Pourquoi les programmes de formation en RCP ne sauvent-ils pas plus de vies ?

Pourquoi les programmes de formation en RCP ne sauvent-ils pas plus de vies ?

Chaque année, des milliers de personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque soudain en dehors des hôpitaux. En Amérique du Nord, environ 55 personnes sur 100 000 sont confrontées à cette urgence vitale. En Asie, ce chiffre est encore plus élevé, atteignant 59 cas pour 100 000 habitants. Lorsque le cœur cesse de battre, chaque seconde compte. La réanimation cardiopulmonaire (RCP) est une compétence cruciale qui peut sauver des vies. Mais voici le problème : malgré les programmes de formation en RCP, le taux de réussite des réanimations reste faible. Pourquoi en est-il ainsi ? Et que peut-on faire pour améliorer la situation ?

La formation en RCP est essentielle, tant pour les professionnels de santé que pour le grand public. Des organisations comme l’American Heart Association (AHA) et le Conseil européen de réanimation ont élaboré des directives pour enseigner la RCP de manière efficace. En Chine, des efforts ont été faits pour adapter ces directives aux besoins locaux. Cependant, des recherches récentes menées par l’Alliance chinoise des hôpitaux de comté pour les urgences (CCHEA) soulèvent des questions sur l’efficacité des méthodes actuelles de formation en RCP.

Le défi de la formation en RCP dans les hôpitaux de comté

La CCHEA regroupe près de 3 000 hôpitaux en Chine. Son objectif est d’améliorer les soins d’urgence, notamment les compétences en RCP, dans les petits hôpitaux. Sur deux ans, la CCHEA a organisé des sessions de formation en RCP pour le personnel médical des hôpitaux de comté. Les résultats ont été décevants. Malgré la formation, de nombreux professionnels de santé avaient encore des difficultés à réaliser correctement la RCP. Cela a soulevé des inquiétudes quant à la qualité de la formation et son impact sur la survie des patients.

Pour remédier à cela, la CCHEA a introduit une nouvelle méthode d’enseignement appelée formation par feedback. Cette approche utilise des dispositifs qui fournissent un retour en temps réel sur la performance en RCP. Par exemple, un dispositif peut indiquer à un stagiaire s’il appuie trop fort ou trop vite sur la poitrine. L’espoir était que ce feedback aiderait les stagiaires à améliorer leurs compétences plus rapidement.

Un test en conditions réelles de la formation en RCP

En avril 2021, la CCHEA a organisé une session de formation en RCP lors du 6e Forum asiatique-pacifique de médecine d’urgence à Haikou, en Chine. La session a duré quatre heures et était dirigée par six instructeurs certifiés par l’AHA. Des outils de formation avancés ont été utilisés, notamment un mannequin de RCP (SimMan BLS), un dispositif simulant un défibrillateur (Primedic AED) et un dispositif de feedback (PalmCPR). Les participants étaient tous des professionnels de santé.

Avant la formation, un test a été réalisé pour mesurer la qualité des compressions thoraciques. Le test utilisait le dispositif PalmCPR, mais la fonction de feedback était désactivée. Après la formation, le même test a été répété. Les résultats ont été surprenants. Dans le premier test, seulement 18,3 % des participants appuyaient à la bonne vitesse, et 45,9 % à la bonne profondeur. Dans le second test, ces chiffres se sont légèrement améliorés, atteignant 30,6 % pour la vitesse et 42,8 % pour la profondeur. Mais l’amélioration de la profondeur des compressions était minime.

Pourquoi les stagiaires ne progressent-ils pas ?

L’étude s’est concentrée sur 25 stagiaires ayant suivi la session de formation complète. Parmi eux, 16 aspects de la performance en RCP ont été mesurés. Les seules améliorations significatives concernaient la précision des compressions (passant de 13,5 % à 30,1 %) et le taux de conformité de la fréquence des compressions (passant de 43,3 % à 85,4 %). Le taux de rebond complet de la poitrine s’est légèrement amélioré (de 80,8 % à 84,9 %), mais le taux de conformité pour la profondeur des compressions a à peine changé (de 42,2 % à 43,4 %).

Ces résultats sont préoccupants. Même avec des instructeurs certifiés par l’AHA et des outils de formation avancés, les compétences en RCP des stagiaires ne se sont pas autant améliorées que prévu. Cela soulève des questions sur l’efficacité des méthodes actuelles de formation en RCP.

Le rôle des dispositifs de feedback

L’AHA recommande l’utilisation de dispositifs de feedback dans la formation en RCP depuis 2015. Ces dispositifs fournissent un retour instantané sur la qualité des compressions thoraciques, aidant les stagiaires à corriger leurs erreurs en temps réel. Les directives de l’AHA de 2021 insistent davantage sur l’importance de ces dispositifs, tant en formation que dans les contextes cliniques.

Lors de la session de formation de la CCHEA, la fonction de feedback du dispositif PalmCPR a été désactivée pendant les tests avant et après la formation. Cela a été fait pour mesurer la performance des stagiaires sans feedback. Les résultats suggèrent que les dispositifs de feedback pourraient jouer un rôle crucial dans l’amélioration des compétences en RCP. Sans feedback, les stagiaires ont eu du mal à atteindre la bonne profondeur de compression, même après la formation.

Qu’est-ce que cela signifie pour la formation en RCP ?

Les résultats de l’étude de la CCHEA mettent en lumière un problème critique : les méthodes actuelles de formation en RCP pourraient ne pas suffire à garantir que les professionnels de santé puissent effectuer correctement la RCP. C’est particulièrement troublant car les professionnels de santé ne sont pas seulement responsables de sauver des vies, mais aussi d’enseigner la RCP au grand public. Si leurs compétences ne sont pas à la hauteur, toute la chaîne de survie est affaiblie.

L’étude suggère également que les dispositifs de feedback pourraient faire partie de la solution. En fournissant un retour en temps réel, ces dispositifs pourraient aider les stagiaires à améliorer leurs compétences plus rapidement et plus efficacement. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la meilleure façon d’utiliser ces dispositifs dans la formation.

La situation dans son ensemble

L’étude de la CCHEA est un signal d’alarme pour les programmes de formation en RCP dans le monde entier. Elle montre que même avec les meilleurs instructeurs et outils, la formation pourrait ne pas suffire à garantir que les professionnels de santé effectuent correctement la RCP. C’est particulièrement vrai pour les petits hôpitaux, où les ressources peuvent être limitées.

L’étude souligne également la nécessité d’une formation et d’une pratique continues. La RCP est une compétence qui peut s’estomper avec le temps si elle n’est pas utilisée régulièrement. Pour maintenir des compétences de haute qualité en RCP, les professionnels de santé pourraient avoir besoin de cours de recyclage réguliers et d’un accès à des dispositifs de feedback.

Conclusion

La RCP est une compétence vitale, mais son efficacité dépend de la qualité de la formation. L’étude de la CCHEA montre que les méthodes actuelles pourraient ne pas suffire à garantir que les professionnels de santé effectuent correctement la RCP. Les dispositifs de feedback pourraient offrir une solution, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour développer des modèles de formation efficaces. L’objectif ultime est d’améliorer la qualité de la RCP réalisée par les professionnels de santé et le grand public, afin de sauver plus de vies.

À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001946

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