Résistance aux inhibiteurs de l’intégrase chez les personnes vivant avec le VIH à Tianjin, Chine : Une menace silencieuse ?
Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) reste un défi majeur de santé publique dans le monde. Depuis les années 1990, les traitements antirétroviraux (ART) ont transformé le VIH en une maladie chronique gérable. Parmi ces traitements, les inhibiteurs de l’intégrase (INSTI) sont devenus une option puissante grâce à leur efficacité élevée et à leur faible risque de résistance. Mais avec leur utilisation croissante en Chine, une question se pose : la résistance à ces médicaments est-elle en train d’émerger ?
Les INSTI : Une révolution dans le traitement du VIH
Les INSTI sont une classe récente de médicaments contre le VIH. Approuvés en Chine à partir de 2009, ils incluent des noms comme raltégravir (RAL), dolutégravir (DTG), et bictegravir (BIC). Depuis 2018, les INSTI sont recommandés comme traitement de première ligne en Chine. Cependant, leur coût élevé a longtemps limité leur utilisation. Grâce à une baisse des prix et à une couverture par l’assurance maladie, leur usage a augmenté. En 2022, près de la moitié des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) à Tianjin recevaient un traitement contenant des INSTI.
Mais cette popularité croissante soulève des inquiétudes. La résistance aux INSTI pourrait compromettre leur efficacité. Des études à Beijing et Shenzhen ont montré de faibles niveaux de résistance chez les personnes naïves de traitement. Mais qu’en est-il à Tianjin ? Cette étude vise à répondre à cette question.
Méthodologie de l’étude
Entre janvier 2020 et avril 2023, 629 personnes naïves de traitement ont été recrutées à l’hôpital de Tianjin. Les critères d’inclusion incluaient un diagnostic de VIH-1, un âge de 18 ans ou plus, et l’absence de traitement antérieur. Les critères d’exclusion incluaient la grossesse, l’allaitement, et le refus de consentement. Des échantillons sanguins ont été prélevés avant le début du traitement, et les données démographiques et cliniques ont été recueillies.
Les gènes de l’intégrase du VIH-1 ont été amplifiés et séquencés. Les mutations ont été analysées à l’aide d’une base de données de résistance aux médicaments. Les séquences présentant une résistance faible, intermédiaire ou élevée ont été classées comme résistantes.
Résultats et découvertes
Sur les 629 participants, les gènes de l’intégrase de 601 ont été séquencés avec succès. La majorité des participants étaient des hommes (93,0 %), avec un âge médian de 37 ans. Le contact sexuel était la principale voie de transmission, avec 66,2 % de contacts homosexuels et 23,1 % de contacts hétérosexuels. La charge virale médiane était de 55 300 copies/mL, et le nombre médian de cellules CD4 était de 417 cellules/mL.
Parmi les 601 cas, 14 (2,33 %) présentaient des mutations de résistance aux INSTI. Deux cas (0,33 %) avaient des mutations majeures, et 13 (2,16 %) avaient des mutations accessoires. Une mutation majeure détectée était G140A, associée à une résistance élevée à EVG et RAL, et à une résistance intermédiaire à BIC et DTG. Une autre mutation, Y143H, était liée à une résistance élevée à RAL.
Les mutations accessoires les plus courantes étaient L74M/LIM, qui avaient un impact minimal sur la sensibilité aux INSTI. D’autres mutations, comme E157Q, étaient associées à une résistance faible à EVG et RAL.
Deux cas présentaient une résistance aux INSTI, avec une résistance à RAL dans les deux cas, et une résistance à BIC, CAB, DTG, et EVG dans un cas. Les sous-types de VIH-1 identifiés dans les cas résistants étaient principalement CRF01_AE et CRF07_BC.
Discussion et implications
Cette étude révèle une faible prévalence de résistance aux INSTI chez les personnes naïves de traitement à Tianjin (2,33 %). Ce taux est légèrement plus élevé que ceux rapportés à Shenzhen, Guangdong, et Beijing. Les mutations majeures identifiées, comme G140A et Y143H, sont associées à des niveaux variables de résistance aux INSTI.
Les mutations accessoires, comme L74M/LIM, ont un impact minimal sur la sensibilité aux INSTI. Cependant, la détection d’une résistance élevée à CAB dans un cas souligne la nécessité d’une surveillance attentive, surtout avec l’utilisation croissante de ce médicament.
Ces résultats montrent que les INSTI restent une option de traitement viable à Tianjin. Mais la résistance émergente, même faible, nécessite une surveillance continue. Des stratégies de traitement adaptées aux spécificités locales seront essentielles pour maintenir l’efficacité des INSTI.
Conclusion
Cette étude fournit des informations précieuses sur la prévalence de la résistance aux INSTI chez les personnes naïves de traitement à Tianjin, Chine. La faible prévalence des mutations majeures soutient l’utilisation continue des INSTI comme traitement de première ligne. Cependant, la détection de résistance à des INSTI plus récents, comme CAB, souligne l’importance d’une surveillance proactive. Alors que l’utilisation des INSTI continue de croître, la recherche et la surveillance seront cruciales pour garantir leur efficacité à long terme dans la lutte contre le VIH.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002898
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