Les transplantations fécales : une solution pour apaiser les tics ?

Les transplantations fécales pourraient-elles apaiser les tics incontrôlables ? Une nouvelle étude sur les souris suggère un lien entre l’intestin et le cerveau

Imaginez ne pas pouvoir arrêter de cligner des yeux, de secouer la tête ou de crier des mots que vous ne vouliez pas dire. Pour les personnes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette (SGT), ces mouvements et sons involontaires, appelés tics, font partie du quotidien. Des médicaments existent, mais ils provoquent souvent de la fatigue, une prise de poids ou des changements d’humeur. Pire encore, ils ne fonctionnent pas pour tout le monde. Aujourd’hui, les scientifiques explorent une solution inattendue qui se cache dans nos intestins. Une récente étude sur des souris suggère que le transfert de bactéries intestinales saines via des transplantations fécales pourrait réduire la sévérité des tics en augmentant les niveaux de substances chimiques « bien-être » dans le cerveau. La clé pour apaiser les tics pourrait-elle se trouver dans nos intestins ?


Le rôle surprenant de l’intestin dans la santé du cerveau

Le syndrome de Gilles de la Tourette touche environ 1 personne sur 100, généralement dès l’enfance. Les médecins se sont longtemps concentrés sur le cerveau pour expliquer les tics, pointant du doigt des déséquilibres dans la dopamine (une substance chimique liée au mouvement) ou des dysfonctionnements dans les circuits cérébraux. Mais de nouvelles recherches vont plus loin, littéralement. Nos intestins abritent des billions de bactéries, virus et champignons (le « microbiote intestinal ») qui communiquent avec le cerveau via « l’axe intestin-cerveau ». Cette autoroute à double sens permet aux microbes intestinaux d’influencer l’humeur, la mémoire et même les troubles du mouvement comme la maladie de Parkinson.

Réparer un microbiote intestinal « malade » pourrait-il aider le SGT ? Une équipe en Chine a testé cette idée en utilisant des souris génétiquement modifiées pour imiter les tics. Leurs résultats, publiés dans le Chinese Medical Journal, montrent comment les transplantations fécales ont modifié les bactéries intestinales et augmenté les niveaux de sérotonine, une substance chimique liée au calme et à la maîtrise de soi.


Souris, microbes et tics moteurs

Pour étudier le SGT, les chercheurs ont administré aux souris une substance chimique appelée IDPN, qui déclenche des mouvements répétitifs similaires aux tics humains. Ils ont divisé les souris en groupes :

  1. Souris saines (sans traitement)
  2. Souris SGT (sans traitement)
  3. Souris SGT recevant des transplantations fécales d’enfants en bonne santé
  4. Souris SGT recevant des transplantations fécales de souris saines
  5. Souris SGT recevant des probiotiques (suppléments de bonnes bactéries)

Pendant trois semaines, les scientifiques ont suivi la sévérité des tics et analysé l’ADN des bactéries intestinales à partir des excréments des souris. Ils ont également mesuré la sérotonine, une substance chimique produite principalement dans l’intestin qui aide à réguler l’humeur et les mouvements.


Que s’est-il passé ?

1. Les souris SGT avaient de « mauvaises » bactéries intestinales

Les souris sujettes aux tics avaient plus de bactéries Turicibacteraceae et Ruminococcaceae—des groupes liés à l’inflammation dans d’autres études—et une moindre diversité dans leur microbiote. Une faible diversité signale souvent un microbiote malsain.

2. Les transplantations fécales ont apaisé les tics

Les souris ayant reçu des transplantations fécales de donneurs sains (humains ou souris) avaient des tics moins sévères que les souris SGT non traitées. Les probiotiques ont également aidé, mais de manière moins spectaculaire.

3. Les changements intestinaux ont augmenté la sérotonine

Les souris SGT avaient de faibles niveaux de sérotonine. Après les transplantations, leur sérotonine a augmenté de 25 à 30 %, atteignant les niveaux des souris saines. La sérotonine aide à bloquer les « signaux parasites » dans le cerveau qui pourraient déclencher des tics.

4. Une transformation du microbiote

Les transplantations ont remodelé les communautés microbiennes. Les selles saines ont réduit les bactéries liées à l’inflammation et augmenté les Bacteroidetes—un groupe qui aide à digérer les fibres et à produire des vitamines.


Comment les bactéries intestinales pourraient-elles influencer les tics ?

L’étude ne prouve pas que les transplantations fécales guérissent le SGT, mais elle met en lumière trois liens possibles entre l’intestin et le cerveau :

  1. Production de sérotonine : Les bactéries intestinales produisent du tryptophane, un précurseur de la sérotonine. Plus de « bonnes » bactéries pourraient signifier plus de tryptophane → plus de sérotonine → un meilleur contrôle des tics.
  2. Inflammation : Les bactéries nocives pourraient déclencher une inflammation endommageant les circuits cérébraux.
  3. Signaux chimiques : Les microbes intestinaux envoient des molécules au cerveau via le sang ou les nerfs, modifiant peut-être la dopamine ou d’autres substances impliquées dans les tics.

Le Dr Xiaoyan Li, un auteur de l’étude, note : « Rétablir l’équilibre intestinal pourrait ‘réinitialiser’ les réseaux cérébraux déréglés dans le SGT. Mais nous avons besoin d’essais sur l’homme pour le confirmer. »


Grandes questions—et mises en garde

Bien qu’excitante, l’étude présente des limites :

  • Souris vs humains : Les cerveaux et intestins des souris diffèrent des nôtres. Ce qui fonctionne chez les rongeurs pourrait échouer chez l’homme.
  • Pièces manquantes : Les chercheurs n’ont pas testé la sérotonine cérébrale ou les marqueurs d’inflammation, laissant des lacunes dans l’histoire.
  • Effets à long terme : Les améliorations des tics sont-elles permanentes, ou disparaissent-elles avec le temps ?

Les transplantations fécales comportent également des risques, comme des infections ou des réactions allergiques. En 2023, la FDA a mis en garde contre les bactéries résistantes aux médicaments dans certains échantillons de selles de donneurs.


Et maintenant ?

Les scientifiques souhaitent :

  1. Tester les transplantations fécales sur des patients atteints de SGT.
  2. Identifier les bactéries ou molécules spécifiques qui atténuent les tics.
  3. Développer des thérapies microbiennes plus sûres, comme des probiotiques ciblés.

Pour l’instant, les experts déconseillent les transplantations fécales maison. « C’est une recherche à un stade précoce », explique le Dr Emily Carrick, neurologue non impliquée dans l’étude. « Nous ne savons pas si modifier les bactéries intestinales aide les humains—ou comment le faire en toute sécurité. »


Conclusion

Le syndrome de Gilles de la Tourette reste une énigme, mais le microbiote intestinal offre de nouvelles pistes. Bien que les transplantations fécales ne soient pas encore prêtes pour une utilisation généralisée, cette étude s’ajoute aux preuves croissantes que la santé intestinale influence la santé cérébrale. Pour les familles confrontées aux tics, c’est un signe d’espoir que de meilleurs traitements—ancrés dans la connexion intestin-cerveau—pourraient être à l’horizon.

À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001885

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