Pourquoi tant de Pakistanais développent-ils des cancers de la tête et du cou ?

Pourquoi tant de Pakistanais développent-ils des cancers de la tête et du cou ? Le lien surprenant entre les virus, le tabac et une mauvaise hygiène dentaire

Les cancers de la tête et du cou, qui touchent des zones comme la bouche, la gorge et le larynx, se propagent rapidement au Pakistan. Plus de 90 % de ces cancers débutent dans les cellules plates (cellules squameuses) qui tapissent la bouche et la gorge. Mais qu’est-ce qui alimente cette crise ? De nouvelles recherches pointent du doigt un trio dangereux : un virus commun, le tabac et une mauvaise hygiène dentaire. Décortiquons comment ces facteurs s’associent pour favoriser la croissance du cancer.


La menace invisible : le virus du papillome humain (VPH)

Vous avez probablement entendu parler du VPH, le virus lié au cancer du col de l’utérus. Mais le VPH n’est pas uniquement un problème de santé féminin. Certains types de VPH dits « à haut risque », comme le VPH16 et le VPH18, peuvent infecter la bouche et la gorge. Ces virus produisent des protéines (E6 et E7) qui piratent les cellules saines. Ils désactivent les défenses naturelles de l’organisme, permettant aux cellules infectées de se multiplier de manière incontrôlée.

Au Pakistan, 24 % des patients atteints de cancers de la tête et du cou ont été testés positifs au VPH. Parmi eux, 65 % étaient porteurs du VPH16, le même type responsable de la majorité des cancers du col de l’utérus. Cela suggère que le VPH n’est pas seulement un passager silencieux, mais un acteur actif dans la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses.


Le tabac : un méchant connu avec un nouvel acolyte

L’usage du tabac, qu’il soit fumé ou chiqué, est profondément ancré dans la culture sud-asiatique. Il endommage l’ADN et irrite les tissus, créant un terrain propice au cancer. Mais lorsqu’il est combiné au VPH, le danger du tabac se multiplie.

Dans l’étude, 87 % des patients atteints de cancer et positifs au VPH consommaient du tabac. Comparez cela à 67 % des patients négatifs au VPH. Les chiffres suggèrent que le tabac ne nuit pas seulement aux cellules par lui-même, il pourrait également aider le VPH à s’infiltrer et à faire des ravages. Imaginez le tabac comme une boule de démolition qui détruit les murs d’un bâtiment, tandis que le VPH s’introduit pour poser des explosifs. Ensemble, ils accélèrent la catastrophe.


Une mauvaise hygiène bucco-dentaire : le facteur de risque négligé

Se brosser les dents et utiliser du fil dentaire ne sert pas seulement à avoir une haleine fraîche. Une mauvaise hygiène bucco-dentaire laisse les gencives enflammées et les dents cariées. Cette irritation chronique crée une « zone de guerre » dans la bouche. Les bactéries nocives prospèrent, libérant des toxines qui affaiblissent le système immunitaire.

Parmi les patients atteints de cancer et positifs au VPH, 78 % avaient une mauvaise hygiène bucco-dentaire. Pourquoi est-ce important ? Des gencives enflées et infectées peuvent faciliter l’invasion des cellules par le VPH. Imaginez cela comme laisser votre porte d’entrée déverrouillée pendant une tempête, ce qui invite les ennuis à entrer.


La voie NF-kB : un « interrupteur » cellulaire qui déraille

À l’intérieur de chaque cellule, il existe un petit panneau de contrôle appelé la voie NF-kB (facteur nucléaire kappa B). Normalement, ce système aide les cellules à répondre aux menaces comme les infections. Mais lorsqu’il reste bloqué en position « marche », il peut déclencher une croissance incontrôlée, une caractéristique du cancer.

Le VPH, le tabac et une mauvaise hygiène bucco-dentaire interfèrent tous avec cet interrupteur :

  1. La protéine E6 du VPH active la voie NF-kB de manière permanente.
  2. Les produits chimiques du tabac endommagent l’ADN, obligeant les cellules à dépendre de la voie NF-kB pour survivre.
  3. Les infections buccales dues à une mauvaise hygiène maintiennent la voie NF-kB active, créant une inflammation chronique.

Dans l’étude, les tumeurs positives au VPH présentaient des niveaux très élevés de deux protéines NF-kB (p50 et p65). Ces protéines inondaient les noyaux cellulaires, activant des gènes qui aident le cancer à se propager. Par ailleurs, une protéine « frein » naturelle (IkBa) était faible ou absente dans 46 % des cas. Sans ce frein, les cellules perdaient le contrôle.


Qui est le plus à risque ?

L’étude a identifié trois facteurs de risque clés :

  1. L’âge : La plupart des patients avaient plus de 45 ans.
  2. L’usage du tabac : Sous quelque forme que ce soit – fumer, chiquer ou priser.
  3. Une mauvaise hygiène bucco-dentaire : Rarement se brosser les dents, maladie des gencives ou perte de dents.

Tout le monde avec ces risques ne développe pas un cancer, mais la combinaison crée une tempête parfaite. Par exemple :

  • Un consommateur de tabac de 50 ans avec une maladie des gencives est bien plus susceptible d’être positif au VPH qu’un non-fumeur avec des dents saines.
  • Les cancers négatifs au VPH étaient plus fréquents chez les adultes plus âgés qui fumaient beaucoup mais avaient de meilleures habitudes dentaires.

Qu’est-ce que cela signifie pour la prévention ?

  1. Vaccinez contre le VPH : Le vaccin contre le VPH n’est pas seulement pour les filles. Les garçons et les hommes en bénéficient également, car il bloque les souches responsables des cancers de la bouche et de la gorge.
  2. Arrêtez le tabac : Même réduire la consommation diminue le risque. Les groupes de soutien et les patchs à la nicotine peuvent aider.
  3. Brossez et utilisez du fil dentaire : Des visites régulières chez le dentiste et un nettoyage quotidien réduisent l’inflammation, rendant plus difficile l’établissement du VPH.

La situation globale

La crise des cancers de la tête et du cou au Pakistan n’est pas simplement une question de malchance. C’est un signal d’alarme sur la manière dont les infections, les habitudes et les politiques de santé publique se croisent. Bien que les vaccins et les soins dentaires soient essentiels, la pauvreté et le manque d’éducation jouent également un rôle. De nombreux patients ne peuvent pas se permettre des brosses à dents ou des tests de dépistage du VPH, sans parler des traitements contre le cancer.


Et ensuite ?

Les chercheurs souhaitent :

  • Étudier comment le VPH se propage dans les communautés.
  • Suivre si une meilleure hygiène dentaire réduit les taux de cancer.
  • Développer des tests salivaires bon marché pour la détection précoce du VPH.

Pour l’instant, le message est clair : Combattre les cancers de la tête et du cou nécessite de s’attaquer aux trois menaces ensemble.


À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001970

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