Transplantation hépatique pour l’hypoparathyroïdie secondaire à la maladie de Wilson : une solution efficace ?

Transplantation hépatique pour l’hypoparathyroïdie secondaire à la maladie de Wilson : une solution efficace ?

La maladie de Wilson (MW), une maladie génétique rare, perturbe l’élimination du cuivre dans le corps. Cette accumulation de cuivre endommage principalement le foie, le cerveau et les yeux. Mais saviez-vous qu’elle peut aussi affecter les glandes parathyroïdes, entraînant une hypoparathyroïdie ? Cette condition rare, caractérisée par un faible taux d’hormone parathyroïdienne (PTH), peut provoquer des problèmes osseux et musculaires graves. Ce cas clinique d’un jeune homme de 19 ans montre comment une transplantation hépatique (OLT) a permis de stabiliser sa maladie.

Un parcours clinique complexe

Tout a commencé lorsque le patient avait 4 mois. Une jaunisse (ictère scléral) a conduit au diagnostic de MW. Malgré un traitement protecteur du foie, la maladie a progressé. À 9 ans, il présentait un retard de croissance, des doigts déformés (hippocratisme digital) et des ongles pâles. À 16 ans, des fractures spontanées sont apparues. À 17 ans, des symptômes neurologiques et psychologiques (fatigue, changements de personnalité, crises d’épilepsie) se sont ajoutés. À 19 ans, des déformations sévères de la colonne vertébrale et une protubérance du sternum ont été observées.

Une histoire familiale révélatrice

Les parents du patient étaient cousins germains, et un cousin paternel était décédé de la MW à 12 ans. Un frère de 3 ans était également atteint, confirmant l’origine génétique de la maladie.

Diagnostic : des résultats alarmants

À son admission, le patient mesurait 153 cm et pesait 63,9 kg, montrant un retard de croissance. Il présentait une alopécie (perte de cheveux), un visage rond, des déformations thoraciques et des anneaux de Kayser-Fleischer (K-F) dans les yeux. Les analyses sanguines ont révélé une hypoparathyroïdie sévère : PTH <2 pg/mL (normal : 15–65 pg/mL), calcium bas (2,09 mmol/L), phosphore élevé (1,78 mmol/L) et une carence en vitamine D (6,96 ng/mL). Le taux de céruloplasmine (CP), une protéine liée au cuivre, était très bas (17,1 mg/dL ; normal : 20–50 mg/dL), confirmant la MW.

Imagerie : des lésions systémiques

L’échographie thyroïdienne a montré des nodules hypoéchogènes, suspectés d’impliquer les parathyroïdes. Une scintigraphie parathyroïdienne (⁹⁹mTc-MIBI) n’a détecté aucune activité dans ces nodules, suggérant une hyperplasie non fonctionnelle. L’IRM a révélé des déformations sévères de la colonne vertébrale, indiquant une maladie osseuse métabolique chronique.

Transplantation hépatique : un tournant décisif

Face à une insuffisance hépatique aiguë, une OLT a été réalisée sept semaines après l’admission. Après l’opération, le métabolisme du cuivre s’est stabilisé, avec une augmentation de la CP à 39,1 mg/dL en trois semaines. Les niveaux de calcium et de phosphore se sont progressivement normalisés : calcium de 2,09 à 2,11–2,47 mmol/L, phosphore de 1,78 à 1,1–1,48 mmol/L.

La PTH a montré une augmentation temporaire (26,6 pg/mL) à la deuxième semaine post-transplantation, puis s’est stabilisée entre 5,9 et 11,8 pg/mL. Bien que ces valeurs restent inférieures à la normale, elles dépassaient les niveaux préopératoires (<2 pg/mL), accompagnant une amélioration de l’équilibre calcique.

Mécanismes pathologiques

La MW est causée par des mutations du gène ATP7B, qui empêchent l’élimination du cuivre par la bile. Le cuivre s’accumule alors dans divers organes, dont les parathyroïdes, provoquant leur destruction et une hypoparathyroïdie. Dans ce cas, l’imagerie a montré une hyperplasie parathyroïdienne non fonctionnelle, probablement due à une exposition chronique au cuivre.

Rôle de la transplantation hépatique

L’OLT est le traitement définitif pour les patients atteints de MW en insuffisance hépatique aiguë ou en cirrhose décompensée. En remplaçant le foie défectueux, l’OLT restaure le métabolisme du cuivre, arrête la progression de la maladie et peut inverser certaines complications extrahépatiques. Dans ce cas, la normalisation de la CP a confirmé le bon fonctionnement du greffon.

L’augmentation temporaire de la PTH suggère une récupération partielle des parathyroïdes, probablement due à la réduction de la toxicité du cuivre. Cependant, l’hypoparathyroïdie persistante indique des dommages irréversibles.

Implications cliniques et perspectives futures

Ce cas souligne la nature multisystémique de la MW et l’importance de diagnostiquer rapidement l’hypoparathyroïdie chez les jeunes patients atteints de maladies osseuses métaboliques.

L’efficacité de l’OLT pour inverser les dommages liés au cuivre au-delà du foie mérite des études supplémentaires. Bien que la normalisation de la CP confirme la fonction hépatique, la récupération parathyroïdienne dépend probablement de l’étendue des dommages préexistants. Un suivi à long terme est essentiel pour évaluer l’évolution de la PTH.

Conclusion

Ce rapport illustre l’interaction complexe entre la MW et l’hypoparathyroïdie, mettant en lumière le rôle de l’OLT dans la restauration de l’équilibre du cuivre. Bien que l’hypoparathyroïdie ait persisté après la transplantation, la résolution de l’hypocalcémie et de l’hyperphosphatémie suggère une récupération partielle. L’OLT pourrait prévenir d’autres dommages parathyroïdiens, évitant ainsi une transplantation glandulaire immédiate. Des études longitudinales sont nécessaires pour évaluer l’impact à long terme de l’OLT sur la fonction parathyroïdienne et la redistribution du cuivre dans la MW.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000384
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