Pourquoi les taux de cancer du sein augmentent-ils plus rapidement dans certains pays que dans d’autres ?
Le cancer du sein est désormais le cancer le plus répandu dans le monde. En 2020 seulement, plus de 2,3 millions de femmes ont été diagnostiquées. Mais pourquoi les cas augmentent-ils rapidement dans certains pays alors qu’ils diminuent dans d’autres ? Quels facteurs expliquent ces tendances—et peuvent-ils être modifiés ?
La division mondiale des cas de cancer du sein
Entre 2000 et 2019, les taux de cancer du sein ont fortement augmenté dans 26 pays. L’Équateur a enregistré la plus forte hausse (3 % par an), suivi de la Chine (2,8 %). Pendant ce temps, 22 pays—principalement des nations riches comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne—ont signalé moins de cas. L’Islande a vu ses taux diminuer de 1,6 % par an.
Comment expliquer cette divergence ? Les pays plus riches disposent souvent de meilleurs systèmes de santé et de programmes de dépistage du cancer. Par exemple, la réduction de l’utilisation de l’hormonothérapie substitutive (médicaments pour les symptômes de la ménopause) après 2002 a probablement contribué à la baisse des cas aux États-Unis. En revanche, les pays en développement sont confrontés à des risques croissants en raison de changements de mode de vie : moins d’activité physique, des maternités tardives et des périodes d’allaitement plus courtes.
Les taux de mortalité racontent une autre histoire
Alors que de plus en plus de femmes sont touchées par le cancer du sein dans le monde, les décès diminuent dans de nombreuses régions. Des pays comme la Slovénie (-2,5 % par an) et l’Islande (-2,4 %) ont enregistré des baisses significatives de la mortalité grâce à la détection précoce et aux traitements avancés. Cependant, 9 pays—dont Maurice (+1,7 %) et le Panama (+1,3 %)—ont signalé une augmentation des décès. L’accès limité aux soins de santé et les diagnostics tardifs expliquent souvent ces tendances.
Un schéma préoccupant est apparu : les pays à revenu intermédiaire dont l’économie s’améliore (comme le Brésil et la Croatie) avaient des taux de cas stables mais moins de décès. En revanche, les régions à faible revenu ont lutté à la fois contre l’augmentation des cas et les options de traitement limitées.
Les jeunes femmes confrontées à des risques croissants
Les femmes de moins de 40 ans représentaient une petite fraction des cas, mais ont montré des tendances alarmantes. Dans 21 pays—dont l’Équateur (+2,7 %), les Fidji (+2,3 %) et Maurice (+2,2 %)—les taux de diagnostic chez les jeunes femmes ont augmenté. Ces cancers à apparition précoce sont souvent agressifs et plus difficiles à traiter.
Les raisons possibles incluent :
- L’obésité : Liée à des changements hormonaux qui favorisent la croissance du cancer.
- La consommation d’alcool : Même une consommation modérée augmente le risque.
- Les toxines environnementales : La pollution de l’air et les produits chimiques sur le lieu de travail pourraient jouer un rôle.
Quels facteurs expliquent ces tendances ?
Les chercheurs ont analysé les données nationales pour identifier les facteurs clés :
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La richesse ≠ la santé : Les pays ayant des scores élevés à l’Indice de développement humain (mesurant le revenu, l’éducation et l’espérance de vie) avaient plus de cas mais moins de décès. Un meilleur dépistage permet de détecter les cancers tôt, tandis que des soins avancés améliorent la survie.
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L’alimentation et le cholestérol : Les nations où le cholestérol élevé est répandu (souvent dû à une alimentation riche en graisses) avaient des taux de cas 12 % plus élevés. Le cholestérol pourrait nourrir la croissance des tumeurs.
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Les dépenses de santé : Chaque augmentation de 1 % des budgets nationaux de santé était corrélée à 1,6 % de diagnostics supplémentaires—probablement en raison d’une meilleure détection, et non d’une augmentation réelle de la maladie.
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La crise de l’obésité : Une augmentation de 10 % des taux d’obésité entraînait 3,5 % de décès supplémentaires. L’excès de graisse déclenche l’inflammation et les pics d’insuline, aidant le cancer à se propager.
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L’importance des soins universels : Les pays disposant d’une couverture santé solide (comme le Canada) avaient des taux de mortalité 15 % inférieurs à ceux où les patients paient directement.
Un appel à l’action
L’étude met en lumière deux lacunes urgentes :
- La prévention dans les pays en développement : L’augmentation des cas dans des pays comme la Chine et le Mexique exige une éducation sur le mode de vie, l’alimentation, l’exercice et l’alcool.
- Des soins équitables : Les pays plus pauvres ont besoin de dépistages et de traitements abordables. Les cliniques mobiles en Malaisie rurale et les programmes de mammographies gratuites au Brésil montrent des résultats prometteurs.
Le Dr Min Dai, co-auteur de l’étude, souligne : « Le cancer du sein ne connaît pas de frontières. Nos données montrent que les choix individuels et les politiques nationales façonnent les résultats. »
À des fins éducatives uniquement. Ne constitue pas un conseil médical.
DOI: 10.1097/CM9.0000000000001814