Pourquoi le monde ne parvient-il pas à stopper la science frauduleuse ? L’approche radicale de la Chine face à la fraude académique
Imaginez passer des années sur un projet de recherche, pour découvrir ensuite que quelqu’un a copié votre travail et l’a publié comme étant le sien. Pire encore, des études falsifiées sur des traitements médicaux ou le changement climatique pourraient induire en erreur les médecins, les décideurs politiques ou le public. La fraude scientifique n’est pas seulement injuste—elle est dangereuse. Alors que les pays du monde entier peinent à endiguer les recherches malhonnêtes, la Chine teste une solution controversée : lier la fraude académique à la vie quotidienne.
L’ampleur du problème
La fraude académique est un problème mondial. Les chercheurs peuvent falsifier des données, voler des idées ou payer des revues pour publier des études de faible qualité. La Chine fait face à des scandales retentissants depuis des décennies. En 2006, un projet de puce informatique appelé Hanxin s’est effondré après que son principal scientifique a falsifié les résultats. En 2017, une revue médicale a retiré 107 articles d’auteurs chinois—tous soupçonnés de faux examens par les pairs.
Les sanctions traditionnelles—comme la perte de financement ou d’emploi—échouent souvent. Les fraudeurs peuvent simplement changer d’institution ou de pays. Pire, les universités cachent parfois les malversations pour protéger leur réputation. « Les règles précédentes étaient comme mettre des pansements sur un os cassé », explique un analyste politique.
Les nouvelles règles chinoises : une répression unifiée
En 2018, le gouvernement central chinois a lancé sa politique la plus stricte à ce jour. Pour la première fois, les ministères chargés de la science, de l’éducation et de l’édition doivent travailler ensemble. Le Ministère des Sciences et Technologies et l’Académie chinoise des Sciences sociales dirigent désormais les enquêtes, remplaçant les efforts dispersés des établissements individuels.
La politique exige :
- Un contrôle plus strict des subventions, des candidatures à des emplois et des examens par les pairs.
- Des sanctions interministérielles. Un chercheur pris en flagrant délit de fraude pourrait perdre l’accès à son laboratoire et faire face à des interdictions de voyager, des refus de prêts ou des difficultés à souscrire une assurance.
- Des listes noires publiques de chercheurs malhonnêtes et de revues de faible qualité.
Le plus frappant, c’est que les sanctions sont liées au système de crédit social chinois (un programme gouvernemental de suivi des citoyens). Lancé en 2014, ce système attribue des scores aux citoyens et aux entreprises en fonction de leur comportement. Un mauvais score peut bloquer l’accès aux billets de train, aux prêts ou aux promotions. Désormais, la fraude académique pourrait faire chuter ce score.
Lier la science au crédit social
Comment cela fonctionne-t-il ? Supposons qu’un biologiste falsifie des données pour une étude. Selon les nouvelles règles :
- Son université le licencie.
- Les agences de financement le blacklistent à vie.
- Les banques lui refusent des cartes de crédit.
- Il ne peut plus réserver de billets pour les trains à grande vitesse.
« Il s’agit de rendre la fraude trop coûteuse », explique un éditeur de revue. « Si vous trichez, vous perdez non seulement votre carrière, mais aussi les commodités quotidiennes. »
Les critiques affirment que cette approche risque d’être excessive. Une étude défectueuse devrait-elle empêcher quelqu’un de louer un appartement ? Les partisans rétorquent que la science affecte la santé publique et la sécurité—et mérite donc des normes élevées.
Les défis à relever
Malgré des plans ambitieux, des obstacles subsistent :
- Des lacunes dans l’application : Plus de 20 agences doivent collaborer, des ministères de la santé aux gouvernements locaux. La coordination est complexe.
- La résistance des revues : De nombreuses « revues prédatrices » (des publications de faible qualité qui facturent des frais pour publier) opèrent à l’étranger, hors de portée de la Chine.
- Les changements culturels : Les jeunes chercheurs sont soumis à une pression intense pour publier. « Le système récompense la quantité, pas la qualité », admet un étudiant diplômé.
Même la définition de la « fraude » suscite des débats. Un travail de laboratoire négligé est-il une erreur ou une fraude ? Des erreurs mineures devraient-elles entraîner des interdictions à vie ?
Une expérience mondiale
La Chine n’est pas seule dans sa lutte contre la science frauduleuse. En 2022, les États-Unis ont créé un Conseil d’intégrité de la recherche. L’Union européenne finance des outils d’IA pour détecter les textes copiés ou les images altérées. Cependant, aucun pays ne lie le comportement académique à quelque chose d’aussi personnel qu’un score de crédit.
Le modèle chinois fonctionnera-t-il ? Les premiers signes sont mitigés. En 2023, un professeur de chimie a perdu son emploi et ses privilèges de crédit social après avoir plagié un article. Pourtant, certains universitaires avertissent que ces règles pourraient pousser la fraude à se cacher—ou inciter les talents à partir à l’étranger.
« Ce n’est pas une solution rapide », déclare un conseiller politique. « Mais pour la première fois, tout le monde—chercheurs, universités, revues—ressent la pression. »
L’image d’ensemble
La science prospère grâce à la confiance. Lorsque les études mentent, les vaccins sont retardés, les politiques climatiques stagnent ou les patients reçoivent de mauvais traitements. Bien que les méthodes chinoises soient extrêmes, elles mettent en lumière une vérité universelle : stopper la fraude nécessite plus que des amendes ou des excuses. Elle exige de faire de l’honnêteté le chemin le plus facile.
Comme le dit un chercheur : « Si vous avez faim, vous ne volez pas de nourriture. Si vous voulez une carrière, vous ne devriez pas voler la science. »
À des fins éducatives uniquement.
doi:10.1097/CM9.0000000000000347