Pourquoi certains patients chinois souffrant de maladies rhumatologiques développent-ils des effets secondaires graves avec l’azathioprine ?
L’azathioprine (AZA) est un médicament couramment utilisé pour traiter les maladies rhumatologiques, comme le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. Cependant, certains patients développent des effets secondaires graves, notamment une baisse importante des globules blancs. Pourquoi cela arrive-t-il ? Une étude récente menée en Chine suggère que la réponse pourrait se trouver dans nos gènes.
Comprendre l’azathioprine et ses risques
L’azathioprine est un médicament qui supprime le système immunitaire. Il est souvent prescrit pour contrôler les maladies où le système immunitaire attaque par erreur les tissus sains, comme dans le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Bien que ce médicament soit efficace, il peut provoquer des effets secondaires graves, notamment une diminution des globules blancs, appelée leucopénie. Cette condition augmente le risque d’infections et peut nécessiter l’arrêt du traitement.
Le rôle des gènes dans les effets secondaires
Notre corps métabolise (transforme) l’azathioprine grâce à des enzymes spécifiques. Deux gènes jouent un rôle clé dans ce processus : TPMT (thiopurine S-méthyltransférase) et NUDT15. Des variations dans ces gènes peuvent affecter la façon dont le médicament est métabolisé, augmentant ainsi le risque d’effets secondaires.
TPMT : une enzyme clé
La TPMT est une enzyme qui dégrade l’azathioprine. Si cette enzyme ne fonctionne pas correctement, le médicament s’accumule dans le corps, ce qui peut entraîner une leucopénie. Cependant, les mutations du gène TPMT sont rares dans la population chinoise. Dans cette étude, seulement 1 % des patients avaient une variation de ce gène. Cela explique pourquoi la TPMT n’est pas un bon indicateur pour prédire les effets secondaires dans cette population.
NUDT15 : un gène plus révélateur
Le gène NUDT15, quant à lui, semble jouer un rôle plus important. Une variation spécifique de ce gène, appelée c.415C>T, a été associée à un risque accru de leucopénie. Dans cette étude, 14 % des patients avaient cette variation. Parmi eux, ceux qui portaient une copie de la variation (hétérozygotes) ou deux copies (homozygotes) avaient un risque beaucoup plus élevé de développer une leucopénie. En fait, les patients porteurs de cette variation avaient 5 fois plus de risques de souffrir de cet effet secondaire.
L’étude en détail
Cette étude a été menée à l’hôpital de Quanzhou, en Chine, auprès de 70 patients atteints de maladies rhumatologiques. Tous les patients ont reçu de l’azathioprine à faible dose (50 mg par jour) en combinaison avec de l’hydroxychloroquine, un autre médicament couramment utilisé dans ces maladies.
Les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang pour analyser les gènes TPMT et NUDT15. Ils ont également surveillé régulièrement les taux de globules blancs et de plaquettes dans le sang des patients. Si une leucopénie ou une thrombopénie (faible taux de plaquettes) était détectée, la dose d’azathioprine était réduite ou le traitement était arrêté.
Les résultats clés
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TPMT : Seuls 2 patients (2,9 %) avaient une variation du gène TPMT. Aucun lien significatif n’a été trouvé entre cette variation et la leucopénie.
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NUDT15 : 18 patients (25,7 %) avaient une copie de la variation c.415C>T, et 1 patient (1,4 %) avait deux copies. Parmi eux, 66,7 % des patients hétérozygotes et 100 % des patients homozygotes ont développé une leucopénie. En comparaison, seulement 29,4 % des patients sans cette variation ont eu cet effet secondaire.
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Indice de masse corporelle (IMC) : Les patients avec un IMC plus faible avaient un risque plus élevé de leucopénie. Cela suggère que l’état nutritionnel pourrait influencer la tolérance à l’azathioprine.
Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?
Ces résultats montrent que le gène NUDT15 est un meilleur indicateur pour prédire les effets secondaires de l’azathioprine chez les patients chinois que le gène TPMT. En testant les patients pour cette variation avant de commencer le traitement, les médecins pourraient ajuster les doses ou choisir un autre médicament pour réduire le risque d’effets secondaires.
De plus, l’association entre un IMC plus faible et un risque accru de leucopénie ouvre la porte à des recherches supplémentaires. Est-ce que l’amélioration de l’état nutritionnel des patients pourrait les aider à mieux tolérer l’azathioprine ? Cette question mérite d’être explorée.
Conclusion
L’azathioprine est un traitement efficace pour les maladies rhumatologiques, mais ses effets secondaires peuvent être graves. Cette étude montre que le gène NUDT15, en particulier la variation c.415C>T, est un facteur clé pour prédire la leucopénie chez les patients chinois. En tenant compte de cette information génétique, les médecins peuvent personnaliser le traitement pour minimiser les risques et améliorer la qualité de vie des patients.
For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000756