Pourquoi le cancer médullaire de la thyroïde est-il moins fréquent en Chine ? Démêler un mystère médical
Le cancer de la thyroïde est l’un des cancers qui connaît la croissance la plus rapide dans le monde. Pourtant, en Chine, une tendance curieuse se distingue : alors que les cas de cancer de la thyroïde augmentent, un sous-type rare et agressif appelé cancer médullaire de la thyroïde (CMT) devient proportionnellement moins fréquent. Comment expliquer ce paradoxe—et qu’est-ce que cela signifie pour les patients ?
L’essor du cancer de la thyroïde : une histoire mondiale
Le cancer de la thyroïde se divise en quatre principaux types. La plupart sont papillaires (80–90 %) ou folliculaires (10–15 %), qui se développent lentement et deviennent rarement mortels. À l’autre extrémité se trouvent le cancer anaplasique de la thyroïde (1–2 %), qui se propage rapidement, et le cancer médullaire de la thyroïde (CMT) (3–10 %), qui provient des cellules productrices d’hormones. Au cours des 20 dernières années, les diagnostics de cancer de la thyroïde ont explosé dans le monde, grâce à de meilleurs outils d’imagerie qui détectent de minuscules tumeurs. La Chine n’échappe pas à cette tendance : les cas ont fortement augmenté après 2010, et 16 % des cancers de la thyroïde dans le monde y sont désormais diagnostiqués. Mais contrairement aux pays occidentaux, où le CMT représente 1–3 % des cas, la Chine enregistre moins de diagnostics de CMT au fil du temps.
L’essor du « petit cancer »
Un facteur clé est l’explosion des microcarcinomes papillaires de la thyroïde (MPTC)—des tumeurs minuscules de ≤1 cm. En Chine, les MPTC représentent plus de 50 % des nouveaux cancers de la thyroïde. Ces mini-tumeurs sont souvent découvertes accidentellement lors d’échographies du cou ou de scanners pour des problèmes sans rapport. Bien que la plupart des MPTC soient inoffensifs, leur détection gonfle les statistiques du cancer de la thyroïde. Imaginez compter des cailloux et des rochers sur une plage : si tout le monde se met à compter les cailloux, le pourcentage de rochers (comme le CMT) diminue automatiquement—même si le nombre réel de rochers reste le même. Cet effet de « surdiagnostic » explique en partie pourquoi le CMT semble moins fréquent en Chine.
Le cancer médullaire de la thyroïde : une énigme génétique
Le CMT est unique. Contrairement aux autres cancers de la thyroïde, environ 20–25 % des cas sont héréditaires, causés par des mutations du gène RET (un gène qui contrôle la croissance cellulaire). Les familles porteuses de mutations RET ont un risque élevé de CMT et d’autres tumeurs, comme les cancers des glandes surrénales. Dans les pays occidentaux, les tests génétiques aident à identifier les familles à risque précocement. Par exemple, les enfants porteurs de mutations RET subissent souvent une ablation préventive de la thyroïde avant l’âge de 5–10 ans. Mais en Chine, les tests génétiques pour le RET sont limités. Les coûts sont élevés, la sensibilisation est faible, et certaines familles évitent les tests en raison de la stigmatisation ou de la peur. Sans dépistage, le CMT héréditaire passe inaperçu jusqu’à l’apparition des symptômes—parfois des décennies plus tard.
Les symptômes silencieux du CMT
Le CMT est difficile à diagnostiquer. Les tumeurs à un stade précoce provoquent rarement des symptômes, et les tests thyroïdiens de routine (comme la TSH ou la T4) semblent souvent normaux. Certains patients développent des bouffées de chaleur, des diarrhées ou un syndrome de Cushing (une condition liée à un taux élevé de cortisol) en raison de déséquilibres hormonaux. Au moment où les tumeurs deviennent suffisamment grosses pour causer une voix rauque ou des difficultés à avaler, 63 % se sont déjà propagées aux ganglions lymphatiques. Même alors, le CMT est facilement confondu avec d’autres cancers. Par exemple, une étude de cas chinoise a décrit un patient diagnostiqué à tort avec un cancer du poumon—ce n’est que plus tard que des tests génétiques ont révélé un CMT.
Pourquoi les taux de CMT en Chine diffèrent
À l’échelle mondiale, le CMT représente 3–10 % des cancers de la thyroïde. Mais dans des villes chinoises comme Guangzhou, le CMT est passé de 2 % des cas en 2004 à 0,4 % en 2013. Des études dans la province du Zhejiang montrent des tendances similaires. Les chercheurs soulignent trois lacunes :
- L’effet MPTC : Plus on détecte de petits cancers papillaires, plus la part du CMT dans le total des cancers de la thyroïde diminue.
- Les cas héréditaires manqués : Sans tests génétiques, les familles porteuses de mutations RET peuvent passer inaperçues pendant des générations.
- Des données incomplètes : La Chine manque de registres nationaux pour suivre le CMT avec précision. La plupart des données proviennent des villes, laissant les zones rurales sous-représentées.
Comment les médecins détectent le CMT
Le diagnostic du CMT nécessite des outils spécifiques :
- Tests sanguins de calcitonine : Des niveaux élevés de calcitonine (une hormone) suggèrent fortement un CMT.
- Échographies ou scanners pour localiser les tumeurs.
- Biopsies vérifiées pour la présence de protéine de calcitonine.
- Tests génétiques pour les mutations RET chez les patients et leurs proches.
Pour les cas confirmés, la chirurgie pour enlever la thyroïde et les ganglions lymphatiques affectés offre les meilleures chances de guérison. Les cas avancés peuvent nécessiter des médicaments comme le vandétanib ou le cabozantinib, qui ciblent les voies de croissance du cancer.
Combler les lacunes : ce qui doit changer
Améliorer les résultats du CMT en Chine nécessite :
- Des tests génétiques abordables : Des subventions ou une couverture d’assurance pour le dépistage du RET.
- L’éducation : Apprendre aux médecins à suspecter un CMT chez les patients présentant des symptômes inhabituels.
- Des registres nationaux : De meilleures données pour suivre les tendances du CMT et allouer les ressources.
Le mot de la fin
La baisse apparente des taux de CMT en Chine reflète probablement un mélange de petits cancers surdiagnostiqués, de cas héréditaires non détectés et de données incomplètes—et non une véritable diminution du risque. Combler ces lacunes pourrait sauver des vies, en particulier dans les familles présentant des risques génétiques cachés. Comme l’a noté un expert, « Détecter le CMT tôt, c’est comme repérer une tempête avant qu’elle ne frappe. Nous avons besoin des bons outils pour la voir venir. »
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000463