L’interruption de l’aorte : Comment un homme de 66 ans a survécu sans chirurgie ?
Imaginez vivre jusqu’à 66 ans avec une malformation cardiaque grave, sans même le savoir. C’est l’histoire incroyable d’un homme atteint d’une interruption de l’aorte (IAA), une anomalie congénitale rare où l’aorte, le principal vaisseau sanguin du corps, est interrompue. Découvrez comment il a survécu sans intervention chirurgicale et ce que cela nous apprend sur le corps humain.
L’interruption de l’aorte (IAA) est une malformation cardiaque rare où l’aorte est complètement interrompue. Normalement, cette condition est diagnostiquée avant la naissance ou pendant la petite enfance, et elle nécessite une intervention chirurgicale urgente pour éviter une issue fatale. Pourtant, cet homme de 66 ans a vécu toute sa vie sans traitement chirurgical. Comment est-ce possible ? La réponse réside dans les vaisseaux collatéraux, des voies de circulation sanguine alternatives qui se sont développées pour compenser l’interruption.
Une découverte fortuite
Cet homme, un fumeur de longue date, a consulté un médecin après avoir ressenti des vertiges, des nausées et des vomissements. Son histoire médicale était sans particularité, mais une angiographie par tomodensitométrie (CTA) a révélé une IAA de type B. Cela signifie que l’aorte était interrompue juste après l’origine de l’artère carotide commune gauche (ACC). Les vaisseaux collatéraux, qui reliaient différentes parties de son système circulatoire, avaient permis au sang de circuler malgré cette interruption.
Les détails de la malformation
L’examen a montré que l’aorte ascendante (la partie qui sort du cœur) et l’aorte descendante (la partie qui alimente le bas du corps) avaient des densités différentes. Les artères carotides communes et une artère subclavière gauche dilatée et tortueuse prenaient leur origine dans ces parties de l’aorte. Une artère subclavière droite anormale naissait de l’aorte descendante, derrière la trachée et l’œsophage. De nombreux vaisseaux collatéraux reliaient les vaisseaux cervicaux, et une veine cave supérieure gauche persistante (VCSG) était également présente.
Des vertiges liés à la malformation
Pour explorer les causes des vertiges, une CTA cérébrale a été réalisée. Elle a révélé qu’une partie de l’artère vertébrale gauche, qui alimente le cerveau, ne passait pas par son chemin habituel mais naissait d’un vaisseau collatéral de l’ACC gauche. Les siphons carotidiens internes, des parties des artères carotides, étaient minces, et une artère cérébrale postérieure fœtale était présente. Ces anomalies vasculaires pourraient expliquer les épisodes de vertiges, probablement dus à une ischémie transitoire (un manque temporaire de sang) dans le cerveau.
Une survie exceptionnelle
L’IAA est une malformation rare, touchant environ 3 naissances sur 1 000 000 chaque année. Elle est classée en trois types selon l’emplacement de l’interruption : type A, type B et type C. Dans ce cas, l’interruption était de type B, située entre l’origine de l’ACC gauche et l’artère subclavière gauche. La survie de cet homme jusqu’à un âge avancé est due aux nombreux vaisseaux collatéraux qui ont compensé l’interruption. Ces vaisseaux se sont probablement développés pendant la vie fœtale, bien que les mécanismes exacts de leur formation restent à étudier.
Le rôle crucial de l’imagerie médicale
Le diagnostic de l’IAA repose sur plusieurs techniques d’imagerie. L’échocardiographie, économique et efficace, est souvent utilisée pour le diagnostic prénatal. L’angiographie, bien qu’invasive, reste la référence pour visualiser l’interruption et les vaisseaux collatéraux. L’angiographie par résonance magnétique (ARM) et la CTA sont des alternatives non invasives. L’ARM est privilégiée pour son utilisation d’agents de contraste moins toxiques et l’absence de rayonnement, tandis que la CTA est plus rapide, moins coûteuse et offre une meilleure résolution spatiale.
Dans ce cas, la CTA a permis de visualiser en détail les relations anatomiques entre l’IAA et les autres malformations vasculaires. Cela a aidé à mieux comprendre l’état du patient et à évaluer les options de traitement.
Une gestion conservatrice
Bien que les interventions chirurgicales, comme la pose de stents, soient efficaces pour traiter l’IAA, ce patient a opté pour une gestion conservatrice en raison des risques associés à la chirurgie chez les personnes âgées. Après une semaine de traitement médical, son état s’est amélioré.
Ce que nous apprend ce cas
Ce cas illustre la capacité du corps humain à s’adapter à des malformations graves grâce à des mécanismes de compensation, comme les vaisseaux collatéraux. Il souligne également l’importance des techniques d’imagerie modernes pour diagnostiquer et évaluer des conditions complexes. Enfin, il montre que même des malformations congénitales graves peuvent parfois être compatibles avec une longue vie sans intervention chirurgicale.
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doi.org/10.1097/CM9.0000000000000438