Pourquoi certains survivants du cancer développent-ils de nouvelles tumeurs ?

Pourquoi certains survivants du cancer développent-ils de nouvelles tumeurs des années plus tard ?
Le défi caché des cancers multiples dans la région de la tête et du cou

Imaginez survivre à un cancer, pour ensuite faire face à une nouvelle tumeur des mois ou des années plus tard. Pour de nombreux patients, il ne s’agit pas d’une récidive, mais d’un cancer complètement nouveau. Ce phénomène, appelé carcinome primitif multiple (CPM), devient un sujet central en oncologie. Le CPM survient lorsque deux cancers ou plus, non liés, se développent dans le même organe ou dans différentes parties du corps. Dans la région de la tête et du cou, ces « seconds cancers » sont souvent manqués ou confondus avec des récidives, retardant ainsi des soins vitaux. Une étude récente menée sur 10 ans apporte un éclairage sur les personnes à risque, le comportement de ces cancers et ce que les survivants doivent savoir.


Qu’est-ce que le carcinome primitif multiple ?

Le CPM se divise en deux types :

  1. CPM synchrone : Deux cancers diagnostiqués dans un intervalle de six mois.
  2. CPM métachrone : Un nouveau cancer apparaît plus de six mois après le premier.

Les médecins ont souvent du mal à distinguer le CPM d’une récidive (quand la tumeur initiale revient) ou d’une métastase (quand le cancer se propage). Un diagnostic précis est crucial, car le CPM nécessite des stratégies de traitement différentes.


L’étude sur 10 ans : les résultats clés en bref

Des chercheurs d’un grand hôpital chinois ont analysé 246 patients atteints de CPM dans la tête et le cou (145 hommes, 101 femmes) entre 2008 et 2018. Les découvertes majeures incluent :

  • Le timing compte : 66 patients avaient un CPM synchrone, tandis que 180 avaient un CPM métachrone.
  • Des écarts de survie : Les patients atteints de cancers métachrones ont survécu plus longtemps. Leur taux de survie à 5 ans était de 89,8 %, contre 63,4 % pour les cas synchrones.
  • Les paires de cancers fréquentes : Le cancer de la gorge associé au cancer de l’œsophage était la combinaison la plus mortelle. Le cancer de la thyroïde et le cancer du sein ensemble avaient les meilleurs résultats.
  • Facteurs de risque : Le tabagisme, la consommation d’alcool et la localisation du premier cancer influençaient la survie.

Pourquoi des seconds cancers se développent-ils ?

La théorie de la « cancérisation de champ » explique pourquoi les CPM dans la tête et le cou surviennent. Une exposition répétée à des facteurs de risque comme le tabac ou l’alcool endommage des zones entières de tissus, créant un « champ » où plusieurs tumeurs peuvent se développer. Par exemple, une personne atteinte d’un cancer de la gorge pourrait plus tard développer un cancer de l’œsophage, car ces deux zones ont été endommagées par les mêmes toxines.

D’autres CPM relèvent de la non-cancérisation de champ. Ces cancers ne sont pas liés à des facteurs de risque communs. Une tumeur thyroïdienne et un cancer du sein chez la même patiente, par exemple, pourraient survenir indépendamment.


Comment ces cancers sont-ils détectés ?

La détection précoce sauve des vies. Les patients de l’étude ont subi un dépistage rigoureux :

  • Imagerie : IRM, scanners et échographies pour rechercher des tumeurs.
  • Endoscopie : Une petite caméra a examiné la gorge et l’œsophage.
  • Scanners TEP-TDM (imagerie avancée détectant l’activité cancéreuse) ont été utilisés pour 79 patients.

Les examens réguliers sont essentiels. Un patient atteint d’un cancer de l’hypopharynx (gorge) a ensuite été diagnostiqué avec un cancer de l’œsophage lors d’un scanner de routine—une association courante nécessitant un dépistage croisé.


Taux de survie : l’impact du timing et du type de tumeur

L’étude a révélé des différences marquées dans les résultats :

1. Cancers synchrones vs métachrones

  • Survie à 5 ans : 63,4 % pour les cancers synchrones contre 89,8 % pour les métachrones.
  • Survie sans progression : 64,9 % contre 84,4 %.

Les cancers synchrones sont plus mortels car traiter deux tumeurs agressives simultanément est difficile.

2. Les paires de cancers à haut risque

  • Cancer de la gorge + cancer de l’œsophage : La survie à 5 ans chute à 66,9 %.
  • Cancer de la thyroïde + cancer du sein : Un taux de survie de 100 %.

Les cancers de la gorge et de l’œsophage partagent souvent des facteurs de risque comme le tabagisme, ce qui aggrave les résultats. Les cancers de la thyroïde et du sein, lorsqu’ils sont détectés tôt, ont un excellent taux de succès thérapeutique.


Qui est le plus à risque ?

L’étude a identifié des facteurs de risque clés :

  • Genre : Les hommes étaient plus exposés, probablement en raison de leurs habitudes de vie.
  • Tabagisme et alcool : Les deux augmentent la probabilité de CPM.
  • Localisation du premier cancer : Les cancers de la gorge, de la bouche ou de l’œsophage augmentent le risque de secondes tumeurs.

Que peuvent faire les patients ?

  1. Respecter les suivis : Les survivants doivent passer des examens réguliers de la tête et du cou, ainsi que des imageries.
  2. Dépister au-delà du site initial : Les examens de l’œsophage sont cruciaux pour les survivants d’un cancer de la gorge.
  3. Biopsier les nouvelles excroissances : Tout tissu suspect doit être testé, même s’il est en dehors de la zone du cancer initial.

La situation dans son ensemble

Alors que les traitements contre le cancer s’améliorent, plus de survivants vivent assez longtemps pour développer des seconds cancers. Le CPM est désormais une priorité pour les chercheurs. « La détection précoce est essentielle, » explique le Dr Li, co-auteur de l’étude. « Les survivants ont besoin d’une surveillance à vie pour détecter de nouvelles tumeurs. »


À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000632

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