Pourquoi un champignon cutané commun aggrave-t-il l’eczéma chez des millions de personnes ?

Pourquoi un champignon cutané commun aggrave-t-il l’eczéma chez des millions de personnes ?

Pour les personnes souffrant d’eczéma (dermatite atopique), même les microbes quotidiens peuvent déclencher des poussées. Les scientifiques ont récemment découvert que Malassezia globosa—un champignon naturellement présent sur la peau humaine—pourrait jouer un rôle plus important que ce que l’on pensait. De nouvelles recherches révèlent comment ce microbe interagit avec les cellules immunitaires, aggravant potentiellement les rougeurs et les démangeaisons chez les patients atteints d’eczéma.


Le lien entre le champignon et la peau

Malassezia globosa vit sur la peau de presque tout le monde. Chez la plupart des gens, il est inoffensif. Mais pour ceux qui ont de l’eczéma, ce champignon pourrait se comporter comme un perturbateur. L’eczéma touche 15 à 20 % des enfants et 3 % des adultes dans le monde, provoquant une peau sèche et enflammée. Les scientifiques soupçonnaient depuis longtemps que Malassezia contribuait aux poussées, mais la manière dont il interagit avec le système immunitaire restait floue.

Une étude de 2021 a comparé les cellules sanguines de patients atteints d’eczéma sévère et d’individus sains après les avoir exposées à M. globosa. Les résultats ont montré des différences frappantes dans la réaction des cellules immunitaires. Chez les patients atteints d’eczéma, le champignon a déclenché plus de 350 changements génétiques liés à l’inflammation. Les individus sains en ont présenté moins de la moitié.


Que se passe-t-il lorsque les cellules immunitaires rencontrent le champignon ?

Les chercheurs se sont concentrés sur les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC)—des globules blancs impliqués dans la lutte contre les infections. Ces cellules ont été isolées chez trois garçons atteints d’eczéma sévère et trois garçons en bonne santé. Elles ont ensuite été exposées à M. globosa pendant 48 heures.

Principales découvertes :

  1. Les signaux d’inflammation ont augmenté : Les cellules des patients atteints d’eczéma ont produit des niveaux plus élevés d’IL-4 et d’IL-13—des messagers du système immunitaire liés aux réactions allergiques. Ces protéines poussent les cellules de la peau à surréagir aux irritants, aggravant les démangeaisons et les rougeurs.
  2. Les changements d’ADN comptent : Le champignon a modifié les gènes contrôlant la méthylation de l’ADN (un processus qui active ou désactive les gènes). Chez les patients atteints d’eczéma, les gènes réduisant la méthylation (TDG) ont augmenté, tandis que ceux la favorisant (DNMT3L) ont diminué. Ce déséquilibre pourrait maintenir les gènes liés à l’inflammation actifs.
  3. Les récepteurs immunitaires sont devenus hyperactifs : Les protéines appelées récepteurs Fc—qui aident les cellules immunitaires à reconnaître les menaces—étaient trop actives. Deux types se sont démarqués :
    • FcεRI : Se lie aux anticorps liés aux allergies (IgE), déclenchant la libération d’histamine.
    • FcγRIII : Aide les cellules immunitaires à engloutir les envahisseurs.
      Les récepteurs Fc hyperactifs pourraient expliquer pourquoi la peau des patients atteints d’eczéma réagit de manière agressive à des microbes inoffensifs.

Les voies de l’inflammation : comment le champignon alimente l’inflammation

L’étude a identifié quatre voies biologiques clés activées par M. globosa chez les patients atteints d’eczéma :

  1. La voie des récepteurs Fc
    Lorsque M. globosa se lie aux récepteurs Fc, les cellules immunitaires peuvent le confondre avec un envahisseur dangereux. Cela déclenche une réaction en chaîne : les cellules libèrent des protéines inflammatoires (cytokines), recrutent davantage de cellules immunitaires et entretiennent les démangeaisons.

  2. La voie Ras
    Les protéines Ras agissent comme des interrupteurs à l’intérieur des cellules. Lorsqu’elles sont activées, elles aident les cellules immunitaires à se déplacer, à croître et à communiquer. Une signalisation Ras hyperactive pourrait maintenir le système immunitaire des patients atteints d’eczéma en mode “attaque” permanent.

  3. La voie NLR
    Les récepteurs de type NOD (NLR) détectent les composants microbiens. L’activation des NLR peut entraîner la formation d’inflammasomes—des complexes protéiques qui libèrent des signaux inflammatoires. Une activité NLR persistante pourrait aggraver les dommages cutanés.

  4. La réparation et la modification de l’ADN
    Les changements dans les gènes de méthylation de l’ADN (comme DNMT3L et TDG) pourraient rendre les gènes liés à l’inflammation plus difficiles à “éteindre”. Imaginez un interrupteur défectueux : la lumière (l’inflammation) reste allumée.


Pourquoi les personnes en bonne santé ne réagissent-elles pas de la même manière ?

Les cellules immunitaires des participants en bonne santé ont beaucoup moins réagi à M. globosa. Seuls 10 changements génétiques étaient communs entre les groupes atteints d’eczéma et sains. Cela suggère que le système immunitaire des patients atteints d’eczéma est prédisposé à surréagir en raison de :

  • Différences génétiques : Des variations dans les gènes contrôlant les récepteurs Fc ou la méthylation.
  • Défauts de la barrière cutanée : La peau atteinte d’eczéma est plus perméable, permettant aux champignons de pénétrer plus profondément et de déclencher les cellules immunitaires.
  • Déséquilibre du microbiome : Les microbes nocifs pourraient surpasser les bénéfiques sur la peau atteinte d’eczéma, créant un environnement pro-inflammatoire.

Implications pour les futurs traitements

Bien que l’étude ne propose pas de remèdes immédiats, elle met en lumière des cibles de recherche :

  • Bloquer les récepteurs Fc : Des médicaments apaisant ces récepteurs pourraient réduire les réponses immunitaires hyperactives.
  • Thérapie de méthylation de l’ADN : Corriger les déséquilibres de méthylation pourrait “silencer” les gènes de l’inflammation.
  • Soins probiotiques pour la peau : Rééquilibrer les microbes cutanés pourrait empêcher M. globosa de dominer.

Il est important de noter que l’étude a utilisé des cellules de seulement trois patients par groupe. Des essais plus larges sont nécessaires pour confirmer ces résultats.


Conclusion

Pour des millions de personnes atteintes d’eczéma, Malassezia globosa n’est pas qu’un simple résident cutané inoffensif—c’est un déclencheur potentiel. En détournant les voies immunitaires et en modifiant l’activité des gènes, ce champignon pourrait alimenter le cycle des démangeaisons et de l’inflammation. Comprendre ces mécanismes offre l’espoir de thérapies plus ciblées, s’attaquant aux causes profondes de l’eczéma plutôt qu’à ses symptômes.

À des fins éducatives uniquement.
DOI: 10.1097/CM9.0000000000001512

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