Rester en famille pourrait-il aider les patients atteints de COVID-19 à mieux lutter ?
Lorsque les hôpitaux sont devenus des champs de bataille pendant la pandémie de COVID-19, les patients ont été confrontés à l’isolement de leurs proches. Mais et si le fait de garder les membres de la famille ensemble améliorait la survie ? Une stratégie hospitalière surprenante mise en place lors de l’épidémie en Chine offre des indices.
Le dilemme de l’isolement
La COVID-19 (maladie à coronavirus 2019) a durement touché les familles. De nombreux foyers ont connu plusieurs infections. Les hôpitaux ont séparé les patients pour limiter la propagation du virus, mais la solitude et la peur ont augmenté. Les médecins ont remarqué une tendance : les patients isolés semblaient souvent plus en difficulté. Les liens familiaux pourraient-ils agir comme un médicament ?
Une équipe de l’Université de Pékin et de l’Hôpital Tongji a étudié 53 patients en février 2020. Leur objectif : comparer les patients hébergés avec des membres de leur famille infectés à ceux restés seuls. Les résultats, bien que préliminaires, suscitent de l’espoir—et de la prudence.
Comment l’étude a été menée
Les chercheurs ont examiné les dossiers d’adultes hospitalisés pour COVID-19. Dix patients sont restés avec leur famille (le groupe « FC »—famille accompagnante). La plupart partageaient une chambre avec leur conjoint ou leurs parents. Les 43 autres patients sont restés seuls (groupe « nFC »—pas de famille accompagnante). Tous ont reçu des soins standard : oxygène, médicaments et suivi psychologique.
Des différences clés sont apparues :
- Écart d’âge : Les patients FC avaient en moyenne 73 ans contre 64 ans dans le groupe nFC.
- Risques pour la santé : 90 % des patients FC souffraient d’hypertension artérielle contre 40 % dans le groupe nFC.
Malgré leur âge avancé et leur état de santé plus fragile, les groupes familiaux ont montré des tendances intrigantes.
Des aides inattendues dans la chambre
Dans les chambres FC, les membres de la famille moins malades sont devenus des aidants. Ils ont aidé les infirmières dans diverses tâches :
- Nourrir leurs proches trop faibles pour manger.
- Nettoyer ou aider pour les besoins sanitaires.
- Traduire les dialectes pour les médecins. Un patient a même déchiffré des notes manuscrites d’un parent sous oxygène.
Ces « équipes familiales » ont réduit la charge de travail des infirmières. Plus important encore, elles ont fourni un soutien émotionnel constant.
Indices de survie—et une tragédie
Les quatre couples mariés du groupe FC ont survécu, même dans des cas graves. Mais une histoire déchirante révèle les risques. Un homme de 72 ans s’est stabilisé pendant son hospitalisation avec sa fille. Lorsqu’elle s’est rétablie et est partie, il a sombré :
- Jour 1 : Il a refusé de manger et de prendre ses médicaments.
- Jour 3 : Il a développé un délire (confusion sévère).
- Jour 6 : Il est décédé d’une défaillance cardiaque et pulmonaire.
Ses médecins ont noté : « Perdre la présence de sa fille a brisé sa volonté de lutter. »
Globalement, 90 % des patients FC ont survécu contre 79 % dans le groupe nFC. Pour les cas graves, l’écart s’est creusé : 83 % de survie (FC) contre 57 % (nFC). Les chiffres étaient faibles, mais les tendances suggèrent un rôle de la famille.
Pourquoi la famille pourrait-elle être importante ?
- Lutter contre la peur : La COVID-19 était terriblement nouvelle en 2020. La présence de la famille a apaisé la panique. Comme l’a observé une infirmière, « Les patients se tenaient la main. Ils se rappelaient mutuellement de respirer profondément pendant les traitements. »
- Respect du traitement : Les patients FC ont utilisé leurs masques à oxygène de manière plus constante. Seul, l’homme âgé a abandonné ; avec sa famille, les autres ont persévéré.
- Pont de communication : Les proches ont aidé les médecins à comprendre les symptômes masqués par les dialectes ou la parole laborieuse.
Limites et mises en garde
L’hébergement familial n’est pas parfait. Les risques incluent :
- Perte de confidentialité : Les colocataires entendent des discussions sensibles sur la santé.
- Adaptation culturelle : Certaines communautés pourraient rejeter les chambres partagées.
- Propagation de l’infection : Le contact rapproché pourrait augmenter la transmission, bien que tous les patients aient déjà eu la COVID-19.
L’étude présente des faiblesses. Les patients plus âgés et plus malades étaient surreprésentés dans le groupe FC. La petite taille de l’échantillon rend les conclusions floues. Comme les auteurs l’admettent : « Ceci est un instantané, pas une preuve. »
Un nouvel outil pour les futures épidémies ?
Alors que la COVID-19 s’estompe, les pandémies reviendront. La compagnie familiale offre une tactique peu coûteuse pour les hôpitaux débordés. Ce n’est pas un substitut aux médicaments ou aux ventilateurs, mais comme l’a dit un médecin de l’équipe : « L’espoir est de l’oxygène pour l’âme. Parfois, c’est la famille qui le délivre le mieux. »
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001114