Les Troubles Musculosquelettiques chez les Employés Industriels : Un Problème Croissant dans la Région Moderne de Pékin
Les douleurs musculaires et articulaires liées au travail sont un défi majeur dans le monde entier, surtout dans les usines et les ateliers. En Chine, l’industrialisation rapide a aggravé ce problème. Mais dans les zones industrielles modernes, comme celle de Fangshan à Pékin, les risques sont-ils les mêmes que dans les secteurs traditionnels ? Une étude récente a examiné ce phénomène pour mieux comprendre comment protéger les travailleurs.
Contexte de l’Étude
Entre janvier et mai 2018, une enquête a été menée auprès de 1 415 employés de six entreprises de fabrication d’équipements dans le district de Fangshan, une région qui contribue à plus de 29 milliards de RMB par an à l’économie de Pékin. Les participants ont été divisés en deux groupes : les travailleurs de première ligne (830 personnes), qui effectuent des tâches manuelles, et les autres employés (585 personnes), comme les employés de bureau, les techniciens et le personnel de soutien. Pour participer, il fallait avoir au moins six mois d’ancienneté et être âgé de 18 à 60 ans. Les données ont été recueillies via un questionnaire électronique basé sur le Nordic Musculoskeletal Questionnaire (NMQ), un outil fiable pour évaluer les troubles musculosquelettiques (TMS).
Prévalence et Localisation des TMS
Parmi les participants, 35,2 % (498 sur 1 415) ont déclaré avoir souffert de TMS au cours de l’année précédente. Les zones les plus touchées étaient le cou (25,2 %), les épaules (17,2 %) et le haut du dos (13,3 %). Contrairement aux industries traditionnelles, où les douleurs lombaires étaient plus fréquentes, cette étude a révélé une augmentation des problèmes dans le haut du corps. Les travailleurs de première ligne ont signalé plus de douleurs aux poignets/mains (12,7 % contre 7,7 %) et aux chevilles/pieds (9,8 % contre 4,6 %), probablement à cause des tâches répétitives et de la position debout prolongée. En revanche, les autres employés ont rapporté plus de douleurs aux épaules (19,7 % contre 15,4 %), peut-être liées à l’utilisation prolongée d’ordinateurs. Fait inquiétant : seulement 15,9 % des personnes concernées ont consulté un médecin, ce qui montre que beaucoup ne cherchent pas d’aide médicale.
Facteurs de Risque
L’analyse a identifié des facteurs de risque différents selon les groupes :
Pour les Travailleurs de Première Ligne
- Âge : Le risque augmente avec l’âge (30–39 ans : OR=1,63 ; ≥40 ans : OR=2,33).
- Salaire : Curieusement, un salaire moyen (2 500–4 999 RMB/mois) réduit le risque (OR=0,49) par rapport aux bas salaires (<2 500 RMB/mois).
- Travail de Nuit : Les horaires de nuit (0h00–8h00) augmentent le risque (OR=1,46).
- Santé : Les maladies récentes (OR=5,60) et les problèmes de santé chroniques (OR=3,45–7,81) sont des facteurs majeurs.
- Accès aux Soins : Le manque d’informations sur la santé (OR=0,49) et l’autotraitement (OR=1,77–2,75) aggravent les risques.
Pour les Autres Employés
- Genre : Les femmes sont plus à risque (OR=2,30).
- Éducation : Les employés diplômés du supérieur ont un risque plus élevé (OR=1,96).
- Exercice : L’exercice régulier réduit le risque (OR=0,59).
- Accès aux Soins : La distance aux centres médicaux (>2 km : OR=1,83) et le manque d’informations (OR=0,53) influencent les résultats.
Principales Conclusions
- Changement des TMS : La mécanisation et l’automatisation expliquent peut-être la diminution des douleurs lombaires (7,9 % chez les travailleurs de première ligne, 9,4 % chez les autres) et l’augmentation des problèmes dans le haut du corps.
- Paradoxe Socioéconomique : Les employés hautement qualifiés et bien payés sont plus à risque, ce qui contredit les idées reçues. Cela suggère que les rôles sédentaires ou stressants jouent un rôle important.
- Accès aux Soins : Le faible taux de consultation (15,9 %) révèle des problèmes systémiques, comme le manque d’informations ou les contraintes financières.
- Stratégies de Prévention : Pour les travailleurs de première ligne, des améliorations ergonomiques (tapis anti-fatigue, outils adaptés) et la rotation des horaires sont essentielles. Pour les employés de bureau, la gestion du temps d’écran et la réduction du stress sont prioritaires.
Limites de l’Étude
Cette étude, de type transversal, ne permet pas de prouver des liens de cause à effet. De plus, les données auto-déclarées peuvent comporter des erreurs. Cependant, l’utilisation du NMQ et la taille de l’échantillon renforcent la fiabilité. Des études futures pourraient inclure des mesures objectives, comme des tests musculaires, pour affiner les résultats.
Conclusion
Les TMS évoluent avec l’industrialisation moderne en Chine. Les risques diffèrent selon les postes, ce qui nécessite des approches de prévention adaptées. Améliorer l’accès aux soins, promouvoir des programmes de bien-être au travail et renforcer la collaboration entre les entreprises et les professionnels de santé sont des étapes clés pour réduire l’impact des TMS.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000165
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