Les médicaments existants peuvent-ils combattre le nouveau coronavirus ? La réponse surprenante d’un modèle de virus de pangolin
Le monde a été pris au dépourvu par l’apparition soudaine du COVID-19, une maladie causée par le nouveau coronavirus (2019-nCoV). Alors que le nombre de cas et de décès augmentait rapidement, les scientifiques se sont lancés dans une course contre la montre pour trouver des traitements. Mais développer de nouveaux médicaments prend du temps—un temps que les patients n’avaient pas. Et si la solution se trouvait déjà dans nos armoires à pharmacie ? Des chercheurs se sont tournés vers une source inattendue : un virus de pangolin. Leurs découvertes pourraient bien changer la manière dont nous luttons contre le COVID-19.
Le défi : trouver des traitements rapidement
Lorsque le COVID-19 est apparu, il n’existait aucun traitement spécifique. Développer de nouveaux médicaments à partir de zéro pouvait prendre des années. Les scientifiques avaient besoin d’une solution plus rapide. Une idée était de réutiliser des médicaments existants—des médicaments déjà approuvés pour d’autres maladies. Mais tester ces médicaments sur le virus réel était risqué. Travailler avec le 2019-nCoV vivant nécessite des laboratoires de haute sécurité, que de nombreuses institutions ne possèdent pas. Les chercheurs ont donc dû faire preuve de créativité.
Le virus du pangolin : un substitut pour le 2019-nCoV
C’est là qu’intervient le virus du pangolin, nommé GX_P2V. Ce virus, découvert en 2017 chez un pangolin braconné, est étroitement lié au 2019-nCoV. Sa protéine de spicule, la partie du virus qui lui permet de pénétrer dans les cellules humaines, est identique à 92,2 % à celle du 2019-nCoV. Les deux virus utilisent également la même porte d’entrée dans les cellules : une protéine appelée ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2). Cela faisait de GX_P2V un modèle parfait pour étudier le 2019-nCoV sans avoir besoin du virus réel.
Pour confirmer l’importance de l’ACE2, les chercheurs ont utilisé une technique appelée interférence par ARN pour « éteindre » le gène ACE2 dans des cellules cultivées en laboratoire. Lorsque l’ACE2 était désactivé, le virus ne pouvait plus infecter les cellules. Cela a prouvé que l’ACE2 est essentiel pour l’infection par GX_P2V, tout comme pour le 2019-nCoV.
La chasse aux médicaments : tester des milliers de substances
Avec le modèle du virus du pangolin en place, les scientifiques ont examiné plus de 2 400 médicaments. Parmi eux figuraient des médicaments approuvés pour d’autres maladies et des composés antiviraux. Chaque médicament a été testé à faible concentration pour voir s’il pouvait empêcher le virus d’endommager les cellules. Les résultats étaient prometteurs. Trois médicaments se sont démarqués : la cepharanthine (CEP), la sélamectine et l’hydrochlorure de méfloquine.
La cepharanthine : la star du traitement
La CEP, un médicament à base de plantes utilisé pour traiter les faibles taux de globules blancs, a montré l’activité antivirale la plus forte. À faible dose, elle a réduit la capacité du virus à se répliquer de plus de 15 000 fois. En fait, aucun virus vivant n’a été détecté dans les cellules traitées avec la CEP. Mais comment fonctionne-t-elle ?
Les chercheurs ont découvert que la CEP combat le virus de deux manières. Premièrement, elle empêche le virus de pénétrer dans les cellules. Deuxièmement, elle empêche le virus de se répliquer à l’intérieur des cellules. Lorsque la CEP était ajoutée pendant les deux premières heures de l’infection, elle réduisait les niveaux viraux de 2,17 fois. Lorsqu’elle était ajoutée après les deux premières heures, la réduction était de 1 618 fois. Enfin, lorsqu’elle était présente tout au long de l’infection, la réduction atteignait un impressionnant 12 459 fois.
La sélamectine et la méfloquine : des héros inattendus
La sélamectine, un médicament utilisé pour traiter les parasites chez les animaux, a également montré de forts effets antiviraux. Son mécanisme exact n’est pas entièrement compris, mais il s’agit d’une nouvelle découverte dans la recherche sur les coronavirus. La méfloquine, un antipaludique, a déjà montré son efficacité contre d’autres coronavirus comme le MERS-CoV et le SARS-CoV. Son activité contre GX_P2V renforce son potentiel en tant que traitement du COVID-19.
Pourquoi utiliser un modèle de virus de pangolin ?
L’utilisation de GX_P2V présente plusieurs avantages. Premièrement, il est étroitement lié au 2019-nCoV, en particulier dans la protéine de spicule. Cela en fait un bon modèle pour étudier comment le virus pénètre et se réplique dans les cellules. Deuxièmement, il utilise l’ACE2 comme récepteur, tout comme le 2019-nCoV. Cela permet aux chercheurs d’étudier les médicaments qui ciblent cette voie. Troisièmement, GX_P2V est sûr à manipuler dans des laboratoires standards, ce qui le rend accessible à un plus grand nombre de scientifiques.
Une perspective plus large : surveillance de la faune et réutilisation des médicaments
Cette étude met en lumière deux stratégies importantes dans la lutte contre les pandémies. Premièrement, la surveillance de la faune peut nous aider à identifier les virus avant qu’ils ne passent à l’homme. GX_P2V a été découvert en 2017, des années avant le COVID-19. Si nous y avions prêté plus d’attention, aurions-nous pu être mieux préparés ? Deuxièmement, la réutilisation de médicaments existants peut permettre de gagner du temps et des ressources. Des médicaments comme la CEP, la sélamectine et la méfloquine sont déjà approuvés, ce qui signifie qu’ils pourraient être testés chez l’homme plus rapidement.
Et ensuite ?
Les résultats sont excitants, mais il reste du travail à faire. La CEP, en particulier, montre un grand potentiel. Elle est sûre, largement disponible et possède à la fois des propriétés antivirales et anti-inflammatoires. Cela pourrait la rendre utile non seulement pour combattre le virus, mais aussi pour calmer la réponse immunitaire excessive observée dans les cas graves de COVID-19. Cependant, des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer son efficacité chez l’homme.
Conclusion : un pas en avant dans la lutte contre le COVID-19
Cette recherche montre que les médicaments existants pourraient détenir la clé pour combattre les nouveaux virus. En réutilisant des médicaments déjà disponibles et en utilisant des modèles innovants comme le virus du pangolin, les scientifiques progressent dans la lutte contre le COVID-19. Bien que nous ne soyons pas encore sortis de l’auberge, ces découvertes offrent de l’espoir—et rappellent que parfois, les réponses dont nous avons besoin sont plus proches que nous ne le pensons.
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000797