L’entecavir associé à l’interféron pégylé : une solution pour inverser la fibrose hépatique chez les patients atteints d’hépatite B chronique ?

L’entecavir associé à l’interféron pégylé : une solution pour inverser la fibrose hépatique chez les patients atteints d’hépatite B chronique ?

L’hépatite B chronique (HBC) touche plus de 257 millions de personnes dans le monde. Malgré les vaccins et les traitements antiviraux, guérir complètement cette maladie reste un défi. Les médicaments comme l’entecavir (ETV) sont efficaces pour contrôler le virus, mais l’ajout d’interféron pégylé (Peg-IFN) pourrait-il offrir des avantages supplémentaires, notamment pour réduire la fibrose hépatique (cicatrisation du foie) ? Une étude récente apporte des réponses.

Contexte et objectifs de l’étude

L’hépatite B chronique est une infection du foie causée par le virus de l’hépatite B (VHB). Si elle n’est pas traitée, elle peut entraîner une fibrose, une cirrhose, voire un cancer du foie. Les médicaments antiviraux comme l’entecavir (ETV) sont couramment utilisés pour bloquer la réplication du virus. Cependant, ils ne permettent pas toujours d’éliminer complètement le virus ou de restaurer la santé du foie. L’interféron pégylé (Peg-IFN), un médicament qui stimule le système immunitaire, est parfois ajouté au traitement pour améliorer les résultats. Mais cette combinaison est-elle vraiment plus efficace ?

Cette étude, menée en Chine entre 2013 et 2015, a comparé deux groupes de patients atteints d’hépatite B chronique : un groupe traité uniquement par ETV et un autre recevant une combinaison d’ETV et de Peg-IFN. L’objectif était d’évaluer l’impact de ces traitements sur la perte de l’antigène de surface du VHB (HBsAg), la réduction de la charge virale et l’amélioration de la fibrose hépatique.

Méthodologie de l’étude

Au total, 144 patients n’ayant jamais reçu de traitement auparavant ont été inclus dans l’étude. Ils ont été répartis en deux groupes : 70 patients ont reçu uniquement de l’ETV, tandis que 74 patients ont reçu de l’ETV combiné à du Peg-IFN à partir de la 26e semaine jusqu’à la 52e semaine. Les patients ont été suivis pendant deux ans. Les chercheurs ont mesuré plusieurs paramètres, notamment les taux de HBsAg et d’antigène e du VHB (HBeAg), la charge virale, la rigidité du foie (mesurée par élastographie transitoire) et les résultats des biopsies hépatiques.

Caractéristiques des patients au départ

Les deux groupes étaient similaires au début de l’étude. Tous les patients étaient porteurs du HBsAg et avaient une charge virale élevée. Aucun ne présentait de cirrhose décompensée (stade avancé de la maladie du foie). Certains avaient des taux élevés d’alpha-foetoprotéine (AFP), un marqueur parfois associé à des problèmes hépatiques, mais les examens d’imagerie n’ont révélé aucune tumeur ou masse anormale.

Résultats cliniques

À la 52e semaine, les patients traités uniquement par ETV ont montré une meilleure récupération de la fonction hépatique, avec des taux plus bas d’alanine aminotransférase (ALT) et d’aspartate aminotransférase (AST), des enzymes qui indiquent des dommages au foie. Cependant, à la 104e semaine, il n’y avait plus de différence significative entre les deux groupes. Les patients sous ETV seul ont également vu une baisse plus marquée de leur taux d’AFP. Malgré ces différences, les deux groupes ont montré une amélioration significative de la fonction hépatique et des valeurs d’élastographie transitoire au cours des deux années de suivi.

Perte de HBsAg et séroconversion de HBeAg

À la 26e semaine, aucun patient n’avait perdu le HBsAg. À la 52e semaine, un patient sous ETV seul a perdu le HBsAg, tandis qu’aucun patient sous combinaison n’a atteint ce stade. À la 78e semaine, un patient sous combinaison a perdu le HBsAg. À la fin de l’étude (104e semaine), trois patients sous combinaison et un patient sous ETV seul étaient négatifs pour le HBsAg. Il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes (1,8 % vs. 4,1 %, P = 0,809). Les taux de séroconversion de HBeAg étaient également comparables (12,5 % vs. 11,0 %, P = 0,787).

Amélioration histologique

Les deux groupes ont montré une amélioration significative de l’histologie hépatique. Cependant, le groupe sous combinaison a montré une réduction plus importante de la rigidité du foie (valeur moyenne : 6,6 kPa vs. 7,8 kPa, P = 0,028). Les biopsies hépatiques ont également révélé une meilleure amélioration de la fibrose et de l’inflammation dans le groupe sous combinaison. Le score de fibrose d’Ishak a diminué plus significativement dans ce groupe.

Effets indésirables

Le groupe sous combinaison a connu plus d’effets indésirables, typiques du Peg-IFN. Ces effets incluaient des troubles de la thyroïde, une granulopénie (diminution des globules blancs), de la fièvre et de la fatigue. En revanche, le groupe sous ETV seul a rapporté moins d’effets indésirables, avec seulement un cas de trouble thyroïdien et un cas de fatigue.

Discussion

Les résultats suggèrent que l’ajout de Peg-IFN à l’ETV n’améliore pas significativement les taux de perte de HBsAg ou de séroconversion de HBeAg. Cependant, il semble jouer un rôle positif dans la réduction de la fibrose hépatique. Cela pourrait s’expliquer par les effets immunomodulateurs du Peg-IFN, qui stimulent les cellules T cytotoxiques, aidant ainsi à réduire la cicatrisation du foie.

L’absence de différence significative dans la réponse virologique pourrait être due à la durée relativement courte du traitement par Peg-IFN (26 semaines). Des études avec des durées de traitement plus longues ou des schémas posologiques différents pourraient donner des résultats différents. De plus, la petite taille de l’échantillon et le taux d’abandon des patients peuvent avoir limité la capacité de l’étude à détecter des différences significatives.

Conclusion

Chez les patients atteints d’hépatite B chronique n’ayant jamais été traités, l’ETV seul et l’ETV combiné au Peg-IFN améliorent tous deux la fonction hépatique et l’histologie. Cependant, l’ajout de Peg-IFN n’augmente pas significativement les taux de perte de HBsAg ou de séroconversion de HBeAg. En revanche, il semble jouer un rôle positif dans la réduction de la fibrose hépatique. Ces résultats soulignent l’intérêt potentiel de la combinaison thérapeutique pour gérer la fibrose, bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour optimiser les traitements et minimiser les effets indésirables.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000857

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