Les cellules tueuses naturelles : une réponse durable après trois doses du vaccin inactivé contre le SARS-CoV-2 chez les personnes vivant avec le VIH
La pandémie de COVID-19 a bouleversé le monde entier. Avec plus de 760 millions de personnes infectées et 7 millions de décès, le virus SARS-CoV-2 a montré à quel point il peut être dangereux. Les personnes vivant avec le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) sont particulièrement vulnérables face à ce virus. Mais comment leur système immunitaire réagit-il après avoir reçu trois doses du vaccin inactivé contre le SARS-CoV-2 ? Une étude récente s’est penchée sur le rôle des cellules tueuses naturelles (NK, pour Natural Killer) dans cette réponse immunitaire.
Le rôle des cellules NK dans la lutte contre le virus
Les cellules NK sont des soldats de première ligne dans notre système immunitaire. Elles font partie de ce qu’on appelle l’immunité innée, c’est-à-dire la première réponse rapide et non spécifique à une infection. Pourtant, des recherches récentes suggèrent que certaines cellules NK peuvent développer une mémoire, un peu comme les cellules de l’immunité adaptative (les lymphocytes B et T). Cela signifie qu’après une vaccination ou une infection, ces cellules peuvent devenir plus efficaces pour combattre le virus lors d’une prochaine rencontre.
Chez les personnes vivant avec le VIH, le système immunitaire est souvent affaibli. Cela peut rendre plus difficile la lutte contre les infections, y compris le SARS-CoV-2. Les études montrent que les réponses immunitaires aux vaccins, y compris celui contre le COVID-19, sont souvent moins fortes chez ces personnes. Mais qu’en est-il des cellules NK ? Est-ce que le vaccin peut les activer et les rendre plus efficaces ?
L’étude : comment les cellules NK réagissent-elles au vaccin ?
Pour répondre à cette question, des chercheurs ont suivi 47 personnes vivant avec le VIH et 30 personnes en bonne santé. Tous les participants ont reçu trois doses du vaccin inactivé contre le SARS-CoV-2 (CoronaVac). Des échantillons de sang ont été prélevés à différents moments : avant la première dose, puis à 0, 2, 4 et 12 semaines après la troisième dose.
Les chercheurs ont analysé les cellules NK en utilisant une technique appelée cytométrie en flux. Cette méthode permet de mesurer l’expression de différents marqueurs à la surface des cellules, ce qui donne des informations sur leur état d’activation, leur prolifération et leur capacité à tuer les cellules infectées.
Les résultats chez les personnes vivant avec le VIH
Chez les personnes vivant avec le VIH, la fréquence des cellules NK (CD3–CD56+) a légèrement diminué juste après la vaccination, mais elle a augmenté à 12 semaines. Les sous-populations de cellules NK, comme les CD56bright et les CD56dim, sont restées stables. Cependant, la fréquence des cellules NK exprimant CD16, un marqueur important pour leur fonction, a diminué après la vaccination, atteignant son point le plus bas à 2 semaines, puis revenant progressivement à la normale.
Les marqueurs d’activation, comme CD25, ont atteint un pic à 2 semaines post-vaccination, puis ont diminué. De même, la fréquence des cellules NK produisant de l’interféron-gamma (IFN-γ) et exprimant CD107a, un marqueur de dégranulation (un processus qui permet aux cellules NK de tuer les cellules infectées), a également atteint un pic à 2 semaines.
Les résultats chez les personnes en bonne santé
Chez les personnes en bonne santé, la fréquence des cellules NK a légèrement augmenté entre 2 et 12 semaines après la vaccination, mais cette augmentation n’était pas significative. Cependant, la fréquence des cellules NK exprimant CD69, un autre marqueur d’activation, était significativement plus élevée à 12 semaines. La fréquence des cellules NK exprimant CD107a a atteint un pic à 2 semaines, puis a diminué.
La stimulation avec la protéine Spike du variant Omicron
Les chercheurs ont également stimulé les cellules immunitaires avec la protéine Spike du variant Omicron du SARS-CoV-2. Chez les personnes vivant avec le VIH, cette stimulation a réduit la fréquence des cellules NK exprimant CD16 à 12 semaines post-vaccination. En revanche, chez les personnes en bonne santé, la stimulation a augmenté la fréquence des cellules NK exprimant CD25 et CD107a, montrant une meilleure réponse immunitaire.
Les différences entre les deux groupes
Bien que les cellules NK aient réagi au vaccin dans les deux groupes, des différences importantes ont été observées. Les personnes vivant avec le VIH avaient une proportion plus élevée de cellules NK très différenciées (CD56dimCD57+), ce qui pourrait indiquer un vieillissement ou une activation chronique de ces cellules. Elles avaient également une fréquence plus élevée de cellules NK exprimant NKG2C, un marqueur souvent associé à une infection par le cytomégalovirus (CMV).
En revanche, les marqueurs d’activation, comme CD25 et CD69, étaient moins exprimés chez les personnes vivant avec le VIH, suggérant une réponse immunitaire moins forte. La stimulation avec la protéine Spike du variant Omicron a également montré une réponse moins robuste chez ces personnes.
Conclusion : une réponse durable, mais des différences à prendre en compte
Cette étude montre que trois doses du vaccin inactivé contre le SARS-CoV-2 peuvent induire une réponse durable des cellules NK, aussi bien chez les personnes vivant avec le VIH que chez les personnes en bonne santé. Cependant, les personnes vivant avec le VIH présentent des altérations dans le phénotype et la fonction de leurs cellules NK, ainsi qu’une réponse moins forte à la stimulation par la protéine Spike du variant Omicron.
Ces résultats soulignent l’importance de continuer à étudier les réponses immunitaires chez les personnes immunodéprimées, afin d’optimiser les stratégies vaccinales et de mieux protéger ces populations vulnérables.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002947
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