Les changements dans les hospitalisations pour maladies respiratoires après l’épidémie de COVID-19
La pandémie de COVID-19 a bouleversé les dynamiques de santé mondiale, non seulement par les infections directes, mais aussi par la mise en place de mesures non pharmaceutiques (MNP) comme le port du masque, l’hygiène des mains, la distanciation physique et la réduction des rassemblements. Ces mesures ont-elles influencé les hospitalisations pour des maladies respiratoires autres que le SARS-CoV-2 ? Une étude menée dans un grand hôpital de l’ouest de la Chine apporte des réponses éclairantes.
Conception de l’étude et caractéristiques des patients
Cette étude observationnelle a analysé les données de 15 175 patients admis au département de pneumologie et de soins intensifs de l’hôpital de l’ouest de la Chine (Université du Sichuan) entre janvier 2019 et décembre 2020. Les patients ont été répartis en groupes d’âge : jeunes (18–44 ans), d’âge moyen (45–59 ans), seniors (60–74 ans), âgés (75–89 ans) et très âgés (≥90 ans). L’âge moyen était de 59 ans, et la répartition entre hommes et femmes était similaire avant et après la pandémie (P > 0,05). Cependant, la proportion de jeunes et de personnes âgées a légèrement diminué en 2020. Les tumeurs malignes thoraciques sont restées le diagnostic le plus fréquent (46,4 % en 2019 contre 49,1 % en 2020).
Impact sur les maladies respiratoires infectieuses
Les changements les plus marquants concernent les maladies respiratoires infectieuses. Les infections pulmonaires sont passées de 25,0 % (1 936/7 746) des admissions totales en 2019 à 21,4 % (1 590/7 429) en 2020. Cette baisse est principalement due à une réduction des cas de pneumonies virales et bactériennes.
Pneumonies virales
Les cas de grippe ont chuté de manière spectaculaire. Les infections par le virus influenza A (H1N1) sont passées de 122 à 2, celles par le H3N2 de 16 à 2, et celles par le virus influenza B de 9 à 4. Les pneumonies à adénovirus sont tombées de 6 à 0, et les décès liés à la grippe sont passés de 13 à 1. Les tendances mensuelles montrent une réduction des cas de grippe tout au long de l’année 2020 (Figure supplémentaire 1A). Les méthodes de diagnostic, comme les tests d’acides nucléiques pour les virus d’Epstein-Barr et le cytomégalovirus, ainsi que le séquençage génomique des échantillons respiratoires, ont permis une identification précise des virus.
Pneumonies bactériennes
Les admissions pour pneumonies bactériennes sont passées de 9,1 % (708/7 746) à 7,8 % (578/7 429). Bien que les pathogènes bactériens n’aient pas été spécifiés, les diagnostics cliniques indiquent une réduction constante chaque mois après le début de la pandémie (Figure supplémentaire 1F).
Infections fongiques
Les cas d’aspergillose pulmonaire et de mucormycose ont légèrement diminué, bien que ces changements ne soient pas statistiquement significatifs. Les données mensuelles montrent une légère augmentation des infections à Aspergillus entre juin et août 2020 (Figure supplémentaire 1B). Les admissions pour tuberculose (TB) sont restées stables, reflétant l’impact limité des MNP sur la transmission de la TB, qui nécessite des stratégies de santé publique ciblées.
Maladies respiratoires non infectieuses
Exacerbations aiguës de la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC)
Les admissions pour exacerbations de MPOC ont significativement diminué, passant de 6,8 % (529/7 746) à 5,4 % (403/7 429) (χ² = 13,280, P < 0,001). Les données mensuelles montrent une réduction constante, sauf en juin et juillet 2020 (Figure supplémentaire 1D). Les MNP ont probablement réduit l’exposition aux déclencheurs environnementaux et aux agents infectieux responsables des exacerbations.
Bronchiectasies
Bien que les admissions pour bronchiectasies soient restées stables, les cas compliqués par une infection sont passés de 2,1 % (165/7 746) à 1,5 % (109/7 429) (χ² = 5,448, P = 0,020). Les tendances mensuelles suivent celles des exacerbations de MPOC, avec une réduction dans tous les mois sauf août 2020 (Figure supplémentaire 1E).
Maladies pulmonaires interstitielles (MPI)
Les admissions pour MPI sont passées de 5,1 % (393/7 746) à 4,2 % (315/7 429) (χ² = 6,510, P = 0,011). Cette réduction pourrait refléter une meilleure évitement des irritants environnementaux ou des visites hospitalières retardées en raison de la peur liée à la pandémie.
Mécanismes et implications pour la santé publique
La baisse des infections respiratoires s’aligne sur l’efficacité connue des MNP pour réduire la transmission des pathogènes. Le port du masque perturbe la propagation aérienne des virus comme la grippe, tandis que l’hygiène des mains réduit le contact avec des surfaces contaminées. La distanciation physique limite la transmission interpersonnelle, en particulier dans les lieux bondés. Ces mesures ont collectivement réduit le fardeau des infections respiratoires, comme en témoigne la quasi-élimination des cas de grippe et la diminution des admissions pour pneumonies bactériennes.
Pour les maladies non infectieuses comme la MPOC et les bronchiectasies, la réduction de l’exposition aux polluants, allergènes et agents infectieux a probablement contribué à moins d’exacerbations. Cependant, la stabilité des cas de TB souligne la nécessité de stratégies spécifiques, comme des programmes renforcés de dépistage et d’adhésion au traitement.
Limites et perspectives futures
Cette étude, centrée sur un seul hôpital et sur les patients hospitalisés, limite la généralisation des résultats. Les données ambulatoires et les cas asymptomatiques n’ont pas été inclus, ce qui pourrait sous-estimer l’impact réel des MNP. De plus, les diagnostics de pneumonies bactériennes manquaient de confirmation microbiologique, soulignant la nécessité d’études futures avec des données plus précises.
Des études multicentriques avec des cohortes plus larges sont nécessaires pour valider ces résultats et explorer les tendances à long terme. Le maintien de comportements bénéfiques, comme le port du masque dans les lieux à risque, pourrait prolonger la réduction de la morbidité liée aux maladies respiratoires au-delà de la pandémie.
Conclusion
La pandémie de COVID-19 a offert une expérience naturelle sur l’efficacité des MNP pour limiter les maladies respiratoires. Les baisses significatives des cas de grippe, de pneumonies bactériennes et d’exacerbations de maladies chroniques démontrent les avantages de ces mesures. Maintenir le port du masque, l’hygiène des mains et la distanciation physique dans les populations vulnérables et les zones densément peuplées pourrait réduire le fardeau mondial des maladies respiratoires. À l’inverse, la résilience de la TB souligne la nécessité d’interventions ciblées. Alors que le monde revient à une vie normale, l’intégration de ces pratiques dans les politiques de santé publique offre une voie pour atténuer les futures épidémies et améliorer les résultats en matière de santé respiratoire.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001871
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