Pourquoi le cancer devient-il la principale menace sanitaire mondiale ?
Le cancer est devenu silencieusement l’une des principales causes de décès dans le monde, mais son impact varie selon les régions. Alors que certains pays enregistrent une baisse de certains types de cancer, d’autres font face à une augmentation des cas. En 2020, le cancer du sein a dépassé le cancer du poumon en tant que cancer le plus diagnostiqué à l’échelle mondiale. Parallèlement, des pays comme la Chine sont confrontés à un mélange unique de défis anciens et nouveaux en matière de cancer. Quelles sont les causes de ces évolutions, et comment les nations peuvent-elles s’adapter ?
Le paysage mondial du cancer : qu’est-ce qui change ?
En 2020, environ 19,3 millions de personnes ont été diagnostiquées avec un cancer dans le monde. Le cancer du sein a atteint la première place pour la première fois, avec 2,3 millions de nouveaux cas, dépassant ainsi le cancer du poumon. Viennent ensuite les cancers du poumon, du foie, de l’estomac et du côlon. Les décès racontent une histoire différente : le cancer du poumon reste le plus meurtrier (1,8 million de décès), suivi par les cancers du foie, de l’estomac, du sein et du côlon.
Un changement notable est la progression du cancer du foie, passant du troisième au deuxième cancer le plus mortel mondialement. Cette augmentation met en lumière l’impact croissant des infections hépatiques, de la consommation d’alcool et des maladies du foie liées à l’obésité. Les décès dus au cancer de l’estomac ont légèrement diminué, probablement grâce à de meilleures méthodes de conservation des aliments, à la réduction du tabagisme et aux traitements des infections comme H. pylori.
L’Asie a supporté la moitié des nouveaux cas et 58 % des décès. L’Europe et l’Amérique du Nord ont enregistré des taux de diagnostic élevés mais des taux de mortalité plus faibles, grâce au dépistage précoce et aux soins avancés. En revanche, l’Afrique a fait face à des taux de mortalité plus élevés malgré un nombre de cas moins important, révélant des lacunes dans l’accès aux soins de santé.
Pourquoi le fardeau du cancer est-il si lourd en Chine ?
La Chine a représenté 24 % des cas de cancer mondiaux et 30 % des décès en 2020. Son taux de mortalité ajusté selon l’âge (129 pour 100 000 habitants) se classe au 13e rang mondial, bien plus élevé qu’au Japon (82) ou en Corée du Sud (76). Qu’est-ce qui rend la situation de la Chine si particulière ?
- La domination du cancer du poumon : Le cancer du poumon arrive en tête pour les nouveaux cas (820 000) et les décès (720 000). Le tabagisme et la pollution de l’air jouent un rôle majeur. Malgré les progrès, plus de 40 % des hommes fument encore.
- Les cancers gastro-intestinaux : Les cancers de l’estomac, du foie et de l’œsophage restent mortels. Les régimes riches en sel, les aliments fumés et les infections comme l’hépatite B y contribuent. Ces cancers représentent 45 % des décès par cancer en Chine.
- La montée des cancers « occidentaux » : Les cancers du sein et du côlon sont en forte augmentation. Les cas de cancer du sein ont augmenté de 40 % entre 2015 et 2020, en lien avec une maternité tardive, un allaitement moins fréquent et l’obésité. Le cancer du côlon a progressé en raison des aliments transformés et des modes de vie sédentaires.
Pour les femmes en Chine, le cancer du sein est désormais le cancer le plus diagnostiqué, tandis que les taux de cancer du col de l’utérus restent élevés. Pour les hommes, les cancers du poumon, de l’estomac et du foie dominent.
Qu’est-ce qui alimente la montée de certains cancers ?
Les tendances du cancer reflètent les modes de vie, l’environnement et le vieillissement des populations. Voici les principaux facteurs :
- Le vieillissement de la population : Les personnes âgées sont plus susceptibles de développer un cancer. D’ici 2040, les cas de cancer en Chine pourraient augmenter de 49 % avec le vieillissement de sa population.
- L’urbanisation et les régimes alimentaires : Les aliments transformés, la viande rouge et une faible consommation de fibres augmentent le risque de cancer du côlon. L’obésité, liée à 13 types de cancer, progresse rapidement en Chine.
- Les infections : L’hépatite B est responsable de 65 % des cas de cancer du foie en Chine. Le HPV (virus du papillome humain) provoque le cancer du col de l’utérus, mais les taux de vaccination restent faibles.
- La pollution et le tabagisme : La pollution de l’air extérieur contribue au cancer du poumon. La pollution intérieure due au chauffage au charbon dans les zones rurales ajoute un risque supplémentaire.
Peut-on prédire l’avenir du cancer ?
D’ici 2040, les cas de cancer mondiaux pourraient atteindre 28,4 millions, soit une augmentation de 49 %. Les décès pourraient augmenter de 62 %, atteignant 16,3 millions. Les pays à revenu faible et intermédiaire verront les hausses les plus marquées en raison de la prévention et des traitements limités.
En Chine, les 6,8 millions de nouveaux cas prévus d’ici 2040 mettront à rude épreuve son système de santé. Les cancers du poumon, du sein et du côlon devraient dominer. Sans action, les décès pourraient atteindre 5 millions par an.
Comment les pays peuvent-ils riposter ?
1. La prévention en premier
- Vaccination : Les vaccins contre l’hépatite B et le HPV préviennent les cancers du foie et du col de l’utérus. La Chine vaccine 99 % des nouveau-nés contre l’hépatite B, mais la couverture des adultes reste insuffisante.
- Air pur et lois anti-tabac : Les interdictions strictes de fumer réduisent les taux de cancer du poumon. Les villes chinoises améliorent la qualité de l’air, mais les zones rurales ont besoin de soutien.
- Modes de vie plus sains : Des campagnes publiques promouvant l’exercice, une alimentation équilibrée et la modération de l’alcool peuvent réduire l’obésité et le risque de cancer.
2. Le dépistage précoce sauve des vies
- Cibler les groupes à risque : La Chine propose des dépistages gratuits pour les cancers du poumon, du sein et gastro-intestinaux dans les zones rurales. L’extension des programmes urbains pourrait détecter les cancers plus tôt.
- Sensibilisation accrue : De nombreux patients cherchent de l’aide trop tard. Apprendre à reconnaître les symptômes, comme une toux persistante ou des grosseurs inhabituelles, peut sauver des vies.
3. Améliorer l’accès aux soins
- Former plus de spécialistes : Les zones rurales de Chine manquent d’oncologues et d’outils de dépistage. Les cliniques mobiles et la télémédecine pourraient combler les lacunes.
- Rendre les traitements abordables : Les nouvelles thérapies comme l’immunothérapie sont coûteuses. Les subventions gouvernementales ou les réformes de l’assurance pourraient aider les patients.
Une perspective encourageante
Bien que le cancer reste un défi de taille, des progrès sont possibles. L’Australie a réduit les décès par mélanome en promouvant l’utilisation de la crème solaire. Les États-Unis ont diminué les taux de cancer du poumon grâce aux lois anti-tabac. Les prochaines étapes de la Chine—renforcer la prévention, le dépistage précoce et l’accès équitable aux soins—pourraient inverser la tendance.
La clé réside dans l’adaptation des stratégies aux besoins locaux. Pour la Chine, cela signifie lutter contre le tabagisme et la pollution tout en se préparant à la montée des cancers du sein et du côlon. Pour le monde, il s’agit de partager des outils et des connaissances pour sauver des vies partout.
À des fins éducatives uniquement.
DOI: 10.1097/CM9.0000000000001474