Pourquoi la douleur de l’accouchement reste-t-elle si peu soulagée en Chine ?

Pourquoi la douleur de l’accouchement reste-t-elle si peu soulagée en Chine ?

L’accouchement est souvent décrit comme l’un des moments les plus douloureux de la vie. Pourtant, en Chine, peu de femmes bénéficient d’une analgésie (soulagement de la douleur) pendant le travail. Pourquoi cette situation persiste-t-elle, et quelles solutions peuvent être envisagées pour améliorer la prise en charge des mères ?

Contexte historique et situation actuelle

L’histoire de l’analgésie pendant le travail en Chine remonte à 1963, lorsque le Dr Guang-Bo Zhang a réalisé la première anesthésie péridurale (une technique pour soulager la douleur) à l’hôpital de l’Université de Pékin. Dans les années 1980, alors que les États-Unis commençaient à populariser cette méthode, les médecins chinois expérimentaient déjà des techniques d’analgésie sous anesthésie générale.

Aujourd’hui, malgré ces avancées précoces, l’utilisation de l’analgésie pendant le travail reste faible en Chine. Dans les pays développés, plus de 85 % des femmes bénéficient d’une analgésie pendant l’accouchement, et le taux de césariennes (accouchement par chirurgie) se situe entre 10 % et 20 %. En Chine, en revanche, le taux de césariennes non médicalement nécessaires a atteint 46,2 % en 2010, bien au-dessus de la limite de 15 % recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les disparités régionales sont également frappantes. Dans certaines régions, le taux de césariennes dépasse 70 %, tandis que l’analgésie pendant le travail est utilisée dans moins de 5 % des cas. Une enquête menée entre 2018 et 2020 sur plus de 1,4 million d’accouchements dans 42 hôpitaux a révélé des écarts importants : l’analgésie est plus fréquente dans l’est (30,77 %) et le nord (29,97 %) de la Chine, mais très rare dans le nord-ouest (1,02 %) et le sud-ouest (7,56 %).

Les obstacles à l’adoption de l’analgésie

1. Les perceptions des patientes et les croyances culturelles

En Chine, la douleur de l’accouchement est souvent considérée comme normale et inévitable. Beaucoup de femmes et leurs familles craignent que l’analgésie péridurale ne ralentisse le travail ou ne nuise au bébé. Ces croyances, bien que non fondées scientifiquement, restent ancrées dans les esprits. De plus, les campagnes de sensibilisation sur les avantages et la sécurité de l’analgésie sont insuffisantes, laissant de nombreuses femmes dans l’ignorance.

2. Le manque de médecins spécialisés

La Chine souffre d’une pénurie critique d’anesthésistes. En 2015, on comptait seulement 0,5 anesthésiste pour 10 000 habitants, contre 2,5 dans les pays développés. Cette pénurie est particulièrement problématique en obstétrique, où les situations à haut risque nécessitent une expertise pointue. De plus, les médecins manquent souvent de formation aux techniques modernes d’analgésie, ce qui limite leur capacité à gérer les complications éventuelles.

3. Les difficultés de coordination entre les professionnels de santé

La collaboration entre les obstétriciens, les sages-femmes et les anesthésistes est souvent insuffisante. Les obstétriciens privilégient parfois des méthodes non médicamenteuses pour gérer la douleur, comme des exercices de respiration ou un soutien psychologique. Ils craignent également que l’analgésie péridurale ne prolonge le travail ou n’augmente le risque d’hémorragie. Ces préoccupations, bien que compréhensibles, freinent l’adoption de l’analgésie dans de nombreux hôpitaux.

4. Les contraintes financières et systémiques

En Chine, les politiques de remboursement favorisent les césariennes, qui sont mieux rémunérées que les accouchements par voie naturelle. L’analgésie pendant le travail, en revanche, n’est pas couverte par l’assurance maladie nationale, ce qui impose des frais supplémentaires aux patientes. De plus, l’absence de codes de facturation standardisés complique la mise en place de ces services dans les hôpitaux.

Les initiatives gouvernementales pour améliorer la situation

Depuis quelques années, le gouvernement chinois a pris des mesures pour promouvoir l’analgésie pendant le travail. En août 2018, sept ministères ont annoncé un plan pour augmenter le nombre d’anesthésistes à 160 000 d’ici 2035. En novembre 2018, un autre plan a été lancé pour développer l’analgésie dans plus de 900 hôpitaux à travers le pays.

Ces initiatives incluent également des campagnes de sensibilisation pour informer le public sur les avantages de l’analgésie et combattre les idées reçues. Des centres de formation ont été créés pour standardiser les pratiques et améliorer les compétences des médecins.

Recommandations pour des progrès durables

  1. Augmenter le nombre de médecins spécialisés : Il est essentiel de former davantage d’anesthésistes, en particulier ceux spécialisés en obstétrique, et de les inciter à travailler dans les zones rurales.
  2. Améliorer la coordination entre les professionnels de santé : Des protocoles communs et des formations conjointes pourraient renforcer la collaboration entre obstétriciens, sages-femmes et anesthésistes.
  3. Réformer les politiques de remboursement : Intégrer l’analgésie dans l’assurance maladie nationale et aligner les incitations financières sur les accouchements par voie naturelle.
  4. Sensibiliser le public : Des campagnes d’information ciblées pourraient aider à dissiper les craintes et à promouvoir l’analgésie comme une option sûre et bénéfique.

Conclusion

La Chine a fait des progrès significatifs dans la promotion de l’analgésie pendant le travail, mais des obstacles culturels, professionnels et systémiques persistent. Pour garantir que toutes les femmes puissent accoucher dans des conditions dignes et confortables, il est essentiel de renforcer la collaboration entre les acteurs de santé, d’investir dans la formation des médecins et de réformer les politiques de remboursement.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000660

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