Pourquoi certains dépistages du cancer colorectal manquent-ils des polypes dangereux dans certaines zones ?
Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent dans le monde, mais il n’est pas forcément mortel. Lorsqu’il est détecté tôt, les taux de survie dépassent 90 %. Le problème ? De nombreux outils de dépistage ont du mal à détecter les excroissances (polypes) dans certaines parties du côlon, laissant certains patients à risque. Pourquoi cela se produit-il et que pouvez-vous faire ?
Le défi caché : tous les polypes ne se ressemblent pas
Le côlon est divisé en deux sections principales : le côlon proximal (côté droit, incluant le cæcum et le côlon ascendant) et le côlon distal/rectum (côté gauche et rectum). Les polypes dans ces zones se comportent différemment. Les adénomes avancés — des excroissances à haut risque pouvant devenir cancéreuses — sont plus difficiles à repérer dans le côlon proximal. Les études montrent que jusqu’à 30 % de ces excroissances dangereuses pourraient être manquées lors des dépistages.
Pourquoi la localisation est-elle importante ?
- Forme et surface : Les polypes proximaux sont souvent plus plats et se fondent dans la paroi du côlon, les rendant plus difficiles à voir.
- Modèles de saignement : Les excroissances du côté gauche (distal) saignent plus facilement, tandis que le sang du côté droit (proximal) peut se dégrader avant d’atteindre les selles.
- Limites des outils de dépistage : Les tests de selles ou les questionnaires de risque peuvent ne pas détecter également les problèmes dans les deux zones.
Comment fonctionnent les méthodes de dépistage courantes ?
Deux stratégies de dépistage largement utilisées sont le test immunochimique fécal (FIT) et l’évaluation du risque par questionnaire (QRA). Les deux visent à identifier les individus à haut risque nécessitant une coloscopie de suivi.
1. FIT : À la recherche de sang caché
Le FIT détecte de minuscules quantités de sang dans les selles, un signe possible de polypes ou de cancer. Les utilisateurs collectent un petit échantillon de selles à domicile, et les laboratoires recherchent l’hémoglobine humaine (une protéine du sang).
- Points forts : Non invasif, abordable et largement disponible.
- Faiblesse : Plus efficace pour détecter les polypes distaux. Le sang provenant des excroissances proximales peut se dégrader pendant la digestion, entraînant des faux négatifs.
2. QRA : Calculer votre risque
Les QRA utilisent des questionnaires pour estimer le risque de cancer colorectal en fonction de l’âge, du sexe, du poids, du tabagisme et des antécédents familiaux. Un score de risque élevé conduit à une coloscopie.
- Points forts : Identifie les individus à risque sans échantillon de selles.
- Faiblesse : Les facteurs de risque comme le tabagisme ou l’obésité peuvent être plus fortement liés aux polypes distaux, manquant ainsi les excroissances proximales.
Ce qu’une étude majeure a révélé
Une étude de 2021 portant sur 3 825 adultes en Chine a comparé trois groupes :
- Groupe coloscopie uniquement : Dépistage de routine sans tests préalables.
- Groupe FIT positif : Coloscopie après un test de selles positif.
- Groupe QRA à haut risque : Coloscopie après un score de risque élevé au questionnaire.
Résultats clés :
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Adénomes avancés :
- Distal : Le FIT a détecté 8,6 % contre 3,1 % pour la coloscopie.
- Proximal : Le FIT a détecté 3,9 % contre 2,5 % pour la coloscopie.
- QRA a montré des différences plus faibles : 6,9 % (distal) contre 4,7 % (proximal).
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Adénomes non avancés : Les deux méthodes ont donné des résultats similaires dans toutes les régions du côlon.
En bref, le FIT était 2,2 fois plus efficace pour détecter les adénomes avancés distaux que proximaux. Les QRA ont montré moins de biais mais ont tout de même manqué certaines excroissances proximales.
Pourquoi cela se produit-il ?
Pour le FIT :
- Dégradation du sang : L’hémoglobine des polypes proximaux se dégrade à mesure que les selles traversent le côlon.
- Forme des polypes : Les polypes distaux sont souvent surélevés et saignent plus facilement.
Pour le QRA :
- Facteurs de risque : Le tabagisme et l’obésité sont des prédicteurs plus forts pour les excroissances distales.
- Âge et sexe : Les personnes âgées et les hommes ont des risques plus élevés, mais ces facteurs ne ciblent pas spécifiquement les régions du côlon.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
- Aucun test n’est parfait : Le FIT et les QRA sauvent des vies mais peuvent manquer des excroissances proximales. La coloscopie reste la référence pour un examen complet du côlon.
- Combinez les stratégies : Les individus à haut risque (par exemple, avec des antécédents familiaux) pourraient bénéficier à la fois du FIT et de la coloscopie.
- Connaissez votre corps : Des symptômes comme une anémie ferriprive (faible taux de globules rouges) pourraient signaler des excroissances proximales, même avec un FIT négatif.
L’avenir du dépistage
Les chercheurs travaillent à combler le « fossé proximal » :
- Amélioration des seuils du FIT : Réduire le seuil de détection du sang pourrait aider à repérer l’hémoglobine dégradée.
- Tests de selles ADN : Des tests plus récents comme Cologuard détectent les changements génétiques dans les selles, permettant potentiellement de repérer les excroissances proximales.
- Coloscopie assistée par IA : L’intelligence artificielle aide les médecins à repérer les polypes subtils pendant les examens.
À des fins éducatives uniquement.
DOI : 10.1097/CM9.0000000000001346