux de GA. Lorsque les rats consommaient de la réglisse seule, le GA restait faible. Mais avec la sargasse, le GA a explosé — et est resté élevé même après plusieurs jours d’utilisation.
  • Les autres composés de la réglisse (comme la liquiritine) ont diminué. La sargasse semble bloquer leur absorption, laissant le GA dominer.

Pourquoi est-ce important ? Une surcharge de GA peut déclencher une inflammation, des déséquilibres hormonaux et un stress organique. Imaginez la sargasse comme un « booster » qui pousse le GA à des niveaux toxiques.


Le double tranchant de la médecine traditionnelle

Cette étude ne signifie pas que la réglisse ou la sargasse sont dangereuses seules. À doses normales, la réglisse soutient la digestion, et la sargasse est riche en iode. Mais les combiner pourrait déséquilibrer la balance.

Par exemple :

  • Risques cardiaques : Le GA peut perturber les niveaux de potassium, affaiblissant les muscles cardiaques.
  • Surcharge hépatique : L’accumulation de GA peut submerger les voies de détoxification.
  • Stress rénal : Filtrer l’excès de GA pourrait fatiguer ces organes.

Qu’est-ce que cela signifie pour les humains ?

Les études sur les animaux ne se traduisent pas toujours chez l’homme, mais les signaux d’alarme sont clairs. Les formules traditionnelles comme le Hai-Zao-Yu-Hu-Tang devraient être utilisées avec prudence — et surveillées pour leurs effets à long terme.

Points clés à retenir :

  1. Combiner des herbes peut avoir l’effet inverse. Même les mélanges « naturels » ne sont pas sans risque.
  2. La dose compte. Les fortes doses de réglisse-sargasse ont causé les pires dommages.
  3. Surveillez les symptômes. Fatigue, gonflement ou urine foncée pourraient signaler un stress organique.

La vue d’ensemble : Mélanger ancienne et nouvelle science

Cette étude fait le pont entre les connaissances traditionnelles et la toxicologie moderne. En identifiant le GA comme un risque, les chercheurs peuvent désormais explorer :

  • Des formules plus sûres : Ajuster les doses ou ajouter des herbes protectrices.
  • Outils de dépistage : Des analyses sanguines pour surveiller les niveaux de GA chez les patients.
  • Éducation : Informer les praticiens sur les interactions cachées.

Réflexions finales

La pharmacie de la nature offre des outils puissants, mais mélanger les ingrédients peut débloquer des effets inattendus. Pour la réglisse et la sargasse, les avertissements anciens pourraient contenir une vérité moderne. Alors que la science démêle ces mystères, patients et guérisseurs trouvent ensemble un chemin plus clair vers des soins sûrs et efficaces.

À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001716

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