Thyrotoxicose induite par un produit de contraste iodé : Un cas rare de défaillance hépatique aiguë sur chronique

Thyrotoxicose induite par un produit de contraste iodé : Un cas rare de défaillance hépatique aiguë sur chronique

Une exposition à un produit de contraste iodé peut-elle déclencher une crise hépatique grave ?

Imaginez une jeune femme de 30 ans, sans antécédents médicaux majeurs, qui développe soudainement une jaunisse, un gonflement abdominal et une fièvre persistante. Après plusieurs examens, les médecins découvrent qu’elle souffre d’une maladie du foie chronique, aggravée par une thyrotoxicose (hyperthyroïdie sévère) déclenchée par un produit de contraste iodé utilisé lors d’un scanner abdominal. Ce cas rare met en lumière les risques méconnus de ces produits de contraste chez les patients atteints de maladies hépatiques ou thyroïdiennes.

Qu’est-ce que la défaillance hépatique aiguë sur chronique ?

La défaillance hépatique aiguë sur chronique (ACLF en anglais) est une complication grave qui survient chez les patients ayant une maladie du foie de longue durée, comme la cirrhose. Elle se caractérise par une détérioration rapide de la fonction hépatique, souvent accompagnée de problèmes dans d’autres organes. Les causes courantes incluent les infections virales, l’abus d’alcool, les médicaments toxiques pour le foie, ou des saignements digestifs. Cependant, dans ce cas, c’est une hyperthyroïdie sévère, déclenchée par un produit de contraste iodé, qui a précipité la crise.

Le cas de cette jeune femme : un enchaînement rare et complexe

La patiente, déjà suivie pour des anomalies hépatiques depuis deux ans, a été admise à l’hôpital pour une jaunisse persistante, un gonflement abdominal et une fièvre légère. Les tests sanguins ont écarté les virus de l’hépatite et d’autres infections courantes. Une semaine avant son admission, elle avait subi un scanner abdominal avec un produit de contraste iodé, qui avait révélé une cirrhose du foie et une accumulation de liquide dans l’abdomen (ascite).

À son arrivée à l’hôpital, les médecins ont constaté une température élevée, un rythme cardiaque accéléré, et des signes d’ascite et d’œdème. Les analyses sanguines montraient un nombre de globules blancs bas, une anémie et une faible numération plaquettaire. Malgré l’absence d’infection, sa fonction hépatique continuait de se détériorer, avec une augmentation du taux de bilirubine (un marqueur de lésions hépatiques) et des troubles de la coagulation.

La découverte d’une maladie de Wilson et d’une thyrotoxicose

Les médecins ont ensuite découvert que la patiente souffrait de la maladie de Wilson, une maladie génétique rare qui provoque une accumulation de cuivre dans le foie et d’autres organes. Les tests ont révélé un taux bas de céruloplasmine (une protéine qui transporte le cuivre), un taux élevé de cuivre dans les urines, et la présence d’un anneau de Kayser-Fleischer dans ses yeux, typique de cette maladie. Le score de New Wilson Index indiquait un risque élevé de décès sans transplantation hépatique.

Parallèlement, les tests thyroïdiens ont montré une hyperthyroïdie sévère, avec des niveaux extrêmement bas d’hormone thyréostimulante (TSH) et des niveaux élevés de thyroxine libre (FT4). Une échographie de la thyroïde a confirmé une hyperactivité de cette glande. Les médecins ont suspecté que l’exposition au produit de contraste iodé avait déclenché cette crise thyroïdienne, un phénomène connu sous le nom de phénomène de Jod-Basedow.

Pourquoi les produits de contraste iodé sont-ils risqués ?

Les produits de contraste iodé sont couramment utilisés pour améliorer la visibilité des organes lors des scanners. Cependant, chez les patients ayant une maladie thyroïdienne sous-jacente, ces produits peuvent provoquer une libération excessive d’hormones thyroïdiennes, entraînant une hyperthyroïdie. Cette condition peut à son tour aggraver les problèmes hépatiques, surtout chez les patients atteints de maladies chroniques du foie.

Les défis du traitement

Dans ce cas, les options de traitement étaient limitées. Les médicaments antithyroïdiens étaient contre-indiqués en raison de la gravité de la défaillance hépatique. La thérapie à l’iode radioactif, une option courante pour l’hyperthyroïdie, n’était pas envisageable car la patiente avait une absorption d’iode très faible. Les traitements pour réduire le cuivre dans le corps étaient également inefficaces. La transplantation hépatique était la seule solution, mais la patiente n’a pas pu être stabilisée assez longtemps pour en bénéficier.

Les leçons à retenir

Ce cas souligne l’importance d’évaluer la fonction thyroïdienne avant d’utiliser des produits de contraste iodé, surtout chez les patients atteints de maladies hépatiques chroniques. Il montre également la complexité de la prise en charge des patients ayant des conditions médicales multiples et interdépendantes. Une vigilance accrue et une approche individualisée sont essentielles pour prévenir des complications graves.

Conclusion

L’exposition à un produit de contraste iodé peut, dans de rares cas, déclencher une hyperthyroïdie sévère et aggraver une maladie hépatique chronique, menant à une défaillance hépatique aiguë sur chronique. Ce cas illustre la nécessité d’une évaluation minutieuse avant toute procédure médicale et d’une gestion adaptée des patients à risque.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000700

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