Le syndrome hépatopulmonaire chez les patients atteints d’un cancer du foie avancé : un impact sur la survie ?
Le cancer du foie, ou carcinome hépatocellulaire (CHC), est une maladie grave et fréquente, classée comme la septième cause de cancer et la quatrième cause de décès liés au cancer dans le monde. La plupart des patients (80 à 85 %) sont diagnostiqués à un stade avancé, rendant la chirurgie impossible. Dans ces cas, la chimioembolisation artérielle transhépatique (TACE) est souvent utilisée pour ralentir la progression de la maladie. Cependant, la fonction hépatique et les complications associées, comme le syndrome hépatopulmonaire (SHP), peuvent influencer les résultats cliniques. Mais qu’est-ce que le SHP, et affecte-t-il la survie des patients atteints de CHC avancé ?
Qu’est-ce que le syndrome hépatopulmonaire ?
Le SHP est une complication observée chez certains patients atteints de maladies chroniques du foie, comme la cirrhose. Il se caractérise par une dilatation des vaisseaux sanguins dans les poumons, ce qui entraîne une difficulté à absorber l’oxygène (hypoxémie). Dans les populations atteintes de cirrhose, sa prévalence varie entre 12 % et 32 %, et il est associé à une réduction de la survie. Cependant, son rôle chez les patients atteints de CHC avancé traités par TACE reste mal compris.
L’étude : Objectifs et méthode
Une étude menée dans deux centres hospitaliers chinois a cherché à répondre à cette question. Entre décembre 2014 et décembre 2015, 60 patients atteints de CHC avancé et candidats à la TACE ont été recrutés. Après exclusion de six patients pour diverses raisons (problèmes techniques ou antécédents médicaux), 54 patients ont été inclus dans l’analyse.
Pour diagnostiquer le SHP, les chercheurs ont utilisé deux critères :
- La présence d’une dilatation des vaisseaux pulmonaires, détectée par une échographie cardiaque avec injection de microbulles.
- Une augmentation du gradient d’oxygène entre les alvéoles et le sang (AaO2), mesurée par une analyse des gaz sanguins.
Les patients ont ensuite été classés selon la gravité du SHP : léger, modéré, sévère ou très sévère, en fonction de leur taux d’oxygène dans le sang (PaO2).
Les résultats : Prévalence et caractéristiques
Sur les 54 patients, 35,2 % (19 patients) répondaient aux critères du SHP. Parmi eux, un patient avait un SHP sévère, neuf un SHP modéré et neuf un SHP léger. Les patients atteints de SHP présentaient des symptômes plus fréquents, comme une gêne respiratoire (42,1 % contre 11,4 %) et des angiomes stellaires (petites taches rouges sur la peau, 42,1 % contre 8,6 %).
Les analyses ont également montré que les patients avec SHP avaient un taux d’oxygène dans le sang plus bas (76,8 mmHg contre 85,0 mmHg) et une capacité pulmonaire réduite (83,3 % contre 93,1 %). Cependant, les caractéristiques de base, comme la cause de la maladie du foie ou la taille de la tumeur, étaient similaires entre les deux groupes.
Impact sur la survie
L’étude a suivi les patients pendant deux ans. La survie médiane était légèrement plus courte chez les patients avec SHP (10,1 mois) que chez ceux sans SHP (15,1 mois), mais cette différence n’était pas statistiquement significative. De même, la survie sans progression de la maladie (5,2 mois contre 8,4 mois) ne montrait pas de différence notable.
La majorité des décès (87,5 %) étaient dus à la progression du cancer, sans distinction entre les groupes. Une analyse plus approfondie a révélé que la capacité pulmonaire (DLCO) et la gravité de la maladie du foie (classification de Child-Pugh) étaient des facteurs prédictifs indépendants de la survie, tandis que le SHP lui-même n’avait pas d’impact significatif.
Sécurité de la TACE
Au total, 172 séances de TACE ont été réalisées, avec une moyenne de 3,2 par patient. Aucune complication majeure n’a été signalée, confirmant la sécurité de cette procédure, même chez les patients atteints de SHP.
Discussion
Cette étude révèle une prévalence élevée du SHP (35,2 %) chez les patients atteints de CHC avancé traités par TACE, plus élevée que dans les populations atteintes de cirrhose sans cancer. Cependant, contrairement à la cirrhose, où le SHP est associé à un risque accru de décès, cette étude n’a pas trouvé de différence de survie entre les patients avec et sans SHP.
Cette absence d’impact pourrait s’expliquer par la prédominance de formes légères à modérées de SHP dans cette cohorte. Dans le CHC avancé, la progression rapide de la tumeur semble être le principal facteur influençant la survie, surpassant les complications liées au SHP.
De plus, la plupart des patients atteints de SHP avaient une fonction hépatique relativement préservée (63,2 % en classe Child-Pugh A), ce qui pourrait atténuer les effets de l’hypoxémie. La capacité pulmonaire (DLCO) et la gravité de la maladie du foie sont apparues comme des indicateurs plus pertinents pour prédire la survie.
Limites de l’étude
Cette étude présente quelques limites. Le nombre de patients inclus (54) est relativement faible, ce qui peut limiter la puissance statistique, notamment pour les analyses de sous-groupes. De plus, le statut du SHP n’a pas été réévalué pendant le suivi, bien que des études antérieures suggèrent que les cas légers à modérés restent stables. Enfin, la prédominance de formes légères à modérées de SHP ne permet pas de généraliser les résultats aux cas sévères.
Implications cliniques
Pour les patients atteints de CHC avancé traités par TACE, le dépistage systématique du SHP ne semble pas justifié, car il n’affecte pas la survie dans les formes légères à modérées. Cependant, en cas de SHP sévère (PaO2 <60 mmHg), une prise en charge individuelle, comme l’administration d’oxygène, pourrait améliorer la qualité de vie, même si elle n’augmente pas la survie.
Conclusion
Le SHP est fréquent (35,2 %) chez les patients atteints de CHC avancé traités par TACE, mais il n’affecte pas indépendamment la survie dans ses formes légères à modérées. La survie reste principalement influencée par la fonction hépatique et la capacité pulmonaire. Bien que le dépistage du SHP ne soit pas systématiquement nécessaire, une prise en charge adaptée peut être envisagée dans les cas sévères pour améliorer le confort des patients.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002034
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