Le cancer colorectal en Chine : une menace grandissante pour la santé publique

Le cancer colorectal en Chine : une menace grandissante pour la santé publique

Le cancer colorectal (CRC) est devenu un défi majeur pour la santé publique en Chine. Avec une augmentation de 59,79 % des décès entre 2005 et 2020, cette maladie représente aujourd’hui la quatrième cause de mortalité liée au cancer. Comment cette situation a-t-elle évolué ? Quelles sont les régions les plus touchées ? Et surtout, que pouvons-nous faire pour réduire ce fardeau ?

Les données et la méthode utilisées

Pour comprendre cette problématique, les chercheurs ont utilisé les informations du Système national de surveillance de la mortalité (NMSS). Ce système, géré par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC), couvre plus de 300 millions de personnes réparties dans 605 points de surveillance à travers 31 provinces. Ces données représentent environ 24 % de la population chinoise.

Un défi majeur dans l’analyse des données de mortalité est le sous-dénombrement (sous-estimation des décès). Pour y remédier, des enquêtes sur le terrain ont été menées entre 2006 et 2017. Les taux de sous-dénombrement ont été calculés pour chaque groupe d’âge et de sexe, puis utilisés pour ajuster les données des années non couvertes (2005 et 2018).

Les décès spécifiquement liés au cancer colorectal (identifiés par les codes C18 à C21.8 selon la classification internationale des maladies, ICD-10) ont été estimés en réaffectant les causes de décès non spécifiques ou peu plausibles. Les taux de mortalité ont ensuite été standardisés par âge pour permettre des comparaisons justes.

Pour mesurer l’impact de la mortalité prématurée, les chercheurs ont utilisé un indicateur appelé Années de vie perdues (YLL). Cet indicateur multiplie le nombre de décès par l’espérance de vie standard à chaque âge, donnant ainsi une idée des années de vie perdues à cause de la maladie.

Les tendances nationales : une situation contrastée

Entre 2005 et 2020, le nombre de décès dus au cancer colorectal en Chine est passé de 111 410 à 178 020, soit une augmentation de 59,79 %. Cependant, le taux de mortalité standardisé par âge (ASMR) a légèrement diminué, passant de 10,01 à 9,68 pour 100 000 habitants. Cela représente une réduction de 3,30 %.

Les hommes sont plus touchés que les femmes. En 2020, on a enregistré 100 700 décès chez les hommes contre 77 300 chez les femmes. Le taux de mortalité standardisé par âge chez les hommes (11,78 pour 100 000) était 50 % plus élevé que chez les femmes (7,83 pour 100 000).

Des disparités régionales marquées

Les provinces ne sont pas toutes égales face au cancer colorectal. En 2020, les taux de mortalité les plus élevés ont été observés dans des provinces comme le Fujian (15,50 pour 100 000), le Zhejiang (14,07) et le Guangdong (13,05). À l’inverse, le Tibet (3,93), le Hebei (5,61) et le Henan (5,90) ont enregistré les taux les plus bas.

Au cours de la période étudiée, 13 provinces ont vu leur taux de mortalité augmenter. Le Tibet a connu la hausse la plus forte (56,30 %), tandis que le Hebei a enregistré la plus grande baisse (-37,90 %).

La répartition des années de vie perdues varie également. Dans des régions économiquement développées comme Shanghai, Beijing et Zhejiang, plus de 70 % des YLL concernent des personnes âgées de 60 ans et plus. En revanche, au Tibet, près de 40 % des YLL sont survenus chez des individus de moins de 40 ans.

Les différences selon l’âge et le sexe

Le risque de mourir du cancer colorectal augmente avec l’âge, atteignant un pic chez les personnes de 80 ans et plus. En 2020, 70,73 % des années de vie perdues au niveau national concernaient des personnes âgées de 60 ans et plus.

Les hommes ont des taux de mortalité plus élevés que les femmes dans tous les groupes d’âge, sauf chez les 80 ans et plus, où les femmes sont légèrement plus touchées.

Les tendances temporelles montrent une réduction significative de la mortalité prématurée chez les jeunes. Par exemple, dans la tranche d’âge 0–29 ans, le taux de YLL a diminué de 2,14 % au niveau national. Cependant, chez les personnes âgées de 75 ans et plus, ce taux a augmenté de 0,94 %, soulignant le fardeau croissant du cancer colorectal dans cette population.

Les facteurs derrière l’augmentation des décès

L’analyse des facteurs montre que le vieillissement de la population est le principal moteur de l’augmentation des décès dus au cancer colorectal, contribuant à 55,84 % de la hausse nationale. La croissance de la population explique 8,48 % de cette augmentation, tandis que la réduction des taux de mortalité par âge a permis de compenser 4,53 % de la hausse.

Les variations provinciales sont importantes. Par exemple, à Beijing, Tianjin et Shanghai, la croissance de la population a joué un rôle majeur dans l’augmentation des décès. En revanche, dans des provinces comme le Ningxia, le Heilongjiang et le Jilin, c’est le vieillissement de la population qui a eu l’impact le plus significatif.

Que faire pour réduire le fardeau du cancer colorectal ?

Face à cette situation, plusieurs actions peuvent être envisagées :

  1. Modifications du mode de vie : Promouvoir une alimentation riche en fibres, en calcium et en produits laitiers, tout en réduisant la consommation de viande rouge, d’alcool et de tabac. Ces mesures sont particulièrement importantes pour les hommes, qui sont plus à risque.
  2. Programmes de dépistage : Renforcer la participation au dépistage du cancer colorectal grâce à des tests immunochimiques fécaux (FIT) et des coloscopies. Actuellement, le taux de participation reste faible (14 % dans les programmes urbains), ce qui montre la nécessité de campagnes de sensibilisation et d’investissements dans les infrastructures de santé.
  3. Allocation ciblée des ressources : Prioriser les régions aux ressources limitées, comme le Tibet et les provinces de l’ouest, où les jeunes populations sont particulièrement touchées.
  4. Stratégies pour les personnes âgées : Développer des directives pour la prise en charge du cancer colorectal chez les personnes âgées, qui représentent plus de 70 % des années de vie perdues.

Les limites de l’étude et les perspectives futures

Bien que le NMSS fournisse des données robustes, des biais potentiels liés au sous-dénombrement et à la mauvaise classification des causes de décès ont été corrigés grâce à des ajustements statistiques. Les projections pour 2019–2020, basées sur les tendances antérieures à 2018, pourraient ne pas refléter entièrement les récents changements dans le système de santé.

Les recherches futures devraient intégrer des données sur l’incidence du cancer, les résultats des traitements et l’épidémiologie moléculaire pour affiner les stratégies de prévention et d’intervention.

En conclusion, cette étude offre une analyse détaillée des tendances de la mortalité due au cancer colorectal en Chine. Elle met en lumière la nécessité d’interventions ciblées et adaptées à chaque province pour réduire le fardeau croissant de cette maladie.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001625

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