Le Syndrome de Sjögren Primaire et le Lymphome Malin : Quels Risques ?

Le Syndrome de Sjögren Primaire et le Lymphome Malin : Quels Sont les Risques et les Signes à Connaître ?

Le syndrome de Sjögren primaire (pSS) est une maladie auto-immune chronique qui touche principalement les glandes salivaires et lacrymales, entraînant des symptômes comme la sécheresse de la bouche et des yeux. Bien que la progression de la maladie soit généralement lente, les patients atteints de pSS ont un risque accru de développer certains cancers, notamment le lymphome malin (ML). Le lymphome malin, en particulier le lymphome non hodgkinien (LNH), est une cause majeure de mortalité chez les patients atteints de pSS. Mais quels sont les facteurs de risque et les caractéristiques immunologiques associés à cette complication ? Une étude récente apporte des réponses.

Conception de l’Étude et Méthodologie

Cette étude cas-témoins multicentrique a été menée dans trois hôpitaux en Chine : l’Hôpital populaire de l’Université de Pékin, l’Hôpital populaire de Linfen et l’Hôpital affilié de l’École de médecine du Sichuan du Nord. Au total, 120 patients atteints de pSS ont été inclus entre janvier 2010 et juin 2022. Parmi eux, 40 patients atteints de pSS et de lymphome ont formé le groupe d’étude, tandis que 80 patients atteints de pSS sans lymphome ont servi de témoins. Tous les patients répondaient aux critères de classification de l’American-European Consensus Group (AECG) révisés en 2002 pour le pSS. Le diagnostic de lymphome a été confirmé par biopsie pathologique ou par tomographie par émission de positons (TEP).

L’étude a été approuvée par le comité d’éthique de l’Hôpital populaire de l’Université de Pékin. En tant qu’étude rétrospective utilisant des données anonymisées, le consentement écrit a été dispensé. Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel IBM SPSS version 20.0. Les variables continues ont été comparées à l’aide du test t de Student ou du test de Mann-Whitney, tandis que les données catégorielles ont été analysées avec le test du chi carré ou le test exact de Fisher. Les courbes de Kaplan-Meier ont été utilisées pour évaluer la survie globale, et la régression logistique binaire a permis d’explorer les associations entre le pSS et le lymphome, en estimant les rapports de cotes (OR) et les intervalles de confiance à 95 % (IC). Un p inférieur à 0,05 a été considéré comme statistiquement significatif.

Caractéristiques Cliniques et Immunologiques des Patients pSS-ML

Le groupe d’étude comprenait 40 patients atteints de pSS et de lymphome, dont 90 % étaient des femmes (n=36). L’âge moyen était de 55,6 ± 13,6 ans, et la durée médiane de la maladie était de 9 ans (intervalle : 1–30 ans). Parmi ces patients, 9 ont développé un lymphome avant le diagnostic de pSS, 18 après le diagnostic de pSS, et 13 ont été diagnostiqués simultanément pour les deux affections.

Les données pathologiques étaient disponibles pour 28 patients atteints de lymphome, tous ayant un LNH. La majorité (25/28) avait un lymphome à cellules B, tandis que 3 avaient un lymphome à cellules T. Le sous-type le plus courant de lymphome à cellules B était le lymphome de la zone marginale (LZM), représentant 57 % des cas. Cela incluait le lymphome du tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT) (46 %), le lymphome de la zone marginale ganglionnaire (NMZL) (7 %) et le lymphome de la zone marginale splénique (SMZL) (4 %). Le lymphome diffus à grandes cellules B (DLBCL) était le deuxième sous-type le plus courant, représentant 32 % des cas. Les lymphomes étaient principalement localisés dans les tissus extraganglionnaires (45 %) et les ganglions lymphatiques (38 %).

Comparaison des Données Cliniques et de Laboratoire

Les caractéristiques cliniques et les données de laboratoire ont été comparées entre le groupe pSS-ML et le groupe témoin. Aucune différence significative n’a été observée dans les symptômes courants du pSS tels que la sécheresse buccale, la sécheresse oculaire et les caries dentaires. Cependant, le groupe pSS-ML avait une incidence plus élevée de lymphopénie (p=0,001) et d’anémie (p=0,010). De plus, la maladie pulmonaire interstitielle et l’acidose tubulaire rénale étaient plus fréquentes dans le groupe pSS-ML (p=0,036 et p=0,027, respectivement).

Le groupe pSS-ML présentait également des scores plus élevés à l’indice d’activité de la maladie de Sjögren (ESSDAI) par rapport au groupe témoin (26,85 ± 7,87 vs. 11,58 ± 5,86, p<0,001). Les paramètres immunologiques ont révélé des niveaux élevés d’IgA et de protéine monoclonale (M) dans le groupe pSS-ML (p<0,001 pour les deux). À l’inverse, les anticorps anti-SSB étaient plus fréquents dans le groupe témoin (p=0,006). En outre, le groupe pSS-ML avait un pourcentage plus faible de cellules T régulatrices (Treg) (6,38 ± 2,15 % vs. 8,19 ± 1,87 %, p=0,016) mais un pourcentage plus élevé de cellules T folliculaires helper périphériques (pTfh) (3,24 ± 1,52 % vs. 2,27 ± 0,92 %, p=0,032), de cellules T helper 1 productrices de TNF-alpha (Th1-TNF-α) (49,20 ± 13,93 % vs. 36,60 ± 12,37 %, p=0,006) et de cellules T helper 17 (Th17) (1,85 ± 0,62 % vs. 1,37 ± 0,50 %, p=0,021).

Traitement et Pronostic

Parmi les 40 patients pSS-ML, 6 ont subi une chirurgie, 17 ont reçu une chimiothérapie, 15 ont été traités par un traitement d’entretien du pSS, 7 ont reçu du rituximab, 1 a subi une chirurgie combinée au rituximab, et 1 a reçu une hormonothérapie. Deux patients ont développé une thrombopénie après un traitement au rituximab, qui a été gérée avec de la cyclosporine. Deux patients non traités sont décédés à un âge moyen de 64 ans. Parmi les 38 patients traités, 31 (82 %) sont restés stables, 5 (13 %) ont connu une rechute, et 2 (5 %) sont décédés. Les causes de décès étaient une encéphalite virale et une récidive après chimiothérapie, toutes deux liées à la maladie primaire.

Dans le groupe témoin, 3 patients sont décédés à un âge moyen de 71 ans en raison d’une infection (n=2) et d’une hypertension artérielle pulmonaire (n=1), sans lien avec le pSS. Le temps de survie moyen des patients atteints de pSS et de lymphome était significativement plus court que celui du groupe témoin (24,2 ± 2,6 ans vs. 34,5 ± 0,9 ans, p=0,006).

Facteurs de Risque Prédictifs du Lymphome Malin

Une analyse de régression logistique multivariée ajustée pour la durée du pSS a été réalisée pour identifier les facteurs de risque de ML chez les patients atteints de pSS. Des scores ESSDAI plus élevés (OR=1,475, IC 95 %=1,260–1,727), l’anémie (OR=2,768, IC 95 %=1,241–6,173), la lymphopénie (OR=4,467, IC 95 %=1,958–10,192), des niveaux élevés d’IgA (OR=5,168, IC 95 %=2,087–12,796) et des pourcentages accrus de Th1-TNF-α (OR=1,066, IC 95 %=1,009–1,127) étaient significativement associés à un risque accru de ML.

Discussion

Cette étude met en lumière les caractéristiques immunologiques et les facteurs de risque prédictifs associés au pSS compliqué par un ML. Le LNH, en particulier le LZM et le DLBCL, était le sous-type de lymphome le plus courant chez les patients atteints de pSS. Le lymphome MALT, souvent localisé dans les tissus extraganglionnaires comme les glandes parotides, était le sous-type prédominant, soulignant l’importance de l’examen pathologique pour la détection précoce des lésions.

Des scores ESSDAI plus élevés, l’anémie, la lymphopénie, des niveaux élevés d’IgA et des pourcentages accrus de Th1-TNF-α ont été identifiés comme des facteurs de risque significatifs de ML chez les patients atteints de pSS. Ces résultats suggèrent que les patients atteints de pSS présentant ces caractéristiques devraient être étroitement surveillés pour le développement d’un lymphome. De plus, le déséquilibre des sous-populations de cellules T, en particulier le faible pourcentage de cellules Treg chez les patients pSS-ML, pourrait contribuer à la pathogenèse des lymphomes secondaires.

Les approches thérapeutiques pour les patients pSS-ML ont été adaptées en fonction des classifications immunopathologiques et histologiques, ainsi que du stade de la maladie. Le rituximab, un anticorps monoclonal ciblant le CD20, a montré des résultats prometteurs chez les patients atteints de lymphome MALT, entraînant une rémission et une amélioration des résultats cliniques. Cependant, l’efficacité du rituximab chez les patients pSS-ML reste incertaine, nécessitant des investigations supplémentaires.

Limites

Cette étude présente plusieurs limites. En tant qu’étude cas-témoins, elle est susceptible de biais de sélection. De plus, l’analyse des taux de mortalité et des causes de décès était limitée. Des études de cohorte prospectives plus larges ou des essais contrôlés sont nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les caractéristiques et les facteurs de risque des patients pSS-ML.

Conclusion

En conclusion, le LNH, en particulier le lymphome MALT, est le type pathologique le plus courant chez les patients atteints de pSS compliqué par un ML. Des scores ESSDAI plus élevés, l’anémie, la lymphopénie, des niveaux élevés d’IgA et des pourcentages accrus de Th1-TNF-α sont des facteurs de risque significatifs de ML chez les patients atteints de pSS. Le développement d’un lymphome a un impact négatif sur le temps de survie et le pronostic de la maladie chez les patients atteints de pSS. Un diagnostic précoce et une intervention guidée par ces facteurs de risque pourraient améliorer les résultats pour les patients pSS-ML.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002912

For educational purposes only.

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