Pourquoi ne pouvons-nous pas arrêter le cancer de l’estomac ? Un nouvel indice émerge de la mécanique cellulaire
Le cancer de l’estomac tue plus de 750 000 personnes dans le monde chaque année. Pour ceux diagnostiqués à un stade avancé, la chirurgie n’est souvent pas une option, et la chimiothérapie conduit rarement à une survie à long terme. Pourquoi cette maladie reste-t-elle si mortelle ? Et une protéine impliquée dans la structure cellulaire pourrait-elle détenir la clé de meilleurs traitements ?
Une étude récente met en lumière une molécule appelée DLG7 (une protéine qui aide les cellules à organiser leur « squelette » interne) et son plan génétique, DLGAP5, comme des acteurs clés dans le comportement agressif du cancer de l’estomac. Les chercheurs ont découvert que bloquer DLGAP5 ralentit la croissance du cancer dans des expériences en laboratoire et sur des animaux, offrant ainsi un espoir pour de futurs traitements. Voici ce que vous devez savoir.
Le problème du cancer de l’estomac : peu d’options, de mauvais résultats
Le cancer de l’estomac est le cinquième cancer le plus fréquent dans le monde. Au moment où les symptômes apparaissent—comme une indigestion persistante ou une perte de poids involontaire—la maladie s’est souvent déjà propagée. Il existe des médicaments de chimiothérapie, mais ils guérissent rarement les cas avancés. Les taux de survie n’ont que peu évolué depuis des décennies.
Cette réalité sombre pousse les scientifiques à rechercher de nouvelles cibles : des molécules dont les cellules cancéreuses dépendent pour croître ou se propager. Si ces cibles peuvent être désactivées, les traitements pourraient fonctionner mieux—ou même prévenir le cancer.
Rencontrez DLG7 : une petite protéine avec de grandes connexions cancéreuses
Chaque cellule contient un réseau de « cordes » microscopiques appelées microtubules. Ces structures aident les cellules à se diviser, à se déplacer et à maintenir leur forme. DLG7 est une protéine qui interagit avec ces cordes, assurant que les cellules se divisent correctement. Sa production est contrôlée par le gène DLGAP5.
Dans les cellules saines, l’activité de DLGAP5 est strictement régulée. Mais dans les cancers comme les tumeurs de l’estomac, quelque chose ne fonctionne pas. Le gène devient hyperactif, inondant les cellules de protéine DLG7. Des études antérieures ont lié cette surproduction à une croissance tumorale plus rapide dans les cancers du sein, du poumon et du foie. Aujourd’hui, le cancer de l’estomac s’ajoute à cette liste.
Ce que l’étude a révélé
Les chercheurs ont comparé des tissus de cancer de l’estomac à des tissus sains provenant de six patients. Ils ont découvert :
- L’activité du gène DLGAP5 était 3 à 5 fois plus élevée dans les tumeurs.
- Les niveaux de protéine DLG7 étaient également élevés, suggérant que l’« interrupteur » du gène reste coincé dans le cancer.
Les expériences en laboratoire sont allées plus loin. Lorsque les scientifiques ont bloqué DLGAP5 dans les cellules cancéreuses de l’estomac :
- La croissance cellulaire a ralenti de 40 à 60 % en 4 jours.
- La migration (les cellules se déplaçant vers de nouvelles zones) a chuté de 30 %.
- L’invasion (les cellules traversant les barrières tissulaires) a diminué de 50 %.
Chez des souris implantées avec des cellules de cancer de l’estomac humain, le silence de DLGAP5 a réduit la taille des tumeurs et diminué la croissance des vaisseaux sanguins autour d’elles—un processus que les tumeurs utilisent pour se « nourrir ».
Comment DLGAP5 alimente le cancer : trois voies
- Le chaos de la division cellulaire : L’excès de DLG7 perturbe les microtubules, provoquant des erreurs lors de la division cellulaire. Ces erreurs créent des cellules génétiquement instables, qui évoluent plus rapidement en cancers agressifs.
- La désactivation d’un suppresseur de tumeur : DLG7 stabilise une autre protéine appelée Gankyrin, qui marque la protéine suppresseuse de tumeur p53 pour sa destruction (imaginez enlever les freins d’une voiture). Sans p53, les cellules croissent de manière incontrôlée.
- Le recrutement de vaisseaux sanguins : Les tumeurs avec un DLGAP5 élevé produisent plus de VEGF, un signal qui trompe le corps pour qu’il fasse pousser des vaisseaux sanguins vers le cancer.
Pourquoi cela compte pour les futurs traitements
Les médicaments actuels contre le cancer ciblent souvent des protéines à la surface des cellules. DLG7 agit à l’intérieur des cellules, ce qui le rend plus difficile à atteindre. Cependant, l’étude suggère que bloquer DLGAP5—le gène qui produit DLG7—pourrait affaiblir plusieurs mécanismes du cancer à la fois :
- Ralentir la division cellulaire
- Restaurer le rôle protecteur de p53
- Affamer les tumeurs en coupant leur approvisionnement en sang
Bien qu’aucun médicament ciblant DLGAP5 n’existe encore, des technologies comme l’interférence ARN (utilisant des molécules pour « silencer » les gènes) ou l’édition génétique CRISPR pourraient ouvrir la voie.
Prudence et prochaines étapes
Cette recherche en est à ses débuts. Les expériences en laboratoire et sur les souris ne prédisent pas toujours les résultats chez l’humain. DLGAP5 pourrait également jouer un rôle dans les cellules saines, donc le bloquer pourrait avoir des effets secondaires. Néanmoins, ces résultats ajoutent DLGAP5 à une courte liste de cibles prometteuses pour le cancer de l’estomac.
Les études futures devront :
- Tester des méthodes de blocage de DLGAP5 sur des animaux plus grands.
- Identifier des médicaments qui réduisent en toute sécurité l’activité de DLGAP5.
- Explorer si les niveaux de DLGAP5 prédisent la survie des patients.
Le tableau général : un nouvel angle sur un vieil ennemi
La complexité du cancer de l’estomac a longtemps frustré les chercheurs. En reliant DLGAP5 à la structure cellulaire, à la stabilité génétique et à la croissance des vaisseaux sanguins, cette étude met en lumière à quel point les tactiques de survie du cancer sont interconnectées. Attaquer un seul nœud de ce réseau—DLGAP5—pourrait perturber l’ensemble du système.
Pour les patients, la conclusion n’est pas un espoir immédiat, mais une raison de surveiller cet espace. Comme l’a noté un chercheur, « Chaque nouvelle cible que nous validons nous rapproche de thérapies qui déjouent les ruses du cancer. »
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001859