Les infections à SARM chez les enfants en Chine : une menace en évolution

Les infections à staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) chez les enfants en Chine : une menace en évolution

Les infections causées par le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) sont un problème de santé majeur chez les enfants en Chine. Ces bactéries peuvent provoquer des infections allant de simples problèmes de peau à des maladies graves et potentiellement mortelles. Mais comment ces bactéries évoluent-elles et quels sont les facteurs qui les rendent si dangereuses ? Une étude récente s’est penchée sur les changements dans les souches de SARM isolées chez des enfants chinois entre 2005 et 2016, en se concentrant sur leur capacité à détruire les globules rouges (hémolyse) et les gènes associés à cette activité.

L’évolution des souches de SARM

Au total, 259 échantillons de SARM ont été collectés à l’hôpital pour enfants de Pékin sur trois périodes : 2005–2011, 2012–2013 et 2016. Les chercheurs ont utilisé une technique appelée typage moléculaire pour identifier les différentes souches de SARM. Ils ont découvert que la souche ST59 est devenue de plus en plus fréquente, passant de 48,6 % des cas en 2005–2011 à 79,8 % en 2016. En revanche, la souche ST239, autrefois dominante, a complètement disparu en 2016.

Les chercheurs ont également examiné les caractéristiques génétiques de ces bactéries, notamment les types de gènes appelés SCCmec, spa et agr. Le type SCCmec IV, associé aux infections contractées en dehors des hôpitaux (SARM communautaire), est devenu plus fréquent, atteignant 84,8 % des cas en 2016. Le type SCCmec III, lié aux infections hospitalières (SARM nosocomial), n’a plus été détecté en 2016. De même, la lignée spa-t437 a augmenté de manière significative, passant de 31,4 % à 63,6 % sur la même période. Le type agr I était le plus courant, représentant 92 % des cas en 2016.

L’activité hémolytique et les gènes associés

L’hémolyse, c’est-à-dire la capacité des bactéries à détruire les globules rouges, est un facteur clé de leur virulence. Les chercheurs ont observé quatre types d’hémolyse :

  1. α- et δ-hémolyse : une zone large de destruction complète (α) et une zone étroite de destruction partielle (δ).
  2. β- et δ-hémolyse : une destruction partielle (β) avec des bords nets et une δ-hémolyse.
  3. β-hémolyse seule : une destruction partielle sans activité δ.
  4. δ-hémolyse seule : des zones étroites de destruction partielle.

Parmi les 259 échantillons, 153 présentaient une β- et δ-hémolyse, dont 93,5 % appartenaient à la souche ST59. L’hémolyse de type α était rare et principalement associée à la souche ST239 en déclin.

L’analyse génétique a révélé que tous les échantillons possédaient les gènes hla (responsable de l’α-hémolysine) et hld (responsable de la δ-hémolysine). Le gène hlb, qui produit la β-hémolysine, était intact dans 97,4 % des échantillons présentant une β-hémolyse. L’absence d’un virus bactérien appelé φ13, qui perturbe habituellement hlb, explique probablement cette activité β-hémolytique. Parmi les échantillons α-hémolytiques, 94,1 % possédaient le gène int, un marqueur d’intégration de virus bactériens qui pourrait moduler l’expression de l’α-hémolysine.

Implications cliniques et épidémiologiques

Sur les 259 cas étudiés, 40 (15,4 %) étaient des infections invasives, telles que des septicémies, des pneumonies ou des infections des tissus mous. Les patients provenaient de différentes régions de Chine, notamment Anhui, Hubei, Hebei, Shandong, Shanxi et Pékin. Aucune association significative n’a été trouvée entre les types d’hémolyse et des variables cliniques comme l’âge, le sexe ou le diagnostic.

Le remplacement de la souche ST239 par la ST59 suggère un changement important dans l’épidémiologie du SARM dans le nord de la Chine. La souche ST59, maintenant dominante, présente une activité β- et δ-hémolytique mais pas d’α-hémolyse. Cela contraste avec la souche ST239, qui produisait de l’α-hémolyse et était historiquement associée à des infections hospitalières graves. L’absence d’α-hémolyse dans la souche ST59 pourrait refléter une adaptation pour échapper au système immunitaire ou faciliter la transmission.

La prédominance du gène hlb intact et de la β-hémolysine fonctionnelle contraste avec les tendances mondiales, où hlb est souvent inactivé par le virus φ13 dans les souches humaines. Cela souligne la diversité génétique des souches de SARM en Chine et leur divergence par rapport aux souches internationales.

Conclusion

Cette étude met en lumière le remplacement rapide de la souche ST239 par la ST59 dans les échantillons de SARM isolés chez des enfants chinois, accompagné de changements dans l’activité hémolytique et les profils génétiques. La souche ST59, avec son activité β- et δ-hémolytique et l’absence d’α-hémolyse, montre une stratégie de virulence unique. La persistance du gène hlb intact et le rôle des virus bactériens dans la modulation de l’hémolyse nécessitent des recherches supplémentaires. Ces résultats soulignent l’importance d’une surveillance continue pour suivre l’évolution du SARM et adapter les stratégies de prévention.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000571
For educational purposes only.

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *