Les neutrophiles CD177+ : Un acteur clé dans l’activation chronique chez les personnes vivant avec le VIH
Pourquoi certaines personnes vivant avec le VIH souffrent-elles d’une activation chronique du système immunitaire, même sous traitement ? Une nouvelle étude met en lumière le rôle des neutrophiles CD177+, des cellules immunitaires hyperactives, dans ce phénomène.
Les neutrophiles sont des soldats de première ligne du système immunitaire. Ils combattent les infections et interagissent avec d’autres cellules pour coordonner la réponse immunitaire. Chez les personnes infectées par le VIH, ces cellules ne fonctionnent pas normalement. Parmi elles, les neutrophiles CD177+ sont particulièrement actifs. Ils produisent des substances inflammatoires et des molécules antibactériennes. Mais cette activité peut aussi endommager les tissus et aggraver l’inflammation chronique, un problème majeur chez les personnes vivant avec le VIH.
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
L’étude a inclus 19 personnes en phase aiguë d’infection par le VIH, 11 personnes non traitées, 11 personnes sous traitement antirétroviral (ART) et 22 donneurs sains. Les chercheurs ont analysé des échantillons de sang et de moelle osseuse pour mesurer la quantité de neutrophiles CD177+ et étudier leur fonctionnement.
Une augmentation des neutrophiles CD177+ chez les personnes non traitées
Les résultats montrent que les neutrophiles CD177+ sont plus nombreux dans le sang des personnes en phase aiguë d’infection (89,4 %) et des personnes non traitées (86,6 %) que chez les donneurs sains (66,2 %). Chez les personnes sous traitement, leur nombre est légèrement réduit (77,3 %), ce qui suggère que l’ART aide à normaliser partiellement cette population cellulaire.
Dans la moelle osseuse, les neutrophiles CD177+ sont présents à tous les stades de maturation, mais ils sont surtout nombreux dans les neutrophiles matures. Fait intéressant, leur nombre est plus élevé dans le sang que dans la moelle osseuse, ce qui indique qu’ils sont activés ou mobilisés en périphérie pendant l’infection par le VIH.
Des neutrophiles hyperactifs mais moins matures
Les neutrophiles CD177+ des personnes infectées par le VIH montrent un profil de maturation anormal. Ils sont moins nombreux à atteindre le stade mature. Cependant, ils produisent davantage de substances inflammatoires, comme les espèces réactives de l’oxygène (ROS), lorsqu’ils sont stimulés. En revanche, leur capacité à engloutir et détruire les microbes reste intacte.
Un lien avec les cellules immunitaires CD8+
Les chercheurs ont observé une corrélation entre le nombre de neutrophiles CD177+ et celui des cellules CD8+, des cellules immunitaires importantes dans la lutte contre le VIH. Pour étudier cette interaction, ils ont mis en culture des neutrophiles CD177+ avec des cellules CD8+. Chez les donneurs sains, cette co-culture augmente la production de granzyme B, une molécule utilisée par les cellules CD8+ pour tuer les cellules infectées.
Chez les personnes vivant avec le VIH, les cellules CD8+ produisent déjà beaucoup de granzyme B, et leur activité n’est pas augmentée par la présence de neutrophiles CD177+. Cela suggère que l’activation chronique du système immunitaire épuise les cellules CD8+, les rendant moins sensibles aux signaux des neutrophiles.
Pourquoi cette augmentation est-elle problématique ?
Les neutrophiles CD177+ ont un double rôle. D’un côté, ils peuvent aider à contrôler le virus et les infections bactériennes. De l’autre, leur activité excessive peut endommager les tissus et entretenir l’inflammation. Cette inflammation chronique est un facteur clé dans la progression de la maladie VIH, même chez les personnes sous traitement.
Les limites de l’étude
Cette étude a quelques limites. Son design transversal ne permet pas de déterminer si l’augmentation des neutrophiles CD177+ est une cause ou une conséquence de l’infection par le VIH. De plus, le petit nombre de participants et leur provenance limitée peuvent affecter la généralisation des résultats. Enfin, les mécanismes qui régulent l’expression de CD177 restent à élucider.
Conclusion
Les neutrophiles CD177+ sont une population cellulaire hyperactive qui augmente pendant l’infection aiguë et non traitée par le VIH. Leur lien avec les cellules CD8+ et leur profil fonctionnel altéré suggèrent qu’ils jouent un rôle dans l’activation chronique du système immunitaire. Bien que l’ART réduise partiellement leur nombre, l’inflammation persiste souvent, ce qui souligne la nécessité de développer des thérapies ciblant ces cellules.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002958
For educational purposes only.