Pourquoi les différences régionales et la pauvreté influencent-elles l’appel aux urgences en cas d’AVC en Chine ?
L’accident vasculaire cérébral (AVC) est un problème de santé majeur en Chine, avec l’un des taux d’incidence les plus élevés au monde. Malgré les progrès dans la prise en charge, de nombreux patients ne sollicitent pas les services d’urgence médicale (EMS) à temps. Pourquoi ? Une étude récente révèle que la méconnaissance des symptômes et les difficultés financières jouent un rôle clé, avec des variations importantes selon les régions.
Contexte et enjeux
La Chine est un pays vaste et diversifié. Si la pauvreté a diminué, les zones rurales restent confrontées à des inégalités économiques. En 2019, 5,51 millions de personnes vivaient encore sous le seuil de pauvreté. L’AVC touche 2,06 % des adultes de plus de 40 ans, et son incidence augmente de 8,3 % par an depuis 2002. Le traitement efficace de l’AVC, comme la thérapie de reperfusion, dépend d’une intervention rapide. Pourtant, 39,1 % des patients ne contactent pas les EMS, souvent par manque de connaissance des symptômes (18,1 %) ou par peur des coûts.
Méthodologie
L’étude FAST-RIGHT, basée sur l’enquête nationale chinoise sur l’AVC (CNSSS), a analysé les données de 187 723 adultes de plus de 40 ans dans 69 comtés répartis dans six régions de Chine. Les participants ont répondu à des questionnaires standardisés lors d’entretiens en face à face. Trois aspects ont été examinés :
- Connaissance des symptômes de l’AVC : Reconnaître un affaissement du visage, une faiblesse du bras ou des troubles de la parole.
- Revenu : Un revenu annuel inférieur à 5 000 RMB (~714 $) était considéré comme faible.
- Intention d’appeler les EMS : Les options étaient « observer à la maison », « attendre la famille » ou « appeler immédiatement une ambulance ».
Les participants ont été classés en quatre groupes :
- Méconnaissance et faible revenu (6,3 %).
- Méconnaissance uniquement (11,9 %).
- Faible revenu uniquement (21,5 %).
- Connaissance et revenu normal (60,4 %).
Les analyses statistiques ont tenu compte de l’âge, du sexe, de l’éducation, du lieu de résidence (urbain/rural), du type d’assurance, de la situation familiale, des antécédents d’AVC dans l’entourage et des facteurs de risque vasculaire (hypertension, diabète, etc.).
Résultats clés
1. Tendances nationales
- Les personnes méconnaissant les symptômes et à faible revenu avaient le plus grand risque de ne pas appeler les EMS (OR : 3,21).
- Suivies par celles méconnaissant uniquement les symptômes (OR : 2,38) et celles à faible revenu uniquement (OR : 1,67).
- Les personnes âgées de 65 ans et plus étaient moins susceptibles d’appeler les EMS (OR : 1,52), sauf dans les régions de l’Est, du Centre et du Sud.
2. Disparités régionales
- Concentration de méconnaissance et faible revenu :
- Nord-Ouest : 23,1 % de la population, avec 69,1 % ne sollicitant pas les EMS.
- Sud-Ouest (7,7 %) et Sud (9,3 %) montraient également des taux élevés.
- En revanche, le Nord et Nord-Est (1,9 %) et l’Est (3,1 %) avaient des taux plus bas.
- Méconnaissance uniquement :
- Sud (15,4 %), Centre (13,2 %) et Est (12,6 %) étaient les plus touchés.
- Dans l’Est, 66,3 % des personnes méconnaissant les symptômes retardaient l’appel.
- Faible revenu uniquement :
- Nord et Nord-Est (29,2 %) et Sud-Ouest (28,7 %) comptaient le plus de personnes concernées.
- Malgré la connaissance des symptômes, 35,6 à 58,0 % évitaient les EMS pour des raisons financières.
3. Interaction âge-région
- Les personnes de 65 ans et plus dans le Nord et Nord-Est (OR : 1,16), le Sud-Ouest (OR : 1,38) et le Nord-Ouest (OR : 1,70) étaient moins enclines à appeler les EMS.
- En revanche, dans l’Est (OR : 0,91) et le Centre (OR : 0,87), les personnes âgées utilisaient mieux les EMS, reflétant des différences dans l’accès aux ressources et la sensibilisation.
Implications pour les politiques et la pratique
-
Campagnes de sensibilisation ciblées :
- Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont besoin de programmes combinant éducation et soutien économique. Des initiatives comme Stroke 120, qui enseigne à reconnaître les symptômes (1 : visage, 2 : bras, 0 : appel d’urgence), doivent être renforcées.
- Dans l’Est et le Centre, l’accent doit être mis sur la sensibilisation, les barrières financières étant moins présentes.
-
Soutien économique :
- Dans le Nord et Nord-Est, des subventions pour les coûts des EMS ou l’élargissement de la couverture d’assurance pourraient réduire les retards liés au revenu.
-
Adaptation aux personnes âgées :
- Des messages adaptés aux personnes âgées dans les régions à risque, via l’éducation familiale et les travailleurs de santé communautaires, pourraient améliorer l’utilisation des EMS.
-
Allocation des ressources régionales :
- Renforcer l’infrastructure des EMS dans les zones rurales du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est essentiel, compte tenu des besoins non satisfaits.
Limites et perspectives futures
- Les données sur le revenu et l’intention (plutôt que l’action réelle) peuvent introduire des biais.
- La disponibilité des EMS (temps de réponse, etc.) n’a pas été analysée mais pourrait influencer les décisions.
- Les études futures devraient explorer les attitudes culturelles envers les soins de santé et la confiance dans les EMS.
Conclusion
Cette étude met en lumière l’impact combiné de la méconnaissance des symptômes et de la pauvreté sur les résultats de l’AVC en Chine, avec des variations géographiques marquées. Le Nord-Ouest, où la prévalence de ces deux facteurs est élevée, nécessite une action urgente. L’Est et le Centre doivent renforcer la sensibilisation. En adaptant les interventions aux profils régionaux, la Chine peut réduire la morbidité et la mortalité liées à l’AVC, progressant vers une plus grande équité en santé.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001604
For educational purposes only.