Les mesures contre la COVID-19 ont-elles accidentellement éradiqué la grippe ?
Lorsque la COVID-19 a balayé le monde début 2020, les gouvernements se sont empressés de ralentir sa propagation. Masques, confinements et interdictions de voyager sont devenus monnaie courante. Mais quelque chose d’inattendu s’est produit : les cas de grippe saisonnière ont chuté de manière spectaculaire. Pourquoi les taux de grippe ont-ils tant baissé, et que cela signifie-t-il pour lutter contre les futures pandémies ?
La menace croisée de deux virus
La COVID-19 et la grippe sont toutes deux causées par des germes qui se propagent par voie aérienne (virus respiratoires). Ils infectent les personnes par la toux, les éternuements ou les contacts rapprochés. Lorsque la COVID-19 est apparue, elle a frappé pendant la saison grippale dans l’hémisphère Nord. Les scientifiques ont ainsi eu une occasion rare d’étudier comment les mesures antivirus affectaient les deux maladies.
Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont révélé un schéma frappant. En Chine, les cas de grippe ont atteint un pic en janvier 2020, avec plus de 7 000 infections hebdomadaires. Mais après le début des strictes mesures contre la COVID-19 le 25 janvier, les taux de grippe se sont effondrés. En mars, la Chine a signalé moins de 20 cas hebdomadaires de grippe, soit une baisse de 99 %. Des tendances similaires sont apparues dans le monde entier.
Confinements, masques et une saison grippale manquante
En Europe du Sud-Ouest, les cas de grippe ont chuté de 99,8 % après le début des mesures contre la COVID-19. L’Amérique du Nord a enregistré une baisse de 91,7 %. Ces chiffres n’étaient pas seulement inférieurs à la normale—ils étaient bien en dessous des niveaux de base habituels. Pourquoi les taux de grippe se sont-ils effondrés alors que la COVID-19 continuait de se propager ?
La réponse réside dans le comportement de ces virus. La grippe se propage rapidement mais est moins contagieuse que la COVID-19. Les mesures comme le port du masque et le fait de rester chez soi (distanciation sociale) fonctionnent mieux contre la grippe car elle est plus facile à bloquer. La COVID-19, en revanche, se propage par des particules plus petites et a une période d’incubation plus longue, la rendant plus difficile à contrôler.
La réponse rapide de la Chine contre l’action tardive ailleurs
Le déclin de la grippe en Chine a été le plus rapide. Pourquoi ? Le pays a agi tôt et de manière agressive. Les tests généralisés, le traçage des contacts et les quarantaines strictes ont commencé en janvier. Ces étapes ont stoppé net la grippe. Mais la COVID-19 a tout de même provoqué des épidémies car elle se propageait déjà silencieusement.
En Europe et en Amérique du Nord, les mesures contre la COVID-19 ont commencé plus tard. Les cas de grippe ont chuté brusquement une fois les règles mises en place, mais la COVID-19 avait déjà pris pied. Des règles moins cohérentes—comme un port de masque inégal ou des confinements retardés—ont contribué au déclin de la grippe mais n’ont pas suffi à stopper la COVID-19.
Ce que cela signifie pour les futures pandémies
La saison grippale de 2020 a montré que les mesures de santé publique peuvent fonctionner—si elles sont appliquées tôt et de manière rigoureuse. Les taux de grippe ont chuté parce que les gens ont évité les foules, porté des masques et se sont lavé les mains plus souvent. Ces étapes simples ont perturbé la propagation habituelle de la grippe.
Mais la COVID-19 a exposé des lacunes. De nombreux pays manquaient de plans pour une action rapide et coordonnée. Le déclin de la grippe laisse entrevoir une leçon plus large : se préparer aux pandémies nécessite des systèmes qui s’attaquent à tous les virus respiratoires, pas seulement à un seul.
Tirer les leçons de la grippe de 1918—et construire de meilleures défenses
La pandémie de grippe de 1918 a tué des millions de personnes car le monde n’était pas prêt. Aujourd’hui, des outils comme le Système mondial de surveillance et de réponse à la grippe (GISRS) de l’OMS suivent les souches grippales et partagent les données. Pendant la COVID-19, les laboratoires du GISRS ont aidé à identifier de nouveaux variants du virus.
Mais la COVID-19 a aussi montré que la coopération mondiale est fragile. Les pays ont accumulé les vaccins, et la désinformation s’est propagée plus vite que les faits. Pour lutter contre les futures pandémies, les nations doivent partager ressources, données et stratégies.
Un plan pour stopper la prochaine épidémie
La quasi-disparition de la grippe en 2020 offre de l’espoir. Imaginez si le monde combinait les tactiques de lutte contre la grippe avec les leçons plus solides de la COVID-19 :
- Action précoce : Détecter rapidement les épidémies et agir avant qu’elles ne se développent.
- Mesures universelles : Les masques et la distanciation fonctionnent contre de nombreux virus.
- Coopération mondiale : Aucun pays ne peut stopper les pandémies seul.
Des programmes comme le GISRS surveillent déjà la grippe. Les étendre pour couvrir d’autres menaces—comme les coronavirus—pourrait gagner du temps lors des crises. Les scientifiques insistent également sur la nécessité de la confiance du public. Une communication claire sur les risques et la prévention est essentielle.
Les saisons grippales pourraient-elles rester modérées ?
Après 2020, les taux de grippe ont rebondi mais sont restés inférieurs aux niveaux pré-pandémiques. Certains experts pensent que des habitudes comme le port du masque pendant la saison froide pourraient devenir normales, réduisant ainsi les décès dus à la grippe chaque année. D’autres préviennent que le fait de sauter les vaccins contre la grippe ou de relâcher les mesures pourrait ramener de graves épidémies.
Le message clé ? Combattre un virus peut aider à en combattre d’autres. Les mesures contre la COVID-19 ont accidentellement prouvé qu’il est possible de ralentir les maladies respiratoires—si nous nous engageons dans des efforts intelligents et soutenus.
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001344