Levetiracetam et MELAS : Un espoir pour réduire la mortalité ?
Pourquoi les patients atteints de MELAS pourraient-ils bénéficier d’un traitement par levetiracetam ?
Le MELAS (encéphalomyopathie mitochondriale, acidose lactique et épisodes de type AVC) est une maladie rare et progressive qui touche les mitochondries, les centrales énergétiques de nos cellules. Les patients souffrent de crises d’épilepsie répétées, de symptômes ressemblant à des AVC et de dysfonctionnements multiples des organes. Jusqu’à 90 % des patients atteints de MELAS développent des crises d’épilepsie, nécessitant souvent un traitement à long terme par des médicaments antiépileptiques. Cependant, tous ces médicaments ne sont pas sans risque. Certains, comme le valproate ou la carbamazépine, pourraient même aggraver le dysfonctionnement mitochondrial.
Dans ce contexte, le levetiracetam (LEV), un médicament antiépileptique plus récent, attire l’attention. Des études ont suggéré qu’il pourrait avoir des effets protecteurs sur le cerveau dans d’autres maladies neurologiques. Mais qu’en est-il pour le MELAS ? Une étude récente a exploré cette question, en se concentrant sur l’impact du LEV sur le handicap et la mortalité des patients.
Une étude pour mieux comprendre
Cette étude a analysé les données de 102 patients atteints de MELAS et ayant des antécédents de crises d’épilepsie. Les participants ont été suivis pendant une durée médiane de 4 ans (de 1 à 8 ans). Ils ont été divisés en deux groupes : ceux traités par LEV (48 patients) et ceux recevant d’autres médicaments antiépileptiques (54 patients).
Pour être inclus, les patients devaient avoir un diagnostic confirmé de MELAS, soit par des mutations de l’ADN mitochondrial, soit par des résultats de biopsie musculaire montrant des fibres rouges déchiquetées. Les chercheurs ont exclu les patients dont les dossiers médicaux étaient incomplets ou qui avaient changé de traitement pendant la période de suivi.
Quels médicaments étaient utilisés ?
Le LEV était le médicament le plus prescrit (47,1 % des patients), suivi par la carbamazépine (36,3 %), les benzodiazépines (17,6 %), le topiramate (12,7 %), l’oxcarbazépine (10,8 %), le valproate (8,8 %) et la lamotrigine (8,8 %). Dans le groupe LEV, 20 patients recevaient une combinaison de médicaments, souvent avec des benzodiazépines ou de la carbamazépine. Dans le groupe non-LEV, la monothérapie par carbamazépine et les combinaisons de carbamazépine et valproate étaient fréquentes.
Quels résultats sur le handicap ?
À la fin du suivi, les patients traités par LEV avaient des scores de handicap (évalués par l’échelle de Rankin modifiée) significativement plus bas (2,79 ± 1,47) que ceux du groupe non-LEV (3,83 ± 1,93). Cependant, la proportion de patients ayant un handicap léger (score de 0 à 1) ne différait pas significativement entre les deux groupes (16,7 % contre 9,3 %).
Une analyse plus approfondie a confirmé que le LEV était un facteur indépendant de réduction du handicap, même après ajustement pour l’âge d’apparition de la maladie, le sexe, la durée de la maladie, la surdité et le diabète.
Un meilleur contrôle des crises ?
Le LEV semblait également plus efficace pour réduire les crises d’épilepsie. Dans le groupe LEV, 56,3 % des patients étaient totalement libres de crises au cours de la dernière année de suivi, contre seulement 33,3 % dans le groupe non-LEV. Fait intéressant, les patients qui avaient une dose plus faible de LEV étaient plus souvent libres de crises que ceux qui prenaient des doses plus élevées.
Un impact sur la mortalité
L’un des résultats les plus frappants de cette étude concerne la mortalité. Le groupe LEV avait un taux de mortalité nettement plus bas (8,3 %) que le groupe non-LEV (37 %). Les causes de décès dans le groupe LEV incluaient des épisodes de type AVC et des complications intestinales. Dans le groupe non-LEV, les crises d’épilepsie sévères et les complications intestinales étaient les principales causes de décès.
Une analyse de survie a montré que les patients traités par LEV avaient une meilleure espérance de vie que ceux recevant d’autres médicaments. Le LEV a été identifié comme un facteur indépendant de meilleure survie, même après ajustement pour d’autres variables comme la surdité et le diabète.
Comment expliquer ces résultats ?
Les chercheurs suggèrent que le LEV pourrait agir de deux manières. D’abord, en contrôlant mieux les crises d’épilepsie, il réduirait les dommages causés au cerveau. Ensuite, il pourrait directement influencer les mitochondries. Le LEV cible une protéine appelée SV2A, qui se trouve également dans les mitochondries. Des études préliminaires suggèrent que le LEV pourrait améliorer l’activité des mitochondries et réduire le stress oxydatif, ce qui serait bénéfique pour les patients atteints de MELAS.
Limites de l’étude
Cette étude présente cependant des limites. D’abord, il s’agit d’une étude rétrospective, ce qui signifie que les chercheurs ont analysé des données déjà existantes. Cela ne permet pas de prouver un lien de cause à effet. Ensuite, le coût plus élevé du LEV dans certains pays, comme la Chine, pourrait avoir influencé son utilisation, favorisant les patients issus de milieux plus aisés. Enfin, l’absence de données détaillées sur les types de crises et les scores de handicap au début de l’étude complique l’interprétation des résultats.
Et maintenant ?
Cette étude offre un premier aperçu des bénéfices potentiels du LEV pour les patients atteints de MELAS, en particulier en termes de survie. Cependant, des études prospectives sont nécessaires pour confirmer ces résultats et déterminer la dose optimale de LEV. Des recherches en laboratoire et sur des modèles animaux pourraient également aider à mieux comprendre comment le LEV interagit avec les mitochondries et les voies du stress oxydatif dans le MELAS.
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doi.org/10.1097/CM9.0000000000000061