Les fibromes utérins : un problème croissant chez les femmes
Les fibromes utérins (tumeurs bénignes de l’utérus) touchent des millions de femmes dans le monde. Ces tumeurs, bien que non cancéreuses, peuvent causer des douleurs, des saignements abondants et des complications pendant la grossesse. Pourquoi les cas de fibromes augmentent-ils ? Quels sont les facteurs de risque et comment les prévenir ?
Le poids mondial des fibromes utérins en 2019
En 2019, près de 9,6 millions de nouveaux cas de fibromes utérins ont été diagnostiqués dans le monde. Cela représente un taux d’incidence (nombre de nouveaux cas) de 250,05 pour 100 000 femmes. Le nombre total de femmes vivant avec des fibromes atteignait 226 millions, soit un taux de prévalence (nombre total de cas) de 5 467,68 pour 100 000. Les fibromes ont également causé une perte de 1,3 million d’années de vie en bonne santé (DALYs), un indicateur qui mesure l’impact des maladies sur la qualité de vie.
Les différences entre les régions sont frappantes. Les pays d’Europe de l’Est et d’Amérique du Sud ont les taux les plus élevés. Par exemple, la Lettonie arrive en tête avec un taux d’incidence de 667,14 pour 100 000 et un taux de prévalence de 15 612,81 pour 100 000. À l’inverse, des régions comme l’Afrique et certaines parties de l’Asie ont des taux plus bas. En Chine, par exemple, le taux d’incidence est de 133,80 pour 100 000, bien en dessous de la moyenne mondiale.
Les tendances temporelles entre 2010 et 2019
Entre 2010 et 2019, le nombre de nouveaux cas de fibromes a augmenté de 0,27 % par an en moyenne. La prévalence a également légèrement augmenté, mais de manière moins marquée (0,078 % par an).
Les variations nationales
Parmi les 88 pays étudiés, 52 pays ont vu une augmentation significative des cas. Les hausses les plus rapides ont été observées en Norvège (1,59 % par an), au Brésil (1,42 %) et en Iran (1,11 %). À l’inverse, des pays comme le Canada (–1,29 %), la Pologne (–1,12 %) et le Chili (–1,02 %) ont enregistré des baisses.
Pour la prévalence, seuls six pays ont montré une augmentation significative, notamment le Mexique (6,34 %), l’Argentine (5,58 %) et l’Iran (5,20 %). La plupart des pays ont maintenu des taux stables, ce qui suggère des différences dans les pratiques de diagnostic et de dépistage.
Les variations selon l’âge
Les femmes âgées de 30 à 44 ans sont les plus touchées par les nouveaux cas de fibromes. La prévalence, quant à elle, atteint son pic entre 35 et 54 ans.
Les effets de l’âge, de la période et de la génération
- Effet de l’âge : Le risque de fibromes augmente rapidement entre 15 et 39 ans, atteint un pic vers 35–39 ans, puis diminue après la ménopause.
- Effet de la période : Le risque global a légèrement diminué au fil du temps.
- Effet de la génération : Les femmes nées plus récemment semblent avoir un risque légèrement plus élevé, ce qui pourrait être lié à des changements dans l’environnement ou le mode de vie.
Les femmes de 45 à 54 ans montrent des tendances divergentes selon les pays. Par exemple, l’Iran (3,09 %), le Brésil (2,65 %) et le Japon (2,47 %) ont vu une forte augmentation des cas, tandis que la Pologne (–1,53 %), la Norvège (–0,93 %) et le Chili (–0,72 %) ont enregistré des baisses. Ces différences pourraient s’expliquer par des variations dans l’âge de la ménopause, l’accès aux soins ou les pratiques de diagnostic.
Les facteurs de risque
Fertilité et développement humain
Les pays où les femmes ont plus d’enfants ont tendance à avoir moins de cas de fibromes. Cela confirme que la nulliparité (ne pas avoir d’enfants) est un facteur de risque. En revanche, le niveau de développement d’un pays (mesuré par l’Indice de Développement Humain, ou IDH) n’a pas montré de lien clair avec les fibromes.
Mode de vie et santé métabolique
Quatre facteurs modifiables ont été identifiés comme significatifs :
- Consommation d’alcool : Chaque litre d’alcool pur consommé en plus augmente le taux d’incidence de 41,35 pour 100 000.
- Hypertension : Une augmentation de 1 % de la prévalence de l’hypertension élève le taux d’incidence de 5,63.
- Surpoids/obésité : Un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé augmente le taux d’incidence de 1,82 pour 1 % de hausse.
- Tabagisme : Fumer semble avoir un effet protecteur, avec une réduction de 2,61 pour 1 % d’augmentation de la prévalence du tabagisme.
Des analyses supplémentaires ont montré que :
- Dans les pays où les cas de fibromes augmentent, l’alcool et l’hypertension sont les principaux facteurs.
- Dans les pays où les cas diminuent, un taux de cholestérol élevé est apparu comme un facteur de risque inattendu, mais cette observation nécessite plus de recherches.
Les implications pour la santé publique
La hausse des cas de fibromes dans le monde appelle des actions ciblées. Les pays où les cas augmentent, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, devraient :
- Privilégier la prévention : Sensibiliser aux risques liés à l’alcool, à l’obésité et à l’hypertension.
- Améliorer le dépistage : Faciliter l’accès aux examens comme l’échographie pelvienne dans les régions défavorisées.
- Encourager la fertilité : Promouvoir des politiques favorisant la natalité pourrait réduire le risque de fibromes.
Les pays où les cas diminuent, comme le Canada et la Pologne, pourraient servir de modèles pour évaluer l’efficacité de leurs politiques de santé, comme les programmes de lutte contre le tabagisme.
Les limites de l’étude
- Sources de données : Les estimations proviennent de modèles statistiques, ce qui peut introduire des erreurs par rapport aux registres nationaux.
- Risque d’erreur écologique : Les analyses au niveau national ne permettent pas de conclure sur les causes individuelles.
- Facteurs non mesurés : Des éléments comme la génétique, l’ethnicité ou les expositions environnementales n’ont pas été pris en compte faute de données.
Conclusion
Les fibromes utérins représentent un défi croissant pour la santé des femmes. Entre 2010 et 2019, les cas ont augmenté dans 59 % des pays étudiés, principalement à cause de l’alcool, de l’hypertension et de l’obésité. La fertilité et le tabagisme semblent jouer un rôle protecteur, offrant des pistes pour la prévention. Des recherches futures sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes biologiques et combler les lacunes dans les données des régions sous-représentées.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002971
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