Pourquoi certains patients en Chine refusent-ils un traitement vital après une crise cardiaque grave ?
Une crise cardiaque grave, appelée infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI), est une urgence médicale qui nécessite une intervention rapide pour sauver des vies. Le traitement standard, appelé intervention coronarienne percutanée (PCI), consiste à déboucher l’artère obstruée pour rétablir la circulation sanguine vers le cœur. Pourtant, en Chine, de nombreux patients éligibles refusent ce traitement, ce qui augmente les risques de complications et de décès. Pourquoi cela arrive-t-il ? Quels sont les facteurs qui influencent cette décision ?
Introduction
Lors d’une crise cardiaque grave, chaque minute compte. Le PCI est une méthode efficace pour rétablir rapidement la circulation sanguine, réduisant ainsi les dommages au muscle cardiaque et améliorant les chances de survie. Malgré les progrès médicaux, de nombreux patients en Chine ne reçoivent pas ce traitement, même lorsqu’il est clairement indiqué. Cette situation soulève des questions sur les obstacles à l’acceptation du PCI et les raisons qui poussent les patients à refuser un traitement potentiellement salvateur.
Méthodes
Pour comprendre ce phénomène, une étude a été menée dans six hôpitaux publics en Chine, entre août 2015 et septembre 2017. Ces hôpitaux étaient équipés pour offrir le PCI 24 heures sur 24. Sur 1061 patients diagnostiqués avec un STEMI, 957 ont été inclus dans l’analyse finale. Les patients ont été divisés en deux groupes : ceux qui ont refusé le PCI (98 patients) et ceux qui l’ont accepté (859 patients). Les chercheurs ont comparé les caractéristiques des patients, leurs antécédents médicaux, leur état clinique à l’arrivée à l’hôpital et leurs résultats après 30 jours.
Résultats
L’étude a révélé plusieurs différences entre les patients qui ont refusé le PCI et ceux qui l’ont accepté. Les patients qui ont refusé étaient plus souvent âgés de plus de 65 ans (rapport de cotes [RC] 2,66, intervalle de confiance [IC] 1,56–4,52, P < 0,001), avaient un indice de masse corporelle (IMC) plus bas (RC 0,91, IC 0,84–0,98, P = 0,013) et étaient moins souvent mariés (RC 0,29, IC 0,17–0,49, P < 0,001). De plus, les patients ayant des antécédents de crise cardiaque (RC 2,59, IC 1,33–5,04, P = 0,005), une fréquence cardiaque élevée à l’arrivée (RC 1,02, IC 1,01–1,03, P = 0,002) ou un état de choc cardiaque à l’urgence (RC 5,03, IC 1,48–17,08, P = 0,010) étaient plus susceptibles de refuser le PCI.
Un autre facteur important était le délai préhospitalier, c’est-à-dire le temps écoulé entre l’apparition des symptômes et l’arrivée à l’hôpital. Les patients ayant un délai supérieur à 12 heures étaient plus susceptibles de refuser le PCI (RC 3,31, IC 1,83–6,02, P < 0,001). Enfin, les patients traités dans des hôpitaux non universitaires étaient également plus enclins à refuser le traitement (RC 0,45, IC 0,27–0,75, P = 0,002).
Différences entre les sexes
L’étude a également exploré les différences entre les hommes et les femmes. Les femmes qui ont refusé le PCI étaient généralement plus âgées, avaient un IMC plus bas et étaient moins souvent mariées que les hommes. De plus, les femmes étaient moins souvent hospitalisées dans des hôpitaux universitaires, ce qui pourrait limiter leur accès au traitement.
L’analyse a montré que l’IMC, le statut marital, les antécédents de crise cardiaque, la fréquence cardiaque, l’état de choc cardiaque, le délai préhospitalier et le type d’hôpital étaient des facteurs significatifs pour le refus du PCI chez les femmes. Chez les hommes, seuls l’âge, le statut marital et le délai préhospitalier étaient significatifs.
Discussion
Ces résultats mettent en lumière plusieurs obstacles à l’acceptation du PCI en Chine. L’âge avancé est un facteur majeur, les patients de plus de 65 ans étant plus susceptibles de refuser le traitement. Cela pourrait s’expliquer par des problèmes de santé supplémentaires, une perception réduite des bénéfices du traitement ou des contraintes financières. Un IMC plus bas, souvent associé à un état de santé général moins bon, pourrait également influencer la décision des patients.
Le statut marital joue un rôle important. Les patients non mariés étaient moins susceptibles d’accepter le PCI, peut-être en raison d’un manque de soutien social. Le délai préhospitalier, souvent lié à une prise de conscience tardive des symptômes, réduit également les chances d’acceptation du traitement.
L’état de choc cardiaque à l’arrivée à l’hôpital était un facteur fortement associé au refus du PCI. Dans ces cas critiques, les patients et les médecins pourraient opter pour une approche plus conservatrice, bien que le PCI soit souvent recommandé pour améliorer les résultats.
Implications pour la pratique clinique
Ces résultats soulignent la nécessité de surmonter les obstacles à l’acceptation du PCI, en particulier pour les patients âgés, ceux ayant un statut socio-économique plus faible et les femmes. Des campagnes d’éducation pourraient aider à sensibiliser les patients aux bénéfices du PCI et à réduire les délais préhospitaliers. Les médecins devraient également être encouragés à recommander plus activement le PCI, surtout dans les cas critiques.
Conclusion
En résumé, cette étude a identifié plusieurs facteurs qui influencent le refus du PCI chez les patients atteints de STEMI en Chine. L’âge avancé, un IMC plus bas, le statut marital, les antécédents de crise cardiaque, la fréquence cardiaque élevée, l’état de choc cardiaque, le délai préhospitalier et le type d’hôpital jouent tous un rôle. Les différences entre les sexes montrent que les femmes font face à des obstacles supplémentaires. En comprenant et en abordant ces facteurs, les professionnels de santé peuvent améliorer l’acceptation du PCI et, par conséquent, les résultats pour les patients.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001171
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