Le COVID-19 pourrait-il endommager vos reins sans que vous le sachiez ?
Lorsque nous pensons au COVID-19, ce sont la toux, la fièvre et les problèmes respiratoires qui nous viennent à l’esprit. Mais et si le virus endommageait silencieusement un autre organe vital : vos reins ? Une étude de 2020 menée à Wuhan, en Chine, suggère que le COVID-19 pourrait causer des dommages rénaux cachés, en particulier chez les hommes. Voici ce que nous savons.
Le lien avec les reins : pourquoi le COVID-19 pourrait cibler cet organe
Le coronavirus pénètre dans les cellules humaines en se fixant à une protéine appelée ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2). Bien que l’ACE2 soit présente dans les poumons, elle est plus abondante dans les tubules proximaux des reins—de minuscules structures responsables de la filtration des déchets et de l’équilibre des fluides. Si le virus envahit ces cellules, il pourrait perturber la fonction rénale. Mais à quel point ce phénomène est-il courant ?
Que révèle l’étude ?
Les chercheurs ont analysé 93 patients hospitalisés pour COVID-19 (âge moyen : 60 ans). La plupart (76 %) avaient des cas graves. Les découvertes clés sont les suivantes :
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Les hommes montraient plus de stress rénal
- Les hommes avaient une capacité de filtration rénale plus faible (DFG : 86,7 vs 96,8 mL/min/1,73m²) et des niveaux de sodium plus bas (136,8 vs 139,0 mmol/L) que les femmes.
- 39 % des hommes avaient un faible taux de sodium (hyponatrémie) contre 15 % des femmes.
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Protéines dans l’urine liées aux cas graves
34 % des patients avaient des protéines dans leur urine (protéinurie), principalement de manière légère. Les patients atteints de COVID-19 grave étaient 23 fois plus susceptibles d’avoir une protéinurie. -
Sucre inattendu dans l’urine
14 % des patients avaient du glucose (sucre) dans leur urine (glucosurie). Huit d’entre eux n’avaient pas de diabète, suggérant des dommages aux tubules rénaux. -
Faible taux de sodium et d’acide urique
26 % avaient un faible taux de sodium, et 20 % avaient un faible taux d’acide urique—un signe possible de problèmes au niveau des tubules rénaux.
Pourquoi les hommes sont-ils plus touchés ?
Les hommes sont généralement plus exposés aux risques de COVID-19 grave, et cette étude ajoute les problèmes rénaux à la liste. Les raisons possibles incluent :
- Niveaux plus élevés d’ACE2 : Certaines études suggèrent que les reins des hommes contiennent plus d’ACE2, offrant ainsi plus de points d’entrée au virus.
- Inflammation : Les hommes avaient des niveaux plus élevés de CRP (un marqueur de l’inflammation), ce qui pourrait aggraver la tension rénale.
Comment le COVID-19 endommage-t-il les reins ?
Les dommages rénaux liés au COVID-19 pourraient résulter de :
- Attaque virale directe : Le virus envahissant les tubules rénaux via l’ACE2.
- Manque d’oxygène : Une pneumonie sévère réduit l’oxygène, stressant les reins.
- Tempêtes de cytokines : Les réponses immunitaires extrêmes pourraient endommager les tissus rénaux.
Signes d’alerte : symptômes de problèmes rénaux
Les patients atteints de COVID-19 avec des problèmes rénaux peuvent présenter :
- Des jambes ou un visage enflés (rétention de liquide).
- Une urine mousseuse (protéinurie).
- Fatigue ou confusion (déséquilibres électrolytiques).
- Une diminution de la production d’urine.
Cependant, beaucoup n’ont aucun symptôme évident, ce qui rend les tests de laboratoire essentiels.
Limites et prochaines étapes
Cette étude présente des lacunes :
- La plupart des patients étaient gravement malades, donc les cas plus légers doivent être étudiés.
- Les tests d’urine n’ont pas mesuré des marqueurs spécifiques de lésions rénales.
- Les effets rénaux à long terme restent inconnus.
Les chercheurs exhortent les médecins à surveiller la santé rénale des patients atteints de COVID-19, en particulier chez les hommes.
Conclusion
Le COVID-19 n’est pas seulement une maladie pulmonaire. Les dommages rénaux—souvent silencieux—pourraient être un champ de bataille caché. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, cette étude souligne l’importance de vérifier la fonction rénale chez les patients atteints de COVID-19. Une détection précoce pourrait prévenir des dommages à long terme.
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000945