Le Protéine Golgi-73 sérique : Un Nouvel Outil pour Comprendre les Maladies Chroniques du Foie
Les maladies chroniques du foie (MCF) sont un problème de santé majeur dans le monde, causant environ 2,14 millions de décès chaque année. Les principales causes de ces décès incluent l’hépatite B chronique (HBC), l’hépatite C, les maladies du foie liées à l’alcool et la stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD). Ces maladies représentent respectivement 29 %, 26 %, 25 % et 9 % des décès liés à la cirrhose dans le monde. Bien que les campagnes de vaccination aient réduit la prévalence de l’hépatite B et la mortalité associée, l’HBC reste une cause majeure de maladie du foie, en particulier en Chine. Parallèlement, la prévalence de la NAFLD a augmenté de manière significative à l’échelle mondiale, y compris en Chine. L’évaluation de la fibrose hépatique, surtout dans les infections par le virus de l’hépatite C (VHC), est essentielle pour la gestion et le pronostic des MCF. Bien que la biopsie hépatique soit considérée comme la méthode de référence pour évaluer l’inflammation et la fibrose, son caractère invasif et les risques d’erreurs d’échantillonnage limitent son utilisation courante. Ainsi, les biomarqueurs circulants sont devenus des alternatives non invasives attrayantes pour surveiller l’inflammation et la fibrose du foie.
La protéine Golgi-73 sérique (GP73), également connue sous le nom de protéine membranaire Golgi-1 (GOLM1), est une glycoprotéine transmembranaire pesant 73 000 unités de masse atomique. Initialement identifiée dans le foie d’un patient atteint d’hépatite à cellules géantes, la GP73 est principalement exprimée dans les cellules épithéliales des canaux biliaires et faiblement dans les hépatocytes chez les personnes en bonne santé. Les premières études suggéraient que la GP73 sérique pourrait servir de marqueur diagnostique pour le carcinome hépatocellulaire (CHC). Cependant, des recherches récentes montrent que les niveaux de GP73 sérique chez les patients atteints de CHC sont similaires ou même inférieurs à ceux des patients atteints de MCF avec cirrhose. Plus précisément, une augmentation de la GP73 sérique est observée chez les patients atteints de CHC avec cirrhose, mais pas chez ceux sans cirrhose. Des analyses immunohistochimiques confirment cette observation, montrant une forte expression de GP73 dans les nodules dysplasiques des patients atteints de CHC cirrhotiques, mais une faible expression dans les tissus de CHC non cirrhotiques. Ces résultats suggèrent que la GP73 sérique n’est pas un marqueur fiable pour distinguer le CHC de la cirrhose. Au lieu de cela, elle semble être plus étroitement liée à la gravité de la cirrhose, comme en témoignent ses niveaux inchangés après l’ablation de la tumeur et sa corrélation positive avec la sévérité de la cirrhose.
Le potentiel diagnostique de la GP73 sérique pour la cirrhose a été évalué dans une large cohorte de 3 044 patients, incluant ceux atteints de cirrhose compensée, de cirrhose décompensée et de MCF pré-cirrhotique. La surface sous la courbe (AUC) pour la GP73 sérique dans le diagnostic de la cirrhose compensée était de 0,909, surpassant l’indice APRI (rapport aspartate aminotransférase/plaquettes) et l’indice FIB-4 (basé sur quatre facteurs), et comparable à la mesure de la rigidité hépatique (LSM). L’analyse ROC (courbe d’efficacité du récepteur) a également validé la GP73 sérique comme un indicateur fiable de la sévérité de la fibrose hépatique. Pour améliorer sa précision diagnostique, les chercheurs ont combiné la GP73 sérique avec la LSM, obtenant ainsi une performance diagnostique supérieure pour la fibrose hépatique significative chez les patients atteints d’HBC, réduisant ainsi le besoin de biopsies hépatiques. De plus, le modèle GAPA, qui intègre la GP73 sérique avec l’âge, le nombre de plaquettes et l’activité de la phosphatase alcaline, a démontré une excellente performance diagnostique pour la cirrhose, renforçant ainsi le rôle de la GP73 dans l’évaluation de la fibrose.
Au-delà de la fibrose, la GP73 sérique reflète également l’inflammation du foie, un facteur clé dans la progression des MCF. Une inflammation modérée à sévère et une fibrose sont des déclencheurs majeurs pour une intervention, comme le recommandent les directives cliniques. La GP73 sérique a montré un potentiel en tant que biomarqueur auxiliaire pour l’inflammation hépatique modérée, en particulier chez les patients atteints d’HBC avec des niveaux normaux d’alanine aminotransférase (ALT). Le modèle d’inflammation hépatique (HIM), qui combine la GP73 sérique, la gamma-glutamyltransférase et l’aspartate aminotransférase, a montré une AUC de 0,890 pour le diagnostic de l’inflammation hépatique, surpassant les biomarqueurs individuels. Ce modèle a également permis d’identifier efficacement les patients présentant une inflammation hépatique modérée et des niveaux d’ALT inférieurs à 40 U/L. De même, la combinaison de l’ALT et de la GP73 a permis d’identifier 77,4 % à 78,9 % des patients présentant des lésions hépatiques significatives. Dans l’infection chronique par le VHC, la GP73 sérique s’est avérée utile pour surveiller la progression de la maladie, bien que sa valeur diagnostique pour la fibrose avancée et la cirrhose soit limitée par rapport à l’APRI et au FIB-4.
Dans le contexte de la NAFLD, la GP73 sérique est apparue comme un biomarqueur précieux pour l’inflammation hépatique, en particulier dans la stéatohépatite non alcoolique (NASH). Des études ont montré que les niveaux de GP73 sérique et hépatique sont élevés chez les patients atteints de NASH avec des grades d’inflammation élevés, corrélant fortement avec la sévérité de l’inflammation. L’AUC pour la GP73 sérique dans le diagnostic d’une inflammation modérée (G ≥ 2) était de 0,742, surpassant l’ALT (0,609) et l’AST (0,667). Pour une inflammation sévère (G ≥ 3), la GP73 sérique a atteint une AUC de 0,891. Le modèle G-NASH, combinant la GP73 et la CK18-M30, a démontré une précision diagnostique supérieure pour la NASH par rapport à d’autres systèmes de notation non invasifs, identifiant correctement 82,9 % des patients atteints de NASH.
Les mécanismes sous-jacents à l’augmentation de l’expression de la GP73 pendant l’inflammation hépatique ne sont pas entièrement compris. Cependant, des études suggèrent que l’interleukine-6 (IL-6) joue un rôle clé. Dans un modèle de lésion hépatique induite par le lipopolysaccharide chez la souris, l’expression hépatique de la GP73 a augmenté après une augmentation de l’IL-6, et cette augmentation pouvait être inhibée en bloquant l’IL-6 ou sa voie de signalisation en aval. Ces résultats proposent un modèle où l’inflammation hépatique déclenche la production d’IL-6, qui augmente ensuite l’expression de la GP73 via la voie de signalisation STAT3. De plus, la furine, l’enzyme responsable du traitement de la protéine GP73, est régulée à la hausse par l’IL-6, facilitant la libération de GP73 dans le sérum.
En résumé, la GP73 sérique présente un potentiel significatif en tant que biomarqueur pour la fibrose hépatique, la cirrhose et l’inflammation dans diverses étiologies de MCF. Sa précision diagnostique, en particulier lorsqu’elle est combinée à d’autres biomarqueurs ou techniques d’imagerie, offre une alternative non invasive à la biopsie hépatique. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour élucider pleinement les mécanismes régulant l’expression de la GP73 et pour valider son utilité clinique dans de grandes études multicentriques. Des études prospectives sont également nécessaires pour explorer son rôle dans la prédiction des changements temporels dans la progression des maladies du foie.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001296
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