Pourquoi le système de classification du cancer du nasopharynx a-t-il évolué en 10 ans ?
Le cancer du nasopharynx (NPC) est une maladie complexe, surtout dans les régions où il est très fréquent, comme le sud de la Chine. Pour mieux comprendre et traiter cette maladie, les médecins utilisent un système de classification appelé TNM (tumeur, ganglion, métastase). Ce système, développé par l’Union for International Cancer Control/American Joint Committee on Cancer (UICC/AJCC), aide à prédire l’évolution de la maladie et à choisir les traitements appropriés. Mais pourquoi ce système a-t-il changé au cours des 10 dernières années ?
Les progrès qui ont tout changé
Entre 2009 et 2019, deux avancées majeures ont révolutionné la prise en charge du NPC : l’imagerie médicale et les traitements. D’un côté, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) et le PET/CT (tomographie par émission de positons couplée au scanner) ont permis de mieux voir les tumeurs et les ganglions atteints. De l’autre, la radiothérapie de précision, appelée IMRT (radiothérapie avec modulation d’intensité), a permis de cibler les tumeurs avec plus de précision, tout en épargnant les tissus sains.
Ces progrès ont rendu nécessaire une mise à jour du système TNM. La 8e édition, publiée en 2016, a intégré des données provenant de régions où le NPC est très fréquent, comme la Chine. Mais quels sont les changements concrets apportés par cette nouvelle version ?
Les changements dans la classification
Pour évaluer l’impact de ces modifications, une étude a analysé les dossiers de 1 901 patients traités entre 2009 et 2012 en Chine. Ces patients ont été reclassés selon les 6e et 8e éditions du système TNM.
Les changements dans la catégorie T (tumeur)
- Reclassement de T2a à T1 : 25 patients (1,3 %) dont la tumeur touchait l’oropharynx ou la cavité nasale sans extension vers les tissus voisins ont été reclassés de T2a à T1.
- Amélioration de la prédiction : La 8e édition a mieux distingué les stades T1 et T2, mais les différences entre T2 et T3 restent floues, avec des courbes de survie qui se chevauchent.
Les changements dans la catégorie N (ganglions)
- Inclusion des ganglions rétropharyngés : 430 patients (22,6 %) initialement classés N0 ont été reclassés N1 car leurs ganglions rétropharyngés étaient atteints.
- Redéfinition des ganglions du cou : 106 patients (5,6 %) dont les ganglions s’étendaient sous le cartilage cricoïde ont été reclassés N3.
- Meilleure prédiction des métastases : La 8e édition a mieux séparé les catégories N0 à N3, surtout pour prédire les métastases à distance.
Les changements dans les groupes de stade
- Passage à un stade plus avancé : 51 patients (2,7 %) sont passés du stade I au stade II, et 25 (1,3 %) du stade II au stade IVa, ce qui a nécessité un traitement plus intensif.
- Passage à un stade moins avancé : 10 patients (0,5 %) sont passés du stade II au stade I, ce qui a permis de réduire l’intensité du traitement.
Les résultats en termes de survie
- Classification T : La 8e édition a légèrement amélioré la prédiction, mais les différences entre T2 et T3 restent minimes.
- Classification N : La 8e édition a mieux prédit les métastases à distance, avec des indices de concordance plus élevés.
- Classification globale : La 8e édition a mieux distingué les stades II et III, avec des courbes de survie plus claires.
Les implications pour les patients
Ces changements ont eu un impact direct sur les traitements. Par exemple, 4,1 % des patients ont été reclassés dans des stades plus avancés, ce qui a nécessité une chimiothérapie plus intensive. À l’inverse, 0,5 % des patients ont pu bénéficier d’un traitement moins lourd. Cela montre à quel point une classification précise est cruciale pour personnaliser les soins.
Les défis à relever
Malgré ces améliorations, certains problèmes persistent :
- La classification T0 : La 8e édition a introduit le stade T0 pour les ganglions atteints par le virus d’Epstein-Barr (EBV) sans tumeur détectée. Cependant, il est difficile de distinguer le NPC d’autres cancers liés à l’EBV.
- La nécrose des ganglions : Des études récentes suggèrent que la nécrose des ganglions pourrait être un facteur pronostique important.
- Au-delà de l’anatomie : Des marqueurs biologiques, comme l’ADN de l’EBV dans le sang, pourraient améliorer la prédiction des risques.
Conclusion
En 10 ans, le système TNM a évolué pour mieux prédire l’évolution du NPC, surtout grâce aux modifications de la classification N. Cependant, la classification T reste peu précise, ce qui pourrait justifier une simplification. À l’avenir, l’intégration de marqueurs biologiques et d’imagerie pourrait encore améliorer ce système.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000978
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