Le VIH en Chine : Pourquoi la prévention ne suffit pas ?
En Chine, le nombre de personnes vivant avec le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) a augmenté de manière inquiétante ces dernières années. Malgré les progrès réalisés, les défis restent nombreux. Comment pouvons-nous mieux protéger les populations à risque ? La réponse pourrait se trouver dans deux stratégies innovantes : la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et la prophylaxie post-exposition non professionnelle (nPEP).
Les cibles mondiales et la situation en Chine
Le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a fixé des objectifs ambitieux pour 2030 : 90 % des personnes vivant avec le VIH doivent connaître leur statut, 90 % de celles diagnostiquées doivent recevoir un traitement antirétroviral (ART), et 90 % de celles sous traitement doivent avoir une charge virale indétectable.
En Chine, les résultats sont mitigés. En 2018, seulement 69,3 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut, contre une moyenne mondiale de 79,9 %. Cependant, la Chine dépasse les moyennes mondiales pour les deux autres objectifs : 83,4 % des personnes diagnostiquées reçoivent un traitement, et 94,2 % de celles sous traitement ont une charge virale contrôlée.
Malgré ces progrès, le nombre de personnes vivant avec le VIH en Chine est passé de 0,81 million en 2013 à 1,25 million en 2018. En 2019, le sida restait la principale cause de décès parmi les maladies infectieuses à déclaration obligatoire. Ces chiffres montrent que le dépistage et le traitement précoce ne suffisent pas. Des stratégies complémentaires, comme la PrEP et la nPEP, sont essentielles pour réduire les nouvelles infections, surtout parmi les populations à haut risque.
L’efficacité de la PrEP et de la nPEP
La PrEP (prophylaxie pré-exposition) et la nPEP (prophylaxie post-exposition non professionnelle) sont des interventions biomédicales qui réduisent le risque de transmission du VIH lorsqu’elles sont utilisées correctement.
Aux États-Unis, une étude menée auprès d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) a montré qu’aucun des 753 participants prenant la PrEP quotidiennement n’a été infecté, tandis que deux infections sont survenues parmi les 219 personnes ayant arrêté le traitement.
Les méta-analyses confirment aussi l’efficacité de la nPEP. Sur 19 546 HSH ayant reçu une nPEP dans le monde, seulement 500 (2,6 %) ont ensuite contracté le VIH.
En 2020, un essai clinique a validé une nouvelle forme de PrEP injectable à action prolongée, promettant une meilleure adhérence et efficacité. Ces avancées montrent que la PrEP peut être un outil de prévention scalable.
En Chine, cependant, l’adoption de la PrEP reste faible malgré son efficacité prouvée. Des études révèlent un écart entre l’intérêt pour la PrEP et son utilisation réelle. Par exemple, 40 à 60 % des HSH se disent prêts à utiliser la PrEP, mais peu le font.
Un sondage auprès des médecins chinois montre une forte volonté de prescrire la PrEP et la nPEP, mais des obstacles comme l’absence de directives cliniques et l’approbation des médicaments freinent leur mise en œuvre. De plus, le coût est un problème majeur. Les régimes de PrEP orale, nécessitant une utilisation à long terme, sont trop chers pour de nombreuses personnes à risque, surtout dans les régions aux ressources limitées.
Les défis de la mise en œuvre en Chine
Quatre obstacles majeurs empêchent le déploiement de la PrEP et de la nPEP en Chine :
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L’absence de directives nationales et de ressources : La Chine manque de directives cliniques standardisées pour la PrEP et la nPEP. Les professionnels de santé n’ont pas de protocoles clairs pour la prescription et le suivi.
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Le coût élevé et l’accessibilité : Le fardeau financier de la PrEP et de la nPEP limite l’accès. Par exemple, les régimes à base de ténofovir coûtent environ 50 à 100 dollars par mois, un montant élevé pour les personnes non assurées.
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L’adhérence et l’adaptation des régimes : La PrEP orale quotidienne exige une adhérence stricte, difficile à maintenir sur le long terme. Les régimes basés sur les événements, bien qu’efficaces pour les HSH, ne conviennent pas à d’autres populations comme les hétérosexuels ou les usagers de drogues injectables.
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Les modèles de mise en œuvre incertains : Les programmes de PrEP réussis reposent sur la collaboration entre les agences de santé publique, les organisations communautaires et les professionnels de santé. En Chine, les rôles de ces acteurs restent flous, et les programmes pilotes sont rares.
Stratégies pour renforcer l’adoption de la PrEP et de la nPEP
Cinq recommandations sont proposées pour surmonter ces obstacles :
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Conduire des études d’efficacité en conditions réelles : Évaluer les résultats de la PrEP et de la nPEP auprès de diverses populations, y compris les HSH, les travailleuses du sexe et les couples sérodiscordants.
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Intégrer la PrEP et la nPEP dans les stratégies nationales de prévention du VIH : Ces interventions doivent compléter les efforts existants comme le dépistage et le traitement.
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Développer des directives cliniques et des ressources éducatives : Les autorités sanitaires doivent formuler des directives basées sur des preuves pour la prescription et le suivi de la PrEP et de la nPEP.
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Améliorer l’adhérence grâce à la technologie et à l’innovation : Utiliser des applications mobiles, des rappels électroniques et des réseaux de soutien par les pairs pour renforcer l’adhérence.
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S’inspirer des meilleures pratiques internationales : Adapter les modèles réussis dans des pays comme les États-Unis et la France, en tenant compte des défis locaux.
Conclusion
La Chine a fait des progrès dans la lutte contre le VIH, mais atteindre les objectifs de l’ONUSIDA nécessite une prévention proactive. La PrEP et la nPEP offrent des outils puissants pour réduire la transmission parmi les populations à risque, mais leur potentiel reste inexploité en raison de barrières systémiques.
En comblant les lacunes dans les directives, l’accessibilité, l’adhérence et la mise en œuvre, la Chine peut intégrer ces stratégies dans une réponse globale au VIH. Renforcer les partenariats entre les agences gouvernementales, les professionnels de santé et les communautés sera essentiel pour atteindre l’objectif d’éliminer le sida d’ici 2030.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001150
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