Le diamètre sagittal du canal C1 : Quelles sont les valeurs normales pour les Chinois ?
Le cou est une partie essentielle du corps humain, protégeant la moelle épinière qui transmet les signaux entre le cerveau et le reste du corps. Mais saviez-vous qu’une anomalie structurelle au niveau de la première vertèbre cervicale (C1, aussi appelée atlas) peut augmenter le risque de compression de la moelle épinière ? Bien que les rétrécissements (sténoses) au niveau des vertèbres cervicales inférieures soient bien documentés, ceux au niveau de C1 restent moins étudiés, surtout dans les populations chinoises. Cette étude vise à établir les valeurs normales du diamètre sagittal du canal (DSC) de C1 chez les adultes chinois et à définir ce qu’on appelle l’hypoplasie de C1, une condition congénitale qui peut prédisposer à des problèmes neurologiques.
Méthodologie et conception de l’étude
Cette étude observationnelle a utilisé des images de tomodensitométrie (scanner) pour mesurer le DSC de C1 chez 567 adultes chinois (345 hommes, 222 femmes ; âge moyen de 29,6 ± 6,9 ans). Les participants ont été sélectionnés parmi des patients des urgences ayant subi un scanner maxillo-facial pour des suspicions de fractures nasales entre 2005 et 2019. Les critères d’exclusion incluaient des antécédents de douleurs cervicales, de déficits neurologiques, de chirurgie cervicale ou de diagnostics syndromiques. Les scanners haute résolution (tranches de 0,625 mm) ont été analysés par deux chercheurs indépendants pour garantir la précision.
Les mesures anatomiques clés incluaient :
- Le DSC de C1 : Distance entre la partie postérieure de la fovéa dentaire et le bord antérieur de l’arc postérieur de C1.
- Le diamètre sagittal de la dent (odontoid) : Diamètre externe le plus large de la dent.
- L’espace disponible pour la moelle épinière (EDM) au niveau de C1 et C2 : Mesuré du bord postérieur de l’axis (C2) à la partie postérieure de la lame ventrale.
Les analyses statistiques ont déterminé les différences entre les sexes et les plages de valeurs normales. L’hypoplasie de C1 a été définie comme un DSC de C1 ≤ 2,5e percentile (1,96 écart-type en dessous de la moyenne).
Résultats clés
Valeurs normales du DSC de C1
Le DSC moyen de C1 était de 29,96 ± 1,99 mm (plage : 24,60–35,28 mm). Les hommes présentaient des valeurs significativement plus élevées (30,34 ± 1,90 mm) que les femmes (29,36 ± 1,98 mm ; P < 0,001). L’intervalle de confiance à 95 % pour le DSC de C1 allait de 26,07 mm à 33,85 mm, avec une distribution normale confirmée par le test de Shapiro-Wilk (P = 0,059).
Définition de l’hypoplasie de C1
L’hypoplasie de C1 a été définie comme un DSC de C1 ≤ 26,07 mm, correspondant aux 2,5 % les plus faibles des mesures. Dans le groupe hypoplasie, le DSC moyen de C1 était de 25,28 ± 0,78 mm (plage : 24,60–26,07 mm), significativement plus petit que dans le groupe non hypoplasie (30,07 ± 1,76 mm ; P < 0,001).
Paramètres anatomiques associés
- Diamètre sagittal de la dent : Le diamètre moyen de la dent était de 10,94 ± 0,53 mm (plage : 10,01–11,87 mm), avec des valeurs plus élevées chez les hommes (11,07 ± 0,51 mm vs. 10,74 ± 0,51 mm ; P < 0,001).
- EDM au niveau de C1 et C2 : L’EDM moyen à C1 était de 18,08 ± 1,49 mm (plage : 13,38–22,56 mm) et à C2 de 18,22 ± 1,20 mm (plage : 14,35–22,18 mm). Aucune différence significative n’a été observée entre les valeurs de C1 et C2 (P > 0,05). Cependant, l’EDM à C1 était nettement réduit dans le groupe hypoplasie (14,50 ± 0,88 mm vs. 18,16 ± 1,40 mm ; P < 0,001).
Implications cliniques de l’hypoplasie de C1
Les individus avec une hypoplasie de C1 présentaient un rapport dent-canal plus élevé (36,5 % vs. 41,4 % ; P < 0,001), indiquant une occupation disproportionnée du canal rachidien par la dent. Cette déviation par rapport à la "règle des tiers" de Steel (qui suppose une partition égale du canal par la dent, la moelle épinière et l’espace libre) suggère une susceptibilité accrue à la compression de la moelle, surtout lorsque l’EDM tombe en dessous de 12 mm. Malgré cela, de nombreux individus avec une hypoplasie de C1 restent asymptomatiques, sauf en cas de conditions supplémentaires comme une instabilité atlanto-axiale.
Discussion et contextualisation
Cette étude s’aligne sur des recherches antérieures définissant les seuils d’hypoplasie de C1. Kelly et al. (2014) ont rapporté un seuil similaire de 26,1 mm dans une étude sur des cadavres de populations occidentales, validant l’universalité de ce seuil. La cohérence entre les mesures par scanner et celles sur cadavres souligne la fiabilité des examens d’imagerie pour les évaluations cliniques.
Les différences entre les sexes dans le DSC de C1 et les paramètres associés mettent en évidence l’importance de données normatives spécifiques à la population. Les dimensions plus larges du canal chez les hommes peuvent refléter des variations anthropométriques plus larges, nécessitant des critères de diagnostic ajustés selon le sexe.
Limites et perspectives futures
Bien que cette étude fournisse des données normatives essentielles, plusieurs limites existent :
- Modalité d’imagerie : L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est supérieure pour évaluer la compression de la moelle épinière, mais elle n’a pas été utilisée en raison des difficultés à recruter des volontaires asymptomatiques.
- Données longitudinales : L’absence de suivi limite les insights sur la progression de la myélopathie ou des lésions médullaires chez les patients atteints d’hypoplasie.
- Validation symptomatique : Le seuil d’hypoplasie de C1 a été dérivé d’individus asymptomatiques ; des études supplémentaires sont nécessaires pour corréler ce seuil avec les symptômes cliniques.
Conclusion
Cette étude établit les premières valeurs normatives basées sur le scanner pour le DSC de C1 chez les adultes chinois, définissant l’hypoplasie de C1 comme un diamètre du canal ≤ 26,07 mm. Ces résultats fournissent une référence critique pour diagnostiquer les rétrécissements congénitaux du canal cervical et évaluer le risque de myélopathie. Les cliniciens devraient envisager l’hypoplasie de C1 chez les patients présentant une compression inexpliquée de la moelle épinière, surtout en l’absence de changements dégénératifs ou d’instabilité. Les recherches futures devraient se concentrer sur les résultats à long terme et l’intégration de l’IRM pour une évaluation complète de la moelle épinière.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001497
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